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Allez comprendre quelque chose à ce FLN qui refuse d'entrer au musée, rejette l'idée même d'être classé comme monument national, ou œuvre d'art, mais se comporte comme un vieillard sénile et capricieux. Il y a quelques jours, le front du raisin sec, ou FLN tendance «zebiba», brûlait sans état d'âme ce qu'il avait adoré peu de temps auparavant. Il refusait le principe du vote à bulletins secrets qui lui avait donné la majorité à l'APN, lui préférant le vote à main levée.
Le FLN, au chevet duquel s'empresse déjà, intriguée et curieuse, une cohorte de généticiens, d'archéologues, de psychologues, voire de psychiatres, a choisi de se passer des urnes, instrument incontournable du suffrage universel. Son leader contesté qui sait qu'en chaque dissident du FLN, il y a un Belkhadem qui somnole en égrenant son chapelet, a gagné une bataille. Il savait, grâce à ses quelques bonnes lectures, que le vote à main levée est le meilleur moyen de maintenir le statu quo, ou de créer une dynastie. La main levée, en signe d'approbation, de ralliement, ou de reddition, est l'arme fatale des despotes et des apprentis tyrans. Tous les spécialistes vous le diront : si le comité central du FLN avait utilisé l'urne et l'isoloir, comme il l'avait fait si bien le 10 mai dernier, le résultat aurait dépassé les espérances des «redresseurs». Avec un vote à bulletins secrets, même si dans secrets il y a services, ou services rendus, la dynastie omeyyade aurait péri dans l'œuf de son géniteur, si j'ose dire. Certes, l'usage des urnes a engendré des pratiques, des manipulations et enrichi le dictionnaire des faussaires avec des mots comme bourrage, subornation, etc., mais il reste à ce jour le meilleur recours, ou le moins mauvais. Avec un vote anonyme, Belkhadem aurait été proprement débarqué, y compris avec les voix des mains sales de son parti. Au lieu de cela, quelques bras habilement disséminés et actionnés ont remporté la décision. La main levée, c'est l'interprétation pervertie du principe de la «Choura» sur laquelle l'Islam politique édifie sa prison à ciel ouvert. C'est un plébiscite, un chèque en blanc au bénéfice du candidat de la divine providence, c'est du moins ainsi qu'ils se désignent pour solliciter les suffrages populaires. Argument massue utilisé par une électrice égyptienne qui veut voter pour Morsi, le candidat du mouvement des Frères musulmans, c'est le «Bitaa Rabbina», pratiquement l'élu de Dieu sollicitant la confiance des hommes. Encore un de ces avatars du suffrage universel qui profite à ses détracteurs ! Dans un remarquable recueil de textes intitulé «Que se passe-t-il en Egypte '»(1), l'ancien magistrat passe au crible les méthodes et pratiques, anciennes et présentes, du mouvement islamiste. Il revient notamment sur l'amalgame que les «frères» entretiennent entre «Charia» et «Fiqh», entre prescriptions du Coran et corpus de théologiens. Il dénonce notamment l'hypocrisie des responsables du mouvement, notamment leurs méthodes d'infiltration des autres partis et mouvements politiques, au nom du principe de dissimulation. Ainsi, le mouvement autorisait ses adhérents à militer au sein de partis non islamistes tout en étant membres de l'organisation secrète. Saïd Achemaoui rapporte le récit de Khaled Mohieddine(2) selon lequel Nasser et lui étaient membres de l'organisation clandestine des Frères musulmans. Ils avaient tous deux prêté le serment de fidélité devant un responsable du mouvement au visage dissimulé. Après la révolution de juillet 1952, le conseil exécutif du mouvement avait commencé à se conduire avec les officiers libres comme s'ils étaient aux ordres. De fait, le commandeur de l'époque, Hassan Al-Hodheïbi, avait donné instruction aux nouveaux dirigeants d'interdire tous les autres partis à l'exception des Frères musulmans, ce qu'ils firent. Ce n'est que par la suite, et après l'apparition de dissensions entre les officiers libres et le mouvement, que ce dernier fut interdit à son tour et ses membres arrêtés par milliers. En 1947, raconte encore Saïd Achemaoui, alors que le mouvement était entré en conflit avec toutes les autres forces politiques, son fondateur, Hassan Al-Bana, avait pris contact avec le conseiller politique de l'ambassade américaine au Caire. Il lui avait proposé la création d'une division de lutte contre le communisme dont les recrues seraient des militants du mouvement, et qui serait financée par les Etats-Unis. Washington avait refusé à l'époque estimant que le moment n'était pas encore venu de frayer avec ce genre d'organisation. Ainsi, note l'auteur de «L'islam politique», Hassan Al-Bana s'était déjà fourvoyé dans le piège du financement étranger(3). Ce qui n'a pas empêché les Américains de faire le pas nécessaire, cinquante ans après, en se rapprochant des Frères musulmans, un rapprochement dont le sociologue Saadedine Ibrahim revendique aujourd'hui la paternité. Alors que l'apprenti sorcier et directeur du Centre Ibn-Khaldoun du Caire joue les indécis et hésite entre Chafik et Morsi, notre confrère Sammy Buhaïri le dit sans détour : «L'Amérique s'en f... de voir les Frères musulmans arriver au pouvoir, mettre toutes les femmes arabes sous niqab, les empêcher de travailler, d'étudier.» Evoquant la relation suivie et chaleureuse que le commandeur du mouvement entretient avec l'ambassadrice des Etats-Unis, Ann Paterson, le chroniqueur souligne : «Naturellement, ni son visage ni ses cheveux, ni sa voix ne sont des parties honteuses son éminence le commandeur. Tout ce qu'il risque, c'est de devoir refaire ses ablutions après avoir été contraint de serrer la main de l'ambassadrice pour des raisons purement politiques. Mais le soutien des Etats-Unis est plus important que des ablutions gâchées, que la voix d'Ann Paterson, même si elle est semblable au chant du canari. Pour notre confrère, il n'y a qu'un seul sujet qui fâche entre les deux partenaires : une éventuelle entrée en guerre des Frères contre Israël.» Hypothèse absurde, bien sûr, sur laquelle Sammy Buhaïri ne veut même pas s'arrêter. En revanche, il ne manque pas de lancer sa flèche du Parthe : «Aux Etats-Unis, après le salut au drapeau, on proclame que l'Amérique offre la liberté et la justice à tout le monde. Le commandeur des Frères a-t-il été influencé par ce slogan lorsqu'il a choisi pour son parti politique le nom de Liberté et justice »'
A. H.
(1) A lire sur le site du magazine Shaffaf : http://www.metransparent.com/
(2) Khaled Mohieddine est l'un des plus proches compagnons de Nasser. Il a fondé le Parti du rassemblement unioniste progressiste qui se réfère idéologiquement à la révolution de juillet 1952.
(3) Accusation régulièrement brandie contre les associations et groupes se réclamant de la Révolution du 25 janvier dans le but de les discréditer et de les faire taire.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ahmed Halli
Source : www.lesoirdalgerie.com