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L'avenir au présent



L'avenir au présent
"Boumediene rêvait de faire de Beni Slimane la deuxième Mitidja. Et le président Bouteflika, qui l'a bien connu, me l'a confirmé."Ainsi a parlé le Premier ministre aux habitants de Médéa. Il n'a pas précisé que Boumediene n'a, finalement, pas su faire de Beni Slimane la deuxième Mitidja. Et que Bouteflika, qui l'a bien connu, ne l'a pas fait, non plus. Et même la première Mitidja est sur le point de disparaître sous le béton et la pollution.
C'est habile, cette promotion à moindre frais : on n'a pas besoin de réaliser ce qu'on peut
faire ! Francis Blanche et Pierre Dac l'ont éprouvé dans un sketch parodiant les numéros de divination. Le professeur (F. Blanche) pose la question au Sâr Rabindranath Duval (P. Dac), venu d'Inde : "Votre Sérénité, pouvez-vous nous dire le numéro de la montre de Monsieur ' Pouvez-vous le faire, votre Sérénité '" Le Sâr se contente de dire oui, et le professeur s'exclame aussitôt : "Il peut le faire, Mesdames et Messieurs !" Et la salle s'esclaffe. Le Sâr est ainsi dispensé de donner la preuve de ses aptitudes, laissant le professeur énumérer les énigmes et attester bruyamment que le maître peut les résoudre.
Mais cela, c'était pour rire. Et pour la leçon : la divination ' celle de l'avenir des gens en particulier ' est une chose grave ; il faut la confier à ceux qui peuvent s'en occuper. On dit que le Premier ministre a aussi de l'humour. Mais les questions dont s'occupe un gouvernement sont généralement d'une gravité telle qu'elles demandent d'aller au-delà du mot d'esprit.
Cette démarche du régime, dont nous subissons l'emprise depuis quatorze ans, a ceci de gênant et de dangereux : elle met l'avenir au service du présent.
Le discours et même l'initiative ne valent que leur effet politique instantané. C'est ce qui semble être recherché, par exemple, par le décret récemment promulgué qui oblige les établissements accueillant des stagiaires universitaires à délivrer à ceux-ci une indemnité qui va de 500 à 2 200 DA (selon l'éloignement du site du stage de la résidence du stagiaire). Il faut ignorer la galère qu'endurent les étudiants et doctorants pour dénicher une structure économique scientifique ou administrative qui daigne les recevoir en son sein le temps d'accomplir "la formalité" de stage. "Formalité", parce qu'une fois toléré par le généreux établissement, le stagiaire est souvent privé de matière, du fait du réflexe national de rétention de l'information, et y dispose rarement d'un superviseur interne, le temps n'étant plus au bénévolat et à la propension à la transmission du savoir et de l'expérience.
Certes, du fait de leur courte durée, les stages ne pèsent certainement pas sur un budget d'entreprise. Mais l'on observe que, même sans rémunération, les portes des usines, des laboratoires et des ateliers, au demeurant peu nombreux au regard de la population estudiantine, ne s'ouvrent pas facilement devant les jeunes en formation.
Si ce n'était pas grave et ne concernait pas l'avenir de la jeunesse en formation, cela ferait aussi sourire de voir un gouvernement qui n'arrive pas à faire recruter des diplômés, compliquer ainsi la tâche des stagiaires, tout en créant chez eux des exigences de rémunération.
Un gouvernement qui semble ne pas résister à ce réflexe consistant à ne considérer que les dividendes politiques immédiats de décisions dont l'effet futur est incertain.
M. H.
musthammouche@yahoo.fr
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