Œuvre de Rafik Zaïdi
Le Musée d'art moderne et contemporain abrite actuellement et jusqu'au 2 novembre la deuxième édition du Festival national de la photo sous le thème de l'événement.
Que ce soit noir et blanc ou en couleur, en une, deux, trois ou carrément sur plusieurs supports photographiques, le thème de l'événement se décline et se déploie sous différentes facettes, sensibilités et sujets chez nos exposants. Le monde se veut événementiel, fait extraordinaire et le fait d'un évènement à part entière.
C'est ainsi que Cherif Benyoucef après des années passées à couvrir les événementiels tragiques qui ont secoué le pays est parti se ressourcer à la Mecque. De là-bas il est revenu avec des photos en noir et blanc des plus expressives. Le photographe a choisi de placer son cadre à l'intérieur même de ce grand cadre, de le juxtaposer avec ce réel, pour en tirer une certaine distance objective afin d'immortaliser des fragments de vie de ces gens dans cette sainte ville.
Dans un registre complètement différent, Abib Lahcenen rend compte, en couleurs et à travers de nombreuses photos, d'une critique acerbe de la société de consommation à travers l'image que les publicitaires nous fabriquent. Une critique photographique sur l'agression publicitaire et la prédominance de la pub dans notre vie.
Fini le tour d'horizon au niveau de l'atrium du Mama, nous atteignons le premier étage. Ce sont les images en couleurs de Souhil Baghdadi qui happent notre attention. Ce dernier est parti en villégiature en Allemagne en quête de ces jeunes Arabes à la recherche d'une vie meilleure en quittant leur pays.
Dans sa villégiature à Copenhague, il se promène dans une zone considérée comme sensible. Là, il fait connaissance de Zied d'origine syrienne. Il a 27 ans et son rêve est de revenir au pays quand ses moyens le lui permettront. Zied est pris au vif chez lui, dans son intimité, que ce soit avec ses amis, ou seul devant son ordinateur, en faisant la prière...
Dans Chroniques oranaises, Abdelhamid Aouragh immortalise les traces des mémoires partagées des anciennes colonies françaises. Son propos est de travailler sur l'ensemble de ces ex-colonies sous le signe «Surface sensible» et réorienter ses recherches en Afrique de l'Ouest, au Maghreb, à Madagascar et en Asie du Sud-Est.
Kadri, Kaouche, Firdouh et Mammar pour leur part, sont quatre reporters. Chacun d'entre eux apporte une vision originale sur le monde politique ou économique (misère sociale) dans différents coins de son pays. Ferhat Bouda quant à lui évoque en noir et blanc l'exode des nomades mongoles dans des photos insolites, bien étranges.
Restons dans l' énigme où le moindre partielle de vie devient évènement et où vie se confond avec admiration et joie sont ces photos de Rafik Ziadi. Pour lui, le déjeuner devient rouge et le bien manger est un confort.La table devient ce point d'ancrage d'un spectacle vivant.
Une ambiance vu d'en haut tout comme la préparation à la dégustation est une promesse d'un lendemain haut en couleur. Jaoudet Gassouma, le plasticien romancier flirte cette fois avec la photo en donnant à voir une voûte céleste celle de la coupole en 2009 ayant servi au spectacle d'ouverture du Festival culturel panafricain. Son titre éloquent à plus d'un titre renvoie en effet à cet événement inoubliable: «Quand Alger apprivoise l'Arc- en-ciel».
C'est un nombre incalculable de photos qui sont disposées l'une à côté de l'autre dans cet foisonnement de clichés qui revoient à cette installation scénique des plus magnifiques. Pour sa part, Samira Sahnoune a choisi la fenêtre comme élément central de son expo.
Un simple élément architectural du paysage urbain et le voilà qui devient tableau étincelant de beauté lorsque s'ouvrent devant nos yeux, ces vues sur ces fenêtres qui s'»éclatent» sur les façades des immeubles. Ces fenêtres sont paradoxalement closes pour la plupart, entourés de fil de fer barbelé. Des balcons quant à eux sont ornés de drapeau national ou de parabole...à l'algérienne. Un signe distinctif qui renvoie en une sorte de hors champs, à la Coupe du monde de football, peut-être.
Bin El bareh wel youm de Ryad Derbane est une juxtaposition architecturale entre passé et présent de plusieurs ville d' Algérie, autrement avant et aujourd'hui. Poussant l'abstrait, l'expo de Mustapha Sedjal est intéressante à plus d'un titre. Ce photographe ne se contente pas d'évoquer le phénomène d'el harraga en donnant à voir la mer et des bateaux mais reconstitue sous forme de papier ces même petits bateaux qu'on confectionne à la main. Des bateaux à satiété, lesquels deviennent le centre d'une mise en scène captée au final avec son objectif sous un angle épuré.
Du noir et blanc pour raconter une mésaventure d'une harrga sous le prisme d'un petit bateau en papier en dérive. L'art au service de la réflexion prend tout son sens ici. Le bateau est seul comme suggestion à l'absence, à la mort, l'effacement de l'humain, à cette mer qui tue!
Le néant, bref, n'a jamais aussi bien existé et souligné que dans ces photos intelligentes bien que pourvues de naïveté car faites par de moyens dérisoires. Il fallait oser! Le phénomène des harraga est certes un fléau qui tend à se banaliser. Un événement plutôt à prendre toujours et encore au sérieux.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : O HIND
Source : www.lexpressiondz.com