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Kiosque arabeComparaison peut être raison



Kiosque arabeComparaison peut être raison
halliahmed@hotmail.com
En voyant certaines images de l'actualité nationale, je me suis souvenu du fameux slogan publicitaire pour une marque mondiale de dessert, et je me suis laissé surpris à crier : «On se lève tous pour Ghannouchi !» Le leader du mouvement islamiste tunisien a été, en effet, le témoin privilégié d'une des étapes clés, filmées comme il se doit, de la «marche» résolue de Bouteflika vers un quatrième mandat. Je suppose qu'il nous le dira lui-même dans le prochain film qui lui sera consacré. Nous sommes encore dans la phase du cinéma muet, mais patience, nos réalisateurs ont du talent. Devant un tel déploiement de savoir-faire cinématographique réunissant la rigueur du scénario et la précision du cadrage, on peut se demander pourquoi on a fait appel à un réalisateur étranger pour le film sur l'émir Abdelkader. Toujours est-il qu'on a le droit d'être étonné, voire choqué, par le choix d'organiser un «Mazal waqfine» national inédit, en présence d'un hète étranger et qui n'a pas le statut de chef d'Etat, même s'il en a les pouvoirs. Devant un tel honneur et une telle considération pour un chef de parti, qui connaît certes la musique mieux que Saïdani, mais qui n'est pas très populaire en son pays, on se perd en conjectures. Qu'est-ce qui peut bien motiver notre Président actuel et sûrement futur, selon une source proche des ateliers de haute couture, pour qu'il fasse l'effort de se lever pour Ghannouchi ' Que va dire l'autre, le chef d'Etat en titre, le sieur Moncef Marzouki '(1)
Ce qu'il y a d'admirable chez Ghannouchi, c'est qu'il se débrouille toujours pour avoir le beau rèle, le rèle de celui qui n'a pas besoin de plonger les mains dans le seau à charbon et qui tire son épingle du jeu en fin de compte. Ce n'est pas pour rien que le défunt Lakhdar Afif comparaît Ghannouchi à l'ayatollah iranien Khamenei, dont il serait d'ailleurs un fervent admirateur, parce qu'il est maître de l'Iran. En plus, et bien qu'il soit islamiste et qu'il a donc les mains prélavées selon d'intimes convictions, Khamenei serait un homme très riche(2). Et comme on ne prête aujourd'hui qu'à ce genre humain, les Iraniens lui concèdent les plus hautes vertus, pour peu qu'il donne l'air de mener une vie d'ascète. Tout comme Khamenei, l'islamiste tunisien n'apparaît au premier plan qu'au moment où sa popularité ne peut que monter, au détriment de celle des hommes qu'il a envoyés au feu et qui ne sont pas équipés pour éteindre les incendies. Outre les fusibles que l'on jette après usage, et pour calmer le peuple en colère, Ghannouchi dispose d'un idéal préposé à essuyer les plâtres, en l'occurrence Moncef Marzouki.
