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«L'Arabie Saoudite a littéralement acheté sa protection aux Etats-Unis»



«L'Arabie Saoudite a littéralement acheté sa protection aux Etats-Unis»
Le premier voyage de Donald Trump à l'étranger a débuté samedi par un accueil chaleureux en Arabie Saoudite et l'annonce par la Maison-Blanche d'un mégaprojet de ventes d'armements au royaume. Les Etats-Unis et l'Arabie Saoudite ont, en effet, signé des accords d'une valeur de plus de 380 milliards de dollars. Lina Kennouche, doctorante en sciences politiques à l'université Saint-Joseph de Beyrouth, explique les raisons de la générosité de la monarchie saoudienne à l'égard de Washington.- C'est à l'Arabie Saoudite que le président américain, Donald Trump, a décidé de consacrer son premier voyage hors des Etats-Unis. Faut-il y voir un retour aux constantes de la politique étrangère américaine, des constantes desquelles s'était quelque peu écarté Barack Obama 'Oui et non. Dans le discours officiel américain, il y a une remise en cause de la politique menée par Obama. L'attitude de l'Administration Trump vis-à-vis de l'Iran est beaucoup plus offensive, on assiste également à un discours plus violent à l'égard des mouvements de résistance. Mais la question est de savoir comment cela va-t-il se traduire en pratique. On peut s'attendre à une plus grande ingérence américaine dans les affaires régionales, sans pour autant renouer avec l'aventurisme de l'ère Bush.- Pourquoi cela 'Et bien tout simplement parce que les Etats-Unis n'ont plus les moyens d'une politique militariste. Les Américains vendent des armes à leurs alliés, mais ne sont pas prêts à aller combattre à leur place. Rappelons que le grand retour des Etats-Unis sur l'échiquier régional a lieu dans un contexte géopolitique largement modifié, avec un Iran qui a renforcé son influence sur fond de concurrence et de tension avec la Russie et la Chine. Les dynamiques de terrain échappent aux Américains.- Comment analysez-vous, au plan politique, le bilan de cette visite de M. Trump en Arabie Saoudite, visite à laquelle étaient conviés du reste la quasi-majorité des leaders arabes et musulmans 'Il s'agit avant tout d'une opération commerciale de grande envergure qui va permettre à la machine économique américaine de fonctionner quelques années. Cependant, il ne faut pas perdre de vue la dimension stratégique. Dans la vision de l'Administration Trump, l'ennemi irréductible est l'Iran, on revient à la traditionnelle politique d'endiguement de ce pays. Pourtant, l'accession au pouvoir du nouveau Président, sa proximité avec Moscou et l'attitude première vis-à-vis de certains alliés comme l'Arabie Saoudite annonçaient de relations tendues.Mais le rapport de forces au sein de l'Administration Trump a changé. La vision défendue par la frange idéologique incarnée par l'ex-conseiller à la sécurité nationale de Trump, Michael Flynn, et le stratège Stephen Banon évincé du Conseil de sécurité nationale, selon laquelle l'ennemi principal est l'islamisme, d'où l'intérêt d'un rapprochement avec Moscou pour faire face au péril islamiste, a été battue en brèche.C'est le point de vue militaire qui s'est imposé : la contradiction principale demeure la Chine, la Russie et l'Iran. Si l'objectif est de renforcer le poids stratégique des Etats-Unis, il faut rompre avec l'approche du compromis et relancer la course aux armements. Au Moyen-Orient, cela se traduit par la mobilisation d'un front sunnite pour affaiblir Téhéran.- Au premier jour de la visite du président américain, les Etats-Unis et l'Arabie Saoudite ont signé des accords d'une valeur de plus de 380 milliards de dollars. Du jamais vu dans les relations américano-saoudiennes. Pourquoi une telle générosité de Riyad à l'égard de l'allié américain, surtout que le royaume wahhabite vit une crise économique aiguë 'Il faut avoir à l'esprit que la stabilité du régime saoudien repose exclusivement sur la protection américaine. Si sous Obama les Salman pouvaient craindre les conséquences redoutables d'une brouille avec les Etats-Unis, l'attitude de Trump est accueillie avec soulagement. De la protection américaine dépend la survie d'un régime dont la légitimité est contestée sur le plan interne. L'équipe de Mohamad Ben Salman a été à l'origine d'un véritable coup d'Etat pour s'arroger le pouvoir, rompant avec les règles traditionnelles de succession en place depuis le roi Abdelaziz.A la mort du roi Abdallah, le prince héritier a été écarté au profit de Salman. Ce dernier est cependant loin de faire l'unanimité. La démonstration de force depuis son arrivée au pouvoir, sa politique étrangère offensive, la mainmise de son entourage sur l'ensemble des administrations répondent à cette quête de légitimité et au besoin d'affaiblir et de marginaliser Ben Nayef au départ soutenu par les Américains et les Français. Son frère Khaled Ben Salman, ambassadeur saoudien aux Etats-Unis, a joué un rôle de premier plan dans la faramineuse opération commerciale à laquelle nous avons assisté. L'Arabie Saoudite a littéralement acheté sa protection.- La politique du chéquier a-t-elle de l'avenir avec le président Trump 'La question est plutôt de savoir jusqu'où Américains et Saoudiens seront-ils suivis dans leur politique de reconstitution d'un front sunnite contre l'Iran. Pour l'instant, il n'est pas certain que le Pakistan, allié traditionnel de Washington, accepte de rejoindre l'axe d'opposition à Téhéran.L'Egypte d'Al Sissi tient un discours qui n'a pas la même teneur que celui de Riyad et Washington, sans doute pour mieux faire monter les enchères. Il y a des contradictions palpables dans la coalition que Saoudiens et Américains cherchent à mettre en place aujourd'hui. Si cette coalition réunit uniquement les pays du Golfe, on peut alors s'interroger sur son efficacité.
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