
[email protected]/* */Silence gêné dans les rangs arabes et assimilés(1), après le bombardement d'un aéroport syrien par les Américains, malgré le signal des applaudissements donné par l'Arabie Saoudite. Un silence qui se reflète, si j'ose dire, dans le traitement de l'évènement par les journaux et les télévisions. Seuls les réseaux sociaux, encore libres de toutes entraves et il faut s'en féliciter, ont pu rendre compte de la colère et de l'indignation de la rue, avec une condamnation quasi-unanime. Trump déteste les Arabes et les musulmans, avec une aversion particulière pour les deux réunis et réciproquement, comme le montre l'émotion très légitime, plus ou moins sincère, suscitée par cet acte de guerre. Trump déteste les Arabes qui détestent unanimement l'Amérique, même quand ils ont la «Green Card», mais il ne les met pas tous dans le même sac. La preuve : quelques jours après avoir encensé un potentat arabe, le Président égyptien Sissi en l'occurrence, et salué son «travail fantastique» (!!!)(2) en Égypte, il s'en prend à un autre dictateur. Entre l'Égypte et la Syrie, «sœurs», il y a un dénominateur commun : les deux régimes ont semé de la religiosité à tout-va, pour ne récolter que du terrorisme en définitive. Dans l'un et l'autre pays, unis jadis par un mariage et des alliances éphémères, on s'est évertué à faire le lit de l'islam politique, avant de se raviser.En ce qui concerne le terrorisme aussi, Trump établit un distinguo que ses imprudents électeurs auront de la peine à suivre, puisqu'il offre un renfort inespéré à Daesh, en frappant son principal adversaire. Comment expliquer cette contradiction, en plus de ce revirement inattendu chez un homme qui s'est toujours montré indifférent au sort du régime syrien ' Le politologue libanais Khattar Abou-Diab voit dans l'initiative surprise de Trump une volonté personnelle de se laver du soupçon de collusion avec Poutine et de rejouer un rôle dans la crise syrienne. Il estime que l'incapacité du nouveau Président à imposer ses deux décrets majeurs sur l'immigration et sur le système de santé mis en place par Obama a pesé lourd dans sa décision. Trump a ainsi saisi l'occasion de prendre ses distances à l'égard de son homologue russe, tout en restituant à l'Amérique sa puissance dissuasive, selon ses engagements électoraux. Quant à l'attaque au gaz toxique de Khan Chikhoune, l'analyste l'attribue sans hésitation à l'armée syrienne, mais il s'interroge en même temps sur ses tenants. Pour quelle raison le régime syrien aurait-il eu recours à ce genre d'attaque, alors qu'il avait repris l'initiative, que le rapport de force penchait en sa faveur, et que rien ne l'y obligeait sur le plan militaire 'En dépit du scepticisme qui entoure l'intervention américaine, Khattar Abou-Diab n'écarte pas une éventuelle erreur d'appréciation de Bachar Al-Assad, assuré de l'impunité et leurré par les déclarations américaines. Il aurait ainsi été conforté dans ce sentiment et aurait commis l'erreur de croire que tout lui était permis, tout comme l'avait fait avant lui l'Irakien Saddam Hussein. En agissant ainsi, Donald Trump a voulu signifier que Moscou n'aurait plus désormais le rôle principal dans la gestion du dossier syrien, et que Washington reprendrait l'influence perdue par Obama. Il adresse également un message rassurant à ses alliés traditionnels dans la région, comme en témoignent les réactions de satisfaction quasi-instantanées de l'Arabie Saoudite, de la Turquie et d'Israël, souligne le politologue. D'où la tentation récurrente de s'allier avec le diable, lorsqu'il s'agit de contrer les projets de ce triumvirat démoniaque qui régit le Moyen-Orient à sa guise. Toutefois, la Turquie d'Erdogan pourrait bien avoir à pâtir d'une plus grande implication américaine en Syrie, sachant que le problème kurde est toujours pendant. La semaine dernière, le drapeau kurde a été hissé à Kirkouk, en Irak, ce qui a provoqué une réaction immédiate de condamnations aussi bien de la Turquie que de l'Iran. Kirkouk était une ville à majorité kurde avant que Saddam Hussein ne la transforme en ville majoritairement arabe, par des transferts massifs de populations, et elle figure au centre des revendications kurdes. Intervenant dans le débat sur l'article 140 de la Constitution irakienne, qui fait référence à Kirkouk, le député kurde Abdallah Sardar réplique indirectement aux Turcs et aux Iraniens qui ont invoqué cet article(3). Il signale que cet article, censé ouvrir la voie aux négociations sur le parachèvement de l'autonomie kurde, est volontairement gelé par le gouvernement de Baghdad. D'entrée, il signifie aux uns et aux autres, qu'il n'y a pas mieux que les Kurdes pour comprendre le contenu de l'article 140, en rapportant un discours qu'il a tenu un jour en commission : «Monsieur le Président, la langue arabe est la langue du Saint Coran, il faut donc l'utiliser avec un très grand respect. Considérant que certains collègues ne maîtrisent pas ses règles lors de la lecture, et par déférence pour la langue du Saint Coran, je propose que les députés kurdes ou turkmènes se chargent de cette lecture. Car, vous les Arabes, vous ne savez pas l'arabe !» Ce qui montre qu'Erdogan ne devrait pas trop craindre l'arrivée prochaine d'un Atatèrk chez ses meilleurs ennemis kurdes.A. H.(1) Le magazine Algérie-Focus publie le résultat d'une étude, «Genographic Projet», sur la composition ethnique de l'Afrique du Nord, menée par la National Geographic Corporation. L'étude consacrée à la Tunisie, pourtant considérée comme plus arabe que les autres pays du Maghreb, révèle que l'ADN arabe ne dépasse pas les 4%, alors que le génome nord-africain est dominant avec 88%, suivi du génome européen avec 5%.http://www.algerie-focus.com/2017/01/composition-ethnique-de-lafrique-nord-mythe-de-larabite-mis-a-nue/amp/(2) Au lendemain du retour de Sissi en Égypte, un nouvel attentat sanglant a encore frappé hier une église copte à Tanta, au nord du Caire, détériorant davantage le climat des relations entre citoyens d'un même pays.(3) L'article 140 stipule que les Kurdes revendiquent le retour dans leur giron de plusieurs villes et régions du Kurdistan encore en litige, comme la ville de Kirkouk et son étendue territoriale. C'est justement la délimitation de ces limites territoriales qui fait problème à cause des gisements pétroliers.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ahmed Halli
Source : www.lesoirdalgerie.com