L’enseignement initiatique de Sidi Boumédiène Radya Allah ‘Anhou
Mal compris, comme le fut El Hallaj, il fut condamné par ses pairs... Ceux que l’on désigne par saints en islam sont en fait des «amis» ou «wàly» de Dieu, plus précisément, des hommes et des femmes qui ont choisi spirituellement la «compagnie» de Dieu, «el’uns», la préférant à celle des «préoccupations» humaines , sans pour autant se soustraire à la société, suivant le modèle qu’est le Prophète. En effet, avant la Révélation, Mouhammed ‘aleyhi essalàm, s’est engagé dans un «ordre» de chevalerie 12: Hilf el foudoul, pour combattre, noblement- djùd, les iniquités-dhzulm, défendre les faibles, promouvoir la paix -salàm.Le terme de «marabout» ou «mrabet», utilisé généralement en Afrique, vient de «Ribat» qui a donné Rabat, l’une des premières villes arabes qui avait la fonction de former des «mourabitun», le sceau imposé sur leur «diplôme» explique leur formation: un fer à cheval, une épée, un calame, entouré d’un chapelet...ils recevaient un enseignement religieux , une formation scientifique ( généralement médicale), une formation de soldat cavalier...Sidi Boumédiène a perdu un bras lors d’une croisade, l’Emir Abdelqader partait en campagne militaire et avait dans son campement sa bibliothèque riche en ouvrages scientifiques de l’époque et des traités de philosophie, il était disciple spirituel dans la «taryqa» de son père la Qadirya de Sidi ‘Abdel Qadir El Guilàny 13, il est enterré à Damas où il fut exilé, à coté de son autre maître mystique Ibn ‘Araby. Dans un hadyth qodsi, révélation faite en plus du Coran, Le Créateur subhànahu wa tsa’àlà dit au Prophète ‘aleyhi essalàm: «En vérité, voici une religion que J’agrée pour Moi-même. Ne lui conviennent que la générosité, libéralité, et l’éthique (sakhà wa husnu el khuluqi) Honorez la par ces deux vertus tant que vous la suivez.»Ce hadyth rapporté par Ibn ‘Asàkir, cité par Ibn ‘Araby, est l’une des bases de la formation des «moràbite» ou marabouts. Je traduis par «éthique» le concept islamique de «ihsàn» et «husnu el khuluqi» eu égard au lexème» h,s,n» arabe signifiant» beau et bon» conforme au concept grec, platonicien et aristotélicien lié à l’éthique, «kalon-agaton» ou «beau-bon», liant éthique et esthétique...
Les marabouts défendaient les frontières et créaient des écoles traditionnelles ou «zaouia», leurs qualités et compétences, leurs approfondissement des connaissances en voyageant siyàha de zaouia en zaouia, leurs désintéressements, suscitaient respect voire vénération des populations: Le «marabout» ou mouràbit, soignant, éduquant les ruraux dans les «petits ribàt» ou zaouia, formait des «foqàrà»(pluriel de faqir) ou disciples qui continuaient son œuvre après sa mort, les populations élevaient des mausolées et sa tombe devenait lieu de zyàrà ou visite pieuse, de wa’dà ou «promesse» de reconnaissance des bienfaits prodigués par le mrabet, sa «baraka», cela le faisait considérer «wàly» ou marabout, abusivement traduit par «saint»... Les croyances populaires sont, par ailleurs, source d’abus des populations par des «faqir» ou «taleb» 14sans scrupule. Cultivant les mythes de «guérison miraculeuse», ils reproduisent les gestuelles du marabout, ses prescriptions écrites sur des «herz»(15): il ne fallait que porter autour du cou cette sorte de phylactère, écrit dans des dispositions géométriques, pour charmer diverses maladies et guérir..., des guérisons survenant, le psycho-somatique, l’effet placebo aidant, la réputation du marabout s’en suivait. Talisman est un mot dérivé de l’arabe parlé et non classique, il serait dérivé du grec: télesma ou rite religieux, ce qui signifierait l’influence avérée de la médecine grecque. C’est le terme herz , signifiant «protection» d’après le Lisàn, qui est utilisé à nos jours, le taleb qui en délivre est surnommé herràz ou yéqqàsch.
A suivre...
Ghaouthy Hadj Eddine Sari Ali
Conférencier dans les formations en Bioéthique et Droits de l’Homme (Fédération Européenne des Réseaux scientifiques- Ethique et Droits de l’Homme)
(Conseil de l’Europe- Strasbourg- Délégué général de La Fraternité d’Abraham- Paris)
Â
Note
12 cf. La vie de Mohammed T.I, par M.Hamidullah édité par l’Ass.Etudiants Islamiques de France Paris 1979
13 de Bagdad XIIème siècle
14 littéralement : étudiant
15 talisman de protection
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com