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KIOSQUE ARABE Attention au maillot d'Abidal !



Par Ahmed Halli
halliahmed@hotmail.com
Je ne comprends comment après un demi-siècle d'indépendance, et quarante-neuf ans d'un enseignement religieux archaïque et anesthésiant, on s'étonne encore de la mainmise fondamentaliste sur l'exercice du culte et sur la société en général. Le fondamentalisme, ou le salafisme pour faire plus vrai, on y travaille depuis près de cinquante ans. Certains en ont même jeté les bases en s'enrôlant massivement dans le futur parti unique du FLN.
On savait, bien avant Belkhadem, qu'être musulman, c'était pour la vie, et on s'y était résigné même lorsqu'on nous promettait la mort en son nom. Toutefois, les tenants de l'orthodoxie actuelle, sous-traitants du wahhabisme, ont changé les règles du jeu, sans même nous consulter. Non contents de rythmer notre vie quotidienne à grand renfort de décibels, ils nous imposent le silence jusque dans nos funérailles et nos cimetières. D'abord, nous ont-ils dit, porter le défunt vers sa dernière demeure au pas de course ne suffit plus. Il faut se hâter de mettre vos parents en terre, sitôt qu'ils ont rendu l'âme, surtout ne jamais les laisser passer la nuit. Celle-ci porte conseil, et peut être propice à la bid'aa, l'innovation, et vous connaissez le prix de l'innovation. Toujours en veillant à nous faire garder le rythme, nos salafistes formés dans nos écoles et instituts, il faut le rappeler, nous ont invités à la pause-sermon, afin de nous rappeler le but de notre existence. Quant à nos chers disparus, décédés à l'étranger et rapatriés en cercueils plombés, la chance leur était enfin donnée de retrouver la terre sans attendre le dépérissement du sarcophage. Au début, on agissait en catimini, de peur de tomber sous le coup des lois (humaines): le défunt était extrait de son cercueil, protégé des regards extérieurs par une haie compacte de «frères». Puis les «frères» d'en haut se sont enthousiasmés pour cette pratique innovante, mais non «bid'ante». C'est ainsi que la pratique s'est propagée de bas en haut, et de haut en bas, pour unifier les Algériens autour du dogme des briseurs de sceaux. Il n'est plus question de ramener les dirigeants d'un parti dissous, qui règne mais ne gouverne pas, mais de s'approprier son programme. Il s'agit d'asseoir durablement une idéologie qui a pris possession de nos centres du pouvoir et de nos institutions éducatives, et de laisser la «trahison» des clercs faire le reste. Pour conforter l'édifice, il faut cependant des préposés à l'entretien de la flamme, des théologiens qui interviennent du samedi au vendredi pour nous dire ce qu'il faut faire, ou ne pas faire. Très souvent, ces imams qui font du wahhabisme sans le proclamer, tout comme le gouvernement fait la politique du FIS sans l'avouer, se disent malékites, mais c'est à voir. Grâce au cheikh Chems Eddine, «soleil de la religion» qui nous illumine de ses fatwas cosmiques, nous savons désormais sous quel maillot nous devons prier, à défaut de jouer. Evoquant l'engouement des jeunes Algériens et des musulmans en général, pour le Barça et le Réal, les deux grands clubs espagnols de football, le cheikh interdit de prier avec leurs maillots. Il explique, en effet, dans Ennahar Aldjadid du 28 septembre dernier, que ces maillots arborent une croix dans leurs écussons, ce qui rend caduque la prière avec ces teeshirts très prisés. Eric Abidal, qui s'est fait musulman par amour pour une Algérienne, devra arborer un maillot différent pour ses prières. Ceux des fans du Barça qui portent le teeshirts de ce joueur devront aussi choisir et laisser Abidal à l'entrée des mosquées. Est aussi déclarée non valide et interdite toute prière sous le maillot d'une équipe européenne qui a les mêmes symboles. Toutefois, le distingué théologien autorise la prière sous toute autre tenue ne contenant pas des références au christianisme. Quant au judaïsme… Il arrive pourtant que le salafisme dit malékite se heurte au wahhabisme, mais sans trop le bousculer. Cheikh Chems Eddine s'oppose ainsi aux édits du cheikh saoudien Saad Al- Souhaïmi qui reproche aux footballeurs saoudiens de ne pas assez remercier Dieu, après la victoire ou de laisser ce soin à leurs entraîneurs. Le théologien saoudien faisait référence à la diminution remarquée du nombre de prosternations enregistrées lorsqu'une équipe marque un but à l'adversaire. Selon Chems Eddine, cette pratique est insignifiante, et il y a des façons moins ostentatoires de remercier Dieu. Il y a quelques années, un collège de boycott arabo-musulman, prenant le relais de la Ligue du Caire, avait interdit la prière en jean, estampillé Lévis Strauss. Il ne s'agissait pas évidemment d'une initiative raciste anti-juive, mais d'un acte religieux s'inscrivant dans la ligne du combat contre le sionisme et pour la libération de la Palestine. Personne n'ignore, au demeurant, que les théologiens musulmans débordent d'amour, et d'affection pour les Gens du Livre, conformément aux recommandations du Saint Coran. C'est pour cela que les minorités chrétiennes du monde arabe devraient cesser de s'inquiéter de leur avenir, comme elles l'expriment actuellement. Quel crédit fautil accorder alors aux assurances, prodiguées dans le cas de la Syrie, par les tenants du courant islamiste ' A en croire Loua Al-Zoghbi, animateur du courant fondamentaliste Al-Mou'minoune youcharikoune (Les Croyants participent), un avenir radieux est promis aux chrétiens du pays. Dans une interview à un hebdomadaire américain, citée par Elaph, le dirigeant salafiste affirme que la minorité chrétienne ne devrait pas avoir peur pour son devenir en Syrie. Al-Zoghbi se veut rassurant non seulement pour la sécurité des chrétiens de Syrie, mais aussi pour le rôle politique qu'ils joueront après la chute du régime de Bachar Al-Assad. Le dirigeant islamiste qui a notamment combattu en Afghanistan affirme que c'est le gouvernement syrien qui s'efforce de donner une mauvaise image de son mouvement. Il rappelle qu'en dépit des convergences idéologiques avec Al-Qaïda, il a condamné les attentats du 11 septembre. De même qu'il se dit prêt à partager éventuellement le pouvoir avec toutes les composantes syriennes, aussi bien chrétiennes que kurdes et alaouites. Belles promesses, mais qui n'atténueront en rien les inquiétudes des coptes d'Egypte, notamment avec la collusion qui se dessine entre le mouvement des Frères musulmans et le vieux parti libéral Wafd. Là aussi, on promet tout ce qu'il est possible de promettre aux minorités confessionnelles, juste pour rassurer Hillary Clinton. Mais le vrai problème reste, à mon sens, l'avenir des minorités musulmanes qui ne se sentent pas concernées par le rétablissement du califat et l'instauration de l'Etat islamique. Ces minorités non engagées, laïques et donc mécréantes aux yeux des salafistes, sont le vrai problème. C'est à ces minorités qui ne veulent pas faire semblant de croire qu'il faut d'abord donner des gages de bonne volonté. Ce sont ces musulmans, beaucoup plus musulmans par identité culturelle que par prosternation, dont il faut calmer les angoisses. Et pas de manière radicale !
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