Ammi Ali ne pouvait s'empêcher de méditer sur un dicton
populaire qui reflète si bien le bon sens des anciens. «Ils savaient des
choses, nos anciens, y a pas à dire ! Tout ce qu'ils ont dit se vérifie dans le
vécu quotidien». Ammi Ali avait plusieurs raisons de penser ainsi. Dans son
quartier, il a vu, au fil des jours, des commerces pousser comme des
champignons et se multiplier comme si on les avait clonés.
Son premier voisin avait transformé une des pièces de sa
maison donnant sur la rue en magasin pour alimentation générale. Quelques jours
après, plusieurs ont fait de même...
Un autre, usant de la même pratique, a aménagé sa salle de
séjour, transformant une des fenêtres en porte, en un petit salon de thé.
D'autres ont fait de même quelques jours après...
Un gargotier... des gargotiers. Un KMS... plusieurs KMS.
Une boutique pour produits cosmétiques... une dizaine d'autres boutiques dans
le quartier. Une table de vendeur de cigarettes pour le petit qu'on venait de
renvoyer de l'école... de nombreuses tables presque identiques agrémentaient
les trottoirs.
«C'est formidable, cette capacité d'imitation dont font
preuve les gens de chez nous», se dit Ammi Ali, l'esprit traversé,
soudainement, par une idée géniale. Une capacité à exploiter, à faire
fructifier. Il décida, donc, d'ouvrir, à son tour, une librairie, fermement
convaincu que d'autres allaient en faire de même. «Avec quelques librairies
dans le quartier, pensait-il, on va participer à faire revivre la culture qui
se meurt». Des jours passent, puis des mois, et encore des années...
Ammi Ali n'arrivait pas à comprendre pourquoi il restait le
seul, dans le quartier, à tenir un commerce sans aucun autre concurrent.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : El-Guellil
Source : www.lequotidien-oran.com