
Par la force des choses, l'école est chosifiée, incapable de produire de la sérénité, de l'humain, seul à même de pouvoir faire aimer les savoirs à des élèves forcés à assimiler mécaniquement trop de choses et parfois de façon violente et sans tenir compte de leurs aspirations, de leurs contraintes sociales et psychologiques (...) Comment s'étonner, aujourd'hui, de l'ampleur de la violence scolaire et des tensions sociales au c?ur d'un espace de savoir '», s'est demandé le professeur Mohamed Mebtoul, directeur de l'Unité de recherche en sciences sociales et santé de l'université d'Oran, dans une contribution publiée en 2013 dans un magazine local.Mohamed Mebtoul a estimé que le débat profond et libre, crucial pour l'avenir de l'école et la société algériennes, n'a pas eu lieu : «Il (le débat, Ndr) ne peut pas se limiter à la quantification qui glorifie politiquement un système éducatif, faisant fi de toute réflexion critique sur son fonctionnement au quotidien. Les questions centrales sont totalement occultées : comment faire aimer l'école à tous les enfants, et la rendre enfin citoyenne, c'est-à-dire ouverte et tolérante ' Comment permettre l'éclosion de «têtes bien faites, au lieu des têtes bien pleines», pour reprendre les propos de Montaigne.»Système éducatif sans âmeTrès critique à l'égard du système éducatif, le sociologue s'en est également pris au pédagogue qui, a-t-il accusé, s'est progressivement effacé au profit du «bureaucrate aveugle qui compte, place, oriente l'élève avec distanciation et froideur, dans une profonde méconnaissance des vocations et des attentes de celui-ci (...)» Et de terminer son réquisitoire par cette conclusion que «le système éducatif n'a plus d'âme, au sens où il n'a pas l'autonomie suffisante pour se remettre en question, en s'interrogeant profondément sur ses multiples faiblesses -notamment le statut des savoirs dans une société profondément marquée par la violence de l'argent- devenant véritablement un système de valeurs, les différentes modalités pédagogiques à mettre en ?uvre dans le but de réduire l'échec scolaire, la revalorisation à donner à des diplômes qui ne semblent plus avoir de sens dans une institution scolaire qui a privilégié le statut et le pouvoir au détriment de la compétence réelle».Autres temps,autres m?ursL'analyse du sociologue est intervenue alors que l'école algérienne est devenue un espace de violence beaucoup plus qu'un temple d'éducation et d'instruction. Il y a quelques années, en effet, un collégien qui se faisait attraper en possession d'un couteau devait s'expliquer devant l'enseignant, le surveillant général et le directeur, ses parents étaient convoqués sur le champ et il encourait de sérieuses sanctions disciplinaires. Aujourd'hui, un élève en poignarde un autre ou agresse son enseignant avec un sabre, un éducateur tabasse un élève un peu trop insolent, un père se venge d'un enseignant un peu trop rigoureux, cela suscite désormais à peine une vague indignation au lieu d'une vague d'indignation.La violence en milieu scolaire qui s'est malheureusement incrustée dans les esprits est devenue une «normalité» acceptée de tous, comme sont admis l'usage de la drogue à proximité des établissements scolaires, les accidents de la circulation la délinquance, la bureaucratie, la corruption et d'autres fléaux encore.Rétablir la communicationPour Fatima-Zohra Sebaa-Delladj, psychologue et maître de conférences à l'Université d'Oran, il faut «rétablir la communication et contribuer ainsi à changer les mentalités (...)» pour parvenir, enfin, «à comprendre l'enfant et l'adolescent et les accompagner dans leurs incertitudes (...) pour prévenir leurs recours à des formes d'expression violentes», comme on peut le déplorer tous les jours aujourd'hui. Et pas seulement dans les écoles, mais dans les administrations, les espaces publics, les stades... où les opinions s'expriment par la violence et où les conflits se règlent souvent pas la baston. Plus grave encore, il arrivé que même les expressions de joie s'expriment par des gestes dune extrême violence comme ce fût le cas de ce joueur d'une équipe de football algéroise qui, après avoir inscrit un but, a couru vers ses supporters en hurlant de joie en se passant plusieurs fois le pouce à travers la gorge, de gauche à droite, comme pour dire : «Je les ai égorgés !»Responsabilité communeMais d'abord, l'Education nationale, les enseignants et les parents ne doivent plus fermer les yeux sur l'ampleur du phénomène qui ne se résume pas à des actes isolés dans quelques écoles de quartiers chauds. La violence en milieu scolaire a atteint des proportions tragiques et il convient d'agir en conséquence ; ce que le ministère de l'Education semble sur le point de faire puisque, comme Mme Benghebrit l'a annoncé en septembre dernier, une série de décisions ont été mises ?uvre sur les plans pédagogique, disciplinaire et de formation au profit des enseignants et des instituteurs pour leur permettre de mieux gérer leurs classes.En attendant d'en savoir davantage sur ces mesures et leur impact sur les élèves et les enseignants, l'école demeure, malheureusement, théâtre d'actes violents et reste pourvoyeuse d'acteurs de la violence sociale. Avec, naturellement, la complicité d'autorités incapables d'intervenir et d'une cellule familiale aussi démissionnaire que dépassée par les événements.S. O. A.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Samir Ould Ali
Source : www.latribune-online.com