Les négociations entre pays européens auront donc porté leurs fruits, du
moins en partie. Après d'âpres négociations qui ont duré une grande partie de
la nuit de jeudi à vendredi, les dirigeants européens réunis à Bruxelles se
sont entendus sur une série de mesures pour garantir plus de rigueur dans la
gestion des comptes publics. Ces mesures sont celles présentées par l'accord
franco-allemand de début de semaine. Ainsi, les pays européens vont s'engager
sur un «nouveau pacte budgétaire» afin d'instaurer un contrôle plus strict des
budgets de chaque Etat. En cas de non-respect de ces engagements, des sanctions
quasi automatiques sont prévues. Plus important encore, la «règle d'or» qui
implique le respect des équilibres des comptes (toute dépense devant être
financée par des ressources budgétaires et non par de l'endettement) sera
inscrite dans la
Constitution de chaque pays signataire.
De manière concrète, ces dispositions, jugées indispensables par Paris et
Berlin pour sauver la zone euro et calmer la tempête spéculative contre les
obligations souveraines européennes, seront mises en place par un nouveau texte
institutionnel. Selon Nicolas Sarkozy, il s'agira d'un «traité
intergouvernemental» qui concernera les 17 membres de la zone euro et d'autres Etats
de l'Union européenne, soit au total 23 pays sur 27 qui seraient prêts à signer
ce texte attendu pour la fin mars. L'Allemagne et la France ont donc renoncé à
réformer le Traité de Lisbonne pour une raison pratique: il aurait fallu pour
cela l'unanimité des membres de l'Union européenne, or la Grande-Bretagne a
marqué son opposition à un texte qui, selon elle, n'offrait pas suffisamment de
garanties à la City
de Londres. En effet, le Premier ministre britannique David Cameron a expliqué
qu'il souhaitait que l'industrie financière de son pays soit protégée de toute
législation communautaire contraignante qui viendrait à être adoptée par les
Vingt-sept. Selon les témoignages en provenance de Bruxelles, il semble que la Grande-Bretagne
ait été fermement renvoyée dans ses cordes, plusieurs pays européens
n'acceptant pas que son gouvernement entende peser sur l'avenir de la zone euro
tout en continuant à refuser d'en faire partie.
Il reste maintenant à connaître le détail exact de ce nouveau traité. Il
faudra aussi suivre la manière dont les Européens vont organiser le mécanisme
d'aide financière aux pays en difficulté. Hier, à Bruxelles, il a été question
d'un passage à la règle de la majorité qualifiée (85% des votes au lieu de
l'unanimité) pour entériner et déclencher l'aide du Fonds européen de stabilité
financière (FESF). Une décision qui prouverait au marché que cet instrument
sera vraiment effectif et dépendra moins du bon vouloir de tous les Etats de
l'UE (avec ce que cela implique comme surenchères des uns et des autres). De
même, les Européens se seraient entendus pour ne pas faire payer les créanciers
privés pour ce qui est des restructurations des dettes des pays en difficulté. Cette
décision, qui ne va pas finir de faire couler de l'encre en raison de son
caractère hautement immoral (en clair, les banques ne paient pas le prix de
leur manque de discernement), devrait faire plaisir aux marchés. Mais, dans le
même temps, ces derniers risquent aussi de regretter le fait que rien n'a été
précisé concernant un éventuel rôle accru de la Banque centrale européenne (BCE)
dans cette crise et dans le sauvetage d'Etats confrontés à des difficultés
financières et budgétaires. Cela explique peut-être pourquoi les marchés
européens n'ont guère rebondi vendredi matin. En tout état de cause, il faudra
attendre les prochains jours pour savoir si le couple «Merkozy»
(Merkel et Sarkozy) a réussi à convaincre les marchés
que la zone euro est désormais sur la voie de la bonne tenue budgétaire.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Akram Belkaid, Paris
Source : www.lequotidien-oran.com