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L'autre drame des enfants assistés



Les premiers pas de l'enfant «né sous X» sont appréhendés par les parents adoptifs. S'il est entendu et recommandé vivement aux parents qui adoptent de ne jamais mentir à leurs enfants sur la nature du lien qui les lie, il est toutefois autrement important que la vérité soit révélée par les parents d'adoption lorsque les conditions psychologiques sont réunies.
Le problème surgit le plus souvent au moment de la scolarité de l'enfant, lorsque ce dernier découvre qu'il ne porte pas le même nom que ses parents d'accueil. Ainsi, la concordance de noms entre l'enfant et son père adoptif est venue permettre l'insertion sociale de l'enfant dans les meilleures conditions psychologiques pour l'enfant. En Algérie, le législateur a mis en place la kafala comme moyen de protection de l'enfant abandonné (avec ou sans filiation). Mais sur le plan filiation, la concordance des noms reste un concept non clair. Bien que le législateur a autorisé le changement de nom, l'inscription de l'enfant sur le livret de famille est toujours interdite.
Aussi, la kafala prend fin une fois les parents décédés. L'enfant n'a pas le droit d'hériter et dans la majorité des cas, il se retrouve à la rue. A Oran chaque année, près de 300 enfants «nés sous X» sont recensés. Ces enfants sont placés au niveau de la pouponnière jusqu'à 6 ans, une fois l'âge de scolarité atteint, ils sont transférés vers la centre des enfants assistés qui doit les prendre en charge jusqu à l'âge de 18 ans. Arrivé à cet âge, la majorité d'entre eux n'ont pas où aller. «Cette année, j'ai eu 30 main levée, ce qui veut dire que 30 pensionnaires du centre des enfants assistés doivent quitter le centre, mais qui n'ont pas où aller», dira le directeur de l'action sociale de la wilaya d'Oran. «Au total 53 adultes sont toujours logés au niveau du centre dont 13 sont mariés avec enfants», ajoute le même responsable. Lors de sa dernière visite au centre en début d'année, le wali avait promis de les reloger, mais en attendant ces pensionnaires continuent de vivre le calvaire. Certains d'entre eux sont sans emploi, d'autres sont pris en charge dans le cadre des dispositifs gérés par la DAS. «C'est un vrai drame, surtout lorsqu'on sait que la majorité de ces enfants était placée dans des familles d'accueil, avant de se retrouver à nouveau dans le centre des enfants assistés pour diverses raisons, tel le décès du Kafil», affirme le DAS. Et d'ajouter que «la kafala doit être un projet de vie et non un acte de charité.
Quelqu'un qui prend un enfant pour la kafala, c'est pour la vie. Malheureusement, dans certains cas ces enfants sont rejetés par les familles d'accueil lorsque le kafil décède, ou quand l'éducation de cet enfant s'avère difficile». Dans le cadre de la loi en vigueur interdisant tout lien de filiation, le sort de l'enfant adopté dans le cas de divorce ou décès du père adoptif demeure incertain. La donation pour les makfouline est, en outre, proscrite par la législation algérienne qui permet paradoxalement aux parents kafil de renoncer à l'enfant, si l'éducation de ce dernier s'avère difficile.
L'autre drame vécu par ces enfants, c'est le fait que la plupart d'entre eux n'ont pas bénéficié du changement de nom et sont toujours victimes du regard d'autrui». Par ailleurs, nombreuses sont les familles d'accueil qui continuent de revendiquer l'inscription de l'enfant makfoul sur leur livret de famille. L'année dernière, le Haut-Conseil islamique a été saisi à nouveau par le collectif des parents kafil pour donner un avis favorable sur l'inscription de l'enfant abandonné sur le livret de famille de son parent adoptif.
L'attente est vécue dans la douleur et l'anxiété par les couples qui ont fait le choix de l'adoption. «Nous pensons que le fait d'inscrire l'enfant adopté sur le livret de famille avec mention makfoul faciliterait énormément les démarches administratives, notamment pour l'école, car beaucoup de parents adoptifs ont, par ailleurs, des enfants biologiques et ne veulent pas faire de différence entre les deux», dira un père Kafil avant d'ajouter que cette démarche a un impact important sur le plan psychologique. «Elle facilite également son intégration dans la société».


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