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L'éloge au petit poisson rouge



L'éloge au petit poisson rouge
Du 25 novembre au 10 décembre 2016, le public a intérêt à aller courir voir l'exposition rétrospective «Retro 95/15» de Mustapha Nedjaï qui, pour l'occasion, nous donne en pâture quelques travaux bien sentis qui nous laissent la porte ouverte sur un univers très particulier.Talents multiples, arts de l'estampe, peintures, tirages sur toile, compositions tonitruantes, modernité en bandoulière, contemporain en filigrane, hommages clin-d'oeil à des grands comme Hokusai et bien d'autres lampées d'un art frais, voluptueux, créatif et toujours fidèle à ces viatiques composés de mots, de citations que le plasticien ne cesse jamais de nous offrir en cours de route. En effet, le sieur est un homme de mots, qui n'hésite pas à s'offrir dans des élucubrations, que devions-nous dire plutôt des pérégrinations de folie, pour nous inscrire dans une posture d'hommes qui suivent un peu ce grand frère toujours le sourire sur le visage, jamais avare d'un bon conseil ni tout simplement d'un trait d'esprit joyaux, peut-être cynique mais toujours souriant. Il est un des rares plasticiens, de nos jours, à vous raconter la délicate naissance d'un travail, des tressauts d'une gestation plastique ; comment en fait il travaille sur une demi-toile avant d'en entamer l'autre extrémité... Tout cela faute d'espace ! Il est comme cela ce cher Nedjaï, prêt à toutes les épreuves, habile de ses mains, allant d'un style à l'autre sans jamais se discréditer, la démarche sincère jusqu'au bout des vis d'une nouvelle approche esthétique. La couleur toujours lancinante, elle part d'un objet, un détail, un élément dont le poisson rouge, son « accompagnateur » insolent qui a souvent pris place sur d'immenses supports torturés et tortueux de par la force d'expression en noirs charbonneux, rouges provoquant, bleus ultimes où la matière et les couleurs se partagent l'espace dans une lutte acharnée, réédition d'une scène de Carmen qui aurait la couleur musicale d'une méchante mélodie andalouse dans unNessraf violent... Nous avons senti l'impérieuse nécessité de ne point parler des travaux de Mustapha Nedjaï, c'est d'une rétrospective dont il s'agit, elle doit d'être vue, soupesée, appréciée sans doute pour ceux qui aiment recevoir des gifles sur eux-mêmes dans un gênant et pourtant véridique effet miroir. Le peintre ici n'est pas gentil, il ne cherche point à nous plaire, tant-mieux ou tant-pis, nous l'aimons quand-même. Il raconte dans un prélude sous le titre du « Signe » ceci en substance : «S'étonner, s'émerveiller et apprendre : c'est vivre. Il y'a des petites vérités qui en disent beaucoup plus sur la vie que toutes les grandes théories de ce monde. Libérez-vous juste un instant du «Carcan social» pour découvrir d'autres cieux». Un peu plus loin, il dit : «Dans l'errance du temps j'ai songé à ce petit poisson rouge venant hanter mon espace, mon esprit, me plongeant dans les profondeurs désertes de la nuit des temps. Du silence avait surgi le chaos, de cette formidable destruction apparaissait une première goutte d'eau, puis une autre, et encore une autre. Un premier éclair dessinait déjà ce qui allait être son et lumière du rite de la vie sur une petite île. Le déluge s'est transformé en bleu géant accueillant à son tour le petit signe rouge. Celui-ci dans ses premières manifestations multiplia les signes et du rouge vinrent les différentes teintes. La lumière fût...» Dans ses aventures livresques et colorées, sur près d'une quarantaine d'?uvres, Mustapha Nedjaï donne à la galerie El-Yasmine de curieuses floraisons artistiques, souvent charbonneuses, drôlement colorées, un peu rocailleuses comme cette Andalousie un peu rude, un peu bourrue, mais avec un c?ur gros comme ça !!! Mustapha Nedjaï, maître du pinceau et de l'estampe, nous ramène dans les profondeurs d'un art séculaire entre les grottes d'Altamira et les fresques du Tassili, en passant par le sel séché de la Méditerranée immémoriale qui nous sert de matrice originelle. Entre «Ego», «Cible», «Imposture», «Transfuges 3, 7 et 9», «Mouvements»... Il y a autant d'étapes d'une humanité non feinte, d'un désir de donner vie, faire fi de la mort qui siège en notre jardin. Mustapha Nedjaï, fort de ses bleus magnifiques, de ses pistes noires qui montrent en fait la route, de ses rouges venus de nulle-part, nous laisse une impression de force, de puissance graphique, qui posent les postulats dessinés, qui laissent les questions en suspens, combien de jeunes hères imbus de leurs théories fumistes se sont interrogés sur ses curieux tirages, méprisant par leur simple ignorance, pendant que le plasticien riait par la simple gentillesse d'accueillir des amis face à des images qui ne veulent point répondre, mais qui posent sans cesse de nouvelles interrogations. Cette rétrospective mérite le détour, elle ne cessera de nous habiter en fait jusqu'à la fin d'un cycle en attendant un nouveau... -Exposition rétrospective de Mustapha Nedjaï « Retro 95/15 », du 25 novembre au 10 décembre 2016. Galerie El-Yasmine, coopérative Ennadjah, Villa 107 Dély-Ibrahim, entrée libre. Renseignements au 0557 82 72 06.
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