L’hirondelle et le printemps
Il est retraité. Il est vieux. Il habite une cité populaire d’Oran. Il rechigne tout le temps. Il est tout le temps mal à l’aise par ce qui l’entoure, par le cadre de vie où il respire, le voisinage qu’il est obligé de subir. Il rentre chez lui, tard le soir : la cité est plongée dans le noir. Il existe des lampadaires, bien sûr. Mais la plupart ne sont plus que de simples mats en partie rouillés. Il sort de son logement le matin, il est accueilli par des flots de poussière du fait que les espaces verts sont devenus des terrains vagues. Les arbres qui résistent encore sont fleuris de sachets en plastic. Les poubelles qui attendent le ramassage sont toutes débordées à la grande joie de chiens et de chats errants. Et ce retraité n’arrive pas à se résigner comme le reste de la cité. Il n’y pense même pas. Il est vieux mais pas usé. A défaut de réussir à convaincre les adultes, il a su parler aux enfants. Il a mis un short et, sur la tête, un chapeau de paille. Il s’est fait prêter une pelle et s’est débrouillé une bêche et les gamins l’ont suivi. Il est quotidiennement en alerte. La cité reprend quelques couleurs. Mais il sait qu’une hirondelle ne fait pas le printemps. Et un homme, même entouré de gamins, ne peut se substituer aux pouvoirs publics. Il a un jour été parlementaire et connaît un peu les lois. Il a décidé de poursuivre en justice individuellement, non pas les institutions concernées en tant que personnes morales, mais les gestionnaires des différents organismes défaillants. C’est à Es-Seddikia que cela se passe. Ira-t-il jusqu’au bout de son projet ? Lui donnera-t-on raison ? A-t-il tort de s’intéresser à sa cité ? Une hirondelle ne fait assurément pas un printemps, mais elle l’annonce.
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com