Non content de jouer les paratonnerres et d'attirer sur sa personne les foudres du mécontentement, le président tunisien va carrément au-devant des ennuis. Il se porte garant de gens qui ne verseraient pas une larme furtive sur son triste sort, car c'est bien à ça qu'il est voué. L'opposition tunisienne le voue aux gémonies, non seulement pour ce qu'il laisse faire, mais aussi pour ses reniements et ses volte-face idéologiques. Et nous en connaissons un bout, en Algérie, sur les hommes de gauche, dont les vestes sont craquelées aux entournures à force d'être enfilées et réenfilées dans tous les sens. Donc, l'ancien homme de gauche, Marzouki, s'est rendu tellement impopulaire qu'il ne serait pas étonnant que les Tunisiens le désignent un jour comme celui qui a cassé le vase de Soissons. Dans une lettre adressée à la directrice générale de l'Unesco(3), l'ancien ambassadeur tunisien, Mezri Haddad, l'interpelle sur la situation de l'éducation en Tunisie. «Que cet homme, qui a construit toute sa légende sur le mythique respect des droits de l'Homme, que vous vous apprêtez d'accueillir, réponde du crime contre l'enfance et soit interrogé par votre auguste assemblée sur les 100 000 élèves de 6 à 16 ans, déscolarisés en une année, soit 5,2% de la population totale scolarisée ()» Ce chiffre vient du ministère de l'Education nationale qui a fini par rompre l'omerta après la publication d'une enquête financée par l'Unicef. Dans son rapport annuel de 2012, celle-ci a reconnu que «ce fléau touche 80 000 enfants en âge de scolarité obligatoire. Nous en sommes aujourd'hui à 100 000, et si rien n'est fait pour arrêter cette tragédie, nous en serons l'année prochaine à 200 000 ()». Le même rapport de l'Unicef indiquait que «le ministère des Affaires de la Femme et de la Famille (MAFF) manque de moyens d'inspection des jardins d'enfants, notamment avec la prolifération des jardins d'enfants coraniques qui échappent au contrèle de l'Etat». Mais ce rapport n'évoque pas l'enseignement nauséabond et pernicieux de ces crèches coraniques ni l'origine des fonds saoudiens et qataris qui les ont financées. En moins de trois ans, le nombre de ces crèches coraniques a atteint les 702, selon le dernier recensement du Maff. Mais pour une responsable syndicale, leur nombre dépasserait en réalité les 2 000, alors que celui des crèches séculaires arrive à peine à 4 005 «() En réalité, il ne s'agit guère de religion, encore moins de spiritualité, mais d'activités bassement lucratives dont l'enseignement consiste à distiller le poison wahhabite dans l'esprit d'enfants de 3 à 5 ans. Des outils pédagogiques gracieusement offerts par l'Arabie saoudite, jusqu'à la formation accélérée des éducatrices prêcheuses, tout est fait pour détruire les crèches et les écoles laïques et républicaines dont la naissance remonte à l'aube de l'indépendance () Vous avez, Madame la Directrice générale, les leviers suffisants et les moyens institutionnels pour arrêter ce massacre abominable par lequel ce gouvernement illégal et illégitime depuis le 23 octobre 2012 cherche à imposer aux Tunisiens une nouvelle façon de penser, de s'éduquer, de vivre, de s'habiller et même de croire. De ce gouvernement criminel, le président provisoire que vous accueillez est à la fois le complice et la caution droit-de-l'hommienne.»
Voilà un des aspects les plus visibles et les plus néfastes, de la gestion de ce Ghannouchi, que l'Algérie en la personne de son Président a fait l'effort d'accueillir debout. Il est vrai qu'en matière de bilan, aucun ne souffre de la comparaison avec l'autre, l'égalité étant quasi parfaite et confirmée par le geste protocolaire. Comme quoi, il peut arriver que comparaison rime avec raison, et à plus forte raison quand il s'agit de l'éducation.
A. H.
(1) Ou bien, devrait-on dire Al-Marzouki, la particule «Al» étant très appréciée par les apprentis levantins du Maghreb qui pensent, à tort sans aucun doute, qu'elle fait plus aristocratique, et surtout moins indéfini. Comme nous n'avons pas eu le loisir, ni l'envie d'ailleurs, de faire cet honneur au vrai patron de la Tunisie
(2) En plus d'être la plus haute instance religieuse et politique du pays, l'ayatollah est à la tête d'un vaste empire économique et financier estimé à 95 milliards de dollars. De quoi susciter bien des vocations et des tentations irrésistibles pour l'islam politique, pourvoyeur de richesses pour ceux qui savent s'en servir et se servir.
(3) La lettre a été envoyée la veille de la réception de Moncef Marzouki à l'Unesco, le 6 novembre dernier.
http://ahmedhalli.blogspot.com/
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