
Dans cet entretien, maître Ouyahia El Hadi, avocat agréé à la Cour suprême, donne un aperçu de la perception des Algériens de leurs droits dans leur quotidien.Soirmagazine : Lors des achats, dans notre relation avec notre employeur ou bien dans nos rapports avec les voisins, il semble que nous méconnaissons nos droits. Le confirmez-vous 'Maître Ouyahia : Oui, tout à fait, vous avez mis le doigt sur une grande problématique chez nos concitoyens. Ces derniers ignorent tout simplement leurs droits et ne s'intéressent à la réglementation que lorsqu'ils sont face à un problème. A ce titre, je peux vous citer des exemples sur les trois thèmes que vous avez énumérés dans votre question.Un consommateur ne réclame ses droits qu'une fois confronté à un vendeur qui l'a trompé sur une marchandise. Un employé ne cherche à connaître et à se renseigner sur ses droits qu'une fois licencié ou lorsque il a un différend avec son employeur.Un citoyen ne s'enquiert de ses droits et de ses obligations vis-à -vis de ses voisins qu'après que ces derniers aient réalisé des transformations dans leur propriété et fait en sorte que leur fenêtre donne directement sur leur vis-à -vis.Est-ce que les Algériens savent faire valoir leurs droits ' Comment procèdent-ils 'Pour être sincère, nous avons remarqué que les mentalités commencent à changer. Avant, les Algériens avaient du mal à faire valoir leurs droits et à se défendre. Aujourd'hui, les gens sont mieux organisés et n'hésitent pas à réclamer leurs droits et aller au tribunal. Un éventail de solutions est mis à la disposition des plaignants.Par exemple, pour ce qui est des consommateurs, les associations de défense des droits des consommateurs peuvent les orienter, les aider et les soutenir.Le rèle de ces associations est très souvent négligé et méconnu, pourtant, il est primordial dans la prise de conscience des gens. Les huissiers, les notaires et surtout les avocats peuvent aider et expliquer aux gens leurs droits et la manière de se défendre. L'Etat a aussi institué l'aide judiciaire pour toute personne qui n'a pas les moyens de faire appel à un avocat. Ce dernier est désigné et ses honoraires pris en charge par l'Etat.Les médias aussi ont un grand rèle à jouer dans la vulgarisation, à travers des émissions télévisées, radiophoniques et des articles de presse. Le but étant d'expliquer et de simplifier le jargon juridique.Le manque d'informations juridiques peut-il conduire à commettre des erreurs qui peuvent même les conduire en prison ' Si oui, pouvez-vous citer un exemple 'Oui, tout à fait, beaucoup de gens commettent des bêtises par ignorance de la loi, et des fois, cela peut avoir des répercussions graves. Un exemple simple : nombreuses sont les personnes qui ont accepté de remettre des chèques comme garantie d'une dette sans que le compte soit approvisionné.Cependant, elles ignorent que la loi punit tout individu qui émet un chèque sans provision et ceux qui l'acceptent comme garantie. Et ces faits sont pénalement répressibles.Un autre exemple, il y a des gens qui ont acheté des terrains avec ce qui est appelé communément papier timbré. Seul bémol est que ces transactions n'ont aucune valeur juridique car la loi exige que toutes les transactions immobilières doivent se faire avec des actes authentiques par-devant notaire, enregistré et publié.Quels sont, en règle générale, les droits élémentaires à connaître 'Les droits élémentaires à connaître sont quelques notions du droit du travail, les droits relatifs à la liberté de la personne, le droit des enfants et des femmes. Il ne faut pas aussi perdre de vue et se rappeler une règle inébranlable : nul n'est censé ignorer la loi.Est-ce que les citoyens demandent des conseils juridiques 'Comme je l'ai expliqué plus haut, le problème avec nos concitoyens est qu'ils ne viennent jamais demander des conseils juridiques avant de prendre une décision, mais plutèt lorsqu'ils sont confrontés à un problème et selon son degré de gravité.La culture du conseil juridique n'est pas encore instaurée dans notre pays. Les gens ont du mal à concevoir qu'on doit payer pour avoir un conseil. Ils considèrent tout simplement qu'il n'y a pas d'effort physique, donc pour eux, cela doit être gratuit.Néanmoins, les avocats, dans la plupart des cas, n'hésitent jamais à prodiguer des conseils et à orienter les clients qui se présentent pour demander leur avis.Selon vous, est-ce que le métier de conseiller juridique devrait être promu 'Je ne conçois pas les choses sous cet angle. Je pense, par expérience, qu'il faudrait faire évoluer les mentalités et encourager les concitoyens à avoir une autre perception de leurs affaires professionnelles et personnelles, dans le sens, qu'il est important de concevoir et créer des relations de confiance et durables entre avocat et client. Il s'agit ainsi de choisir l'avocat de famille comme on choisit son médecin de famille.Il ne faut jamais hésiter à demander un avis avant toute opération importante ou déterminante comme acheter une maison ou un terrain.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Sarah Raymouche
Source : www.lesoirdalgerie.com