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KIOSQUE ARABE Où l'on reparle de l'argent du Golfe



KIOSQUE ARABE Où l'on reparle de l'argent du Golfe
halliahmed@hotmail.com
Chaque jour nous apporte son faisceau de preuves concernant la marche forcée de l'Egypte vers cette dictature islamiste, pudiquement appelée califat. Ce qu'on croyait être un fantôme tyrannique du passé, est en voie d'apparition et d'installation, sous la sainte houlette des Frères musulmans.
Pour réduire une opposition, déjà dispersée et en voie de démobilisation, le nouveau pouvoir intégriste a le choix entre deux armes : la menace à l'ordre public, ou l'atteinte aux convictions religieuses, pour ne pas dire l'Islam. Il use de l'une ou de l'autre, selon la circonstance, quand il ne cumule pas les deux chefs d'accusation à charge. Les principales cibles sont évidemment les opposants ayant une certaine dimension, comme l'ex-candidat et prix Nobel Baradai, ou des écrivains et journalistes de la trempe de Ala Aswani. Ce ne sont pas les deux seules voix discordantes, face à la partition islamiste, puisque l'Egypte a la chance, contrairement à nous, de pouvoir puiser dans un riche vivier d'intellectuels difficiles à circonvenir. Au début, et pour tester la réactivité de l'opinion, le gouvernement islamiste, tactiquement remanié ces dernières heures, s'est attaqué au secteur sensible des médias. Après avoir placé ses hommes à la tête des médias publics, il a donné un premier coup de semonce en interdisant la chaîne satellitaire Les Pharaons et en engageant des poursuites contre son propriétaire, Tewfik Okacha. Contrairement à ce qu'il prétendait, ce dernier n'a pas réussi à soulever les foules contre le régime et sa réputation sulfureuse et trouble(1) ont fait le reste. De par son passé et ses pantalonnades, le journaliste-député s'est révélé être le «maillon faible» d'une certaine opposition, souvent prête au compromis ou à la compromission. Comme dans tous les systèmes à vocation tyrannique, il y a des «pour» et des «contre», en service commandé, des partisans et des opposants de métier, dont la seule vertu est de durer. Chez ces gens-là, l'appétit vient en mangeant et l'ambition grandit souvent avec l'âge, l'absence, ou la disparition progressive des moyens intellectuels de la réaliser. Dans le cas de Tewfik Okacha, ses rodomontades guerrières, via Les Pharaons, semblent avoir fléchi depuis la fermeture de sa chaîne. En revanche, Ibrahim Issa, un journaliste et un opposant qui semble décidé à le rester, subit des pressions de plus en plus fortes, en particulier à cause de son émission «Ici Le Caire»(2). Homme d'une grande piété, mais furieusement hostile au wahhabisme ambiant, notre confrère est systématiquement accusé de porter atteinte à l'Islam et aux musulmans, dès qu'il émet la moindre critique. Ainsi, alors que tous les prêcheurs intégristes paraphrasent le Coran à qui mieux mieux, la méthode est interdite à Ibrahim Issa. Ce dernier, pourtant animateur, il y a deux ans, d'une émission sur le génie des «califes éclairés»(3), n'a pas le droit de s'immiscer dans le domaine réservé des imams. L'islam n'a pas de clergé, mais il a ses clercs et ses censeurs qui s'érigent en institutions inquisitrices pour les besoins de leur cause. Comme ils l'ont fait pour Nasr Hamed Abou-Zeïd, le regretté penseur disparu en 2010, les intégristes ont actionné l'appareil de justice contre le rédacteur en chef du quotidien Al-Tahrir. Il est question d'atteinte aux valeurs de l'Islam, d'injures aux musulmans, dès que le journaliste critique l'adhan par hauts-parleurs, ou utilise des versets du Coran pour les retourner contre ceux qui en ont fait un fonds de commerce. La semaine dernière, la presse islamiste a ajouté un nouveau motif d'inculpation : l'attaque contre les barbus- escrocs. Ibrahim Issa a juste affirmé que pour inspirer confiance et réussir leurs coups, nombre de malfaiteurs arboraient des barbes de «frère»!!! Pour ne pas être en reste, Ala Aswani a interpellé cette semaine le mouvement au pouvoir en lui posant la question : «D'où provient l'argent que vous dépensez '» L'écrivain dénonce l'impunité et l'opacité qui entourent les financements étrangers de la mouvance islamiste, alors que des associations de la société civile sont soumises à un harcèlement judiciaire sur le même sujet. Il cite l'exemple des largesses et des dons alimentaires, reçus par des Egyptiens lors des opérations électorales, de la part des islamistes. Ainsi, le 21 février 2011, le ministère de la Solidarité sociale a validé un financement de 296 millions de livres égyptiennes, en provenance du Golfe, pour une association fondamentaliste. «Ce qui est une somme énorme pour une simple association de bienfaisance, note Ala Aswani, mais les responsables de cette association ont été incapables de justifier l'utilisation de ces fonds. Ils se sont contentés d'indiquer que 30 millions avaient été utilisés au profit des orphelins et des pauvres. Quant au reste, il a été investi, selon eux, dans des projets de développement. Terme nébuleux et très opaque, qui indique que ces fonds ont été utilisés, en réalité, pour acheter les voix des électeurs», affirme Ala Aswani. Quant aux Frères musulmans, ils auraient beaucoup de mal à expliquer de quelle manière ils ont acquis les 1 375 sièges qu'ils possèdent à travers tout le pays. La construction de leur seul siège central a coûté la bagatelle de 30 millions de livres égyptiennes, ajoute encore l'écrivain. En somme, pour tous ces gens «hallal», l'argent n'a pas d'odeur, même s'il a une religion. La seule différence, c'est qu'il disparaît sans laisser de traces, autrement que dans les urnes.
A. H.
(1) Alors qu'il était député du Parti national de Moubarak, Tewfik Okacha a embrassé la main de Safwat Cherif, le ministre de l'Information de l'époque. Ce baise-main est d'ailleurs visible sur You-Tube. Comme quoi, nous n'avons vraiment rien inventé en matière de courbettes et de bouffonneries.
(2) Il est présent quotidiennement sur la chaîne «Al_Kahera Wal-Nass», où il dissèque les travers des tenants de l'Islam politique, mais aussi avec le journal Al-Tahrir, dont il est le rédacteur en chef.
(3) La série qui est passée sur Dream est inspirée de l'œuvre de Abbas Mahmoud Al- Akkad, Al-Abkariate, œuvre unanimement saluée, excepté par quelques cheikhs attitrés et rétribués du wahhabisme.
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