Photo : S. Zoheir
Par Badiâa Amarni
Si un grand nombre de projets initiés dans le cadre de l'Ansej sont une réussite, il n'en demeure pas moins que pour les réaliser, les jeunes promoteurs doivent passer par des hauts et des bas avant de voir leur rêve se réaliser. Car, atteindre les objectifs fixés n'est pas tâche aisée et relève d'un véritable parcours du combattant. Ce dispositif de création d'emploi mis en place par le gouvernement, il y a de cela 15 ans, a permis la création d'un nombre important de postes de travail. Il permet aux jeunes porteurs de projets de s'affirmer en relevant le défi de mettre en place leur propre business et créer par là même des emplois. Wassila Benghabrit est l'un des exemples de cette réussite «Ansej», même si son chemin a été longtemps semé d'embûches avant d'aboutir. Et même son projet abouti, les difficultés demeurent toujours présentes. Agée à peine de 24 ans, cette jeune fille originaire d'Oran, titulaire d'un diplôme de TS (technicien supérieur) en sciences commerciales et actuellement étudiante en troisième année de droit des affaires à l'Université de la formation continue (UFC), force l'admiration en ce sens qu'elle a investi un terrain d'homme. Son projet porte sur le ramassage des ordures. Parents et famille proche étaient étonnés de son choix. Son père et sa mère ont tenté de lui faire changer d'avis et conseillé de trouver un autre créneau d'activité comme par exemple la création d'une entreprise de nettoyage, mais c'était peine perdue. Elle tenait tellement à son projet qu'elle a fait toutes les démarches toute seule auprès de l'Ansej. Elle nous explique qu'elle a commencé à préparer son dossier au mois d'avril 2010 pour le déposer auprès de l'Ansej. Cette dernière lui a donné son accord en septembre de cette même année. S'ensuivirent les démarches pour le registre du commerce qu'elle a établi en novembre 2012.
Wassila se lance dans le ramassage des ordures
Et l'une des plus grandes difficultés après la paperasse, comme elle l'a si bien souligné, c'était de décrocher un marché, une condition pour obtenir l'accord de l'Ansej. Comptant toujours sur sa volonté d'aller de l'avant pour réussir, Wassila a mis les bouchées doubles et n'a pas cessé de faire le tour d'Oran à la recherche d'un client et c'était l'APC de Sidi Chami qui lui a offert cette opportunité de se lancer dans son projet. Mais pour ce faire, il fallait aussi obtenir l'accord de la banque qui ne lui a été donné qu'en avril de l'année dernière. Deux mois se sont écoulés avant de recevoir son premier versement. La vraie aventure a commencé pour Wassila le 1er décembre 2011. Tout récemment, elle a signé un contrat avec l'APC d'Oran. Mais cela ne veut pas dire que c'est la fin du casse-tête, car cette jeune fille fait encore face à d'autres problèmes qui sont d'ordre financier. Elle nous explique que depuis qu'elle a décroché ses contrats, elle n'a pas encore été payée par les Collectivités locales pour lesquelles elle fournit des prestations de service. Du coup, elle a toutes les difficultés du monde à payer ses employés et à prendre en charge sa benne-tasseuse (camion de ramassage des ordures) en cas de problème technique. Wassila qui emploie 5 personnes, un chauffeur et 4 éboueurs, arrive quand même à être à jour concernant leur payement grâce à l'aide de sa famille, car il lui faut un minimum de 100 000 DA chaque mois pour les charges. Sa maman nous a déclaré qu'à chaque fin de mois, elle nous harcèle, et chacun de sa famille l'aide comme il peut. C'est dire que son projet d'un montant de 3,5 millions de dianrs qui a quand même pris forme continue à lui faire retenir le souffle à chaque fin de mois. Cela étant et grâce à sa ténacité, Wassila compte aller de l'avant et fait toutes les démarches nécessaires pour se faire payer afin de pouvoir aller plus loin.
En plus des promesses de ses clients de régulariser sa situation, cette jeune diplômée tente de trouver d'autres clients qui soient de bien meilleurs payeurs. Son ambition, c'est d'acheter un deuxième camion de ramassage, mais les nouvelles mesures introduites par l'Ansej exigent d'avoir un permis poids lourd pour son acquisition.Malgré toutes les difficultés rencontrées, Wassila ne baisse pas les bras et compte aller plus loin : l'extension de son projet. Et cette fois-ci, en s'associant avec sa cousine Benghabrit Siham, doctorante en énergie solaire, pour investir dans le tri et le compostage des ordures ménagères. Une étude technique et financière est déjà lancée par les concernées.
Le projet de Mohamed-Seddik dépasse le plafond de l'Ansej
Si les projets de ces jeunes filles peuvent être financés par l'Ansej, il n'en est pas de même pour Chaffi Mohamed-Seddik. Ce jeune homme de 25 ans est porteur d'un projet beaucoup plus ambitieux et qui dépasse le montant que peut offrir l'Ansej. Après des études en France et Montréal, Mohamed-Seddik compte se lancer dans le recyclage de tous les déchets plastiques, quelles que soient leur origine et leur réintroduction dans les circuits industriels. «On va essayer de les récolter directement de la nature, et on va les traiter pour justement en faire du fil synthétique destiné au textile», explique-t-il. L'idée de faire ce projet lui est venue depuis 5 ans déjà suite à des stages effectués à l'étranger dans le domaine du recyclage des déchets, et dans le souci d'introduire cette technologie en Algérie. Les démarches pour sa concrétisation ont été lancées après le Salon du jeune entrepreneur d'Oran où son projet a été classé deuxième dans un concours où 380 dossiers ont été déposés auprès de la GIZ (Organisme de coopération technique allemand). Encore en formation de 6 mois en management avec cet organisme, cet encadrement permettra à ce jeune de se préparer et de pérenniser son projet. «C'est là l'un des problèmes majeurs qui se posent en Algerie», signale-t-il. Parce que le projet qu'il présente dépasse le plafond de l'Ansej qui est de 10 millions de dinars, ce jeune investisseur compte réaliser son projet sur fonds propres et avec l'aide de l'Andi dont il a déjà obtenu l'accord de principe. Une fois donné l'accord définitif par cet organisme, viendra l'étape suivante qui est de faire des démarches au niveau de la banque. Cette dernière, et selon notre interlocuteur, exige du jeune entrepreneur d'avoir une expérience ce qui rend l'aide de la banque «un crédit à l'extension et non à la création d'une entreprise». Et d'étayer ses propos : «Je suis déjà allé voir la banque pour mon projet et elle m'a fait clairement savoir que pour obtenir des fonds, il faut avoir une expérience et un savoir-faire. Cela devient franchement un frein.» Interrogé pour savoir comment faire au cas où la banque ne jouerait pas le jeu, Mohamed-Seddik dira que cela ne le découragera pas et qu'il ira à la recherche de co-financiers ou de co-investisseurs. Revenant sur l'Ansej, notre interlocuteur, et pour avoir accompagné beaucoup de ses amis à lancer des projets dans ce cadre, n'a pas manqué de relever les problèmes de bureaucratie, de papiers dont le nombre est important et un temps fou pour les obtenir. Comme Wassila, Siham et
Mohamed-Seddik, ils sont nombreux les jeunes à se lancer dans l'aventure «Ansej». Beaucoup ont réussi grâce à leur ténacité et beaucoup d'autres malheureusement ont laissé tomber ou ont mis la clé sous le paillasson au tout début de cette aventure.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : B A
Source : www.latribune-online.com