
On avait apprécié il y a deux ans sa pièce au titre étrange : Page en construction. Kheiredine Lardjem, qu'on connaissait plutôt comme metteur en scène, y prenait un rôle, le sien, en résonance particulière à son vécu d'Algérie et son parcours en France dans le monde malcommode à la fois de l'intégration et de la création théâtrale. On avait aussi précédemment goûté à sa juste mise en scène du Beau endigné, de Mustapha Benfodil, avec le formidable acteur Azzedine Benamara.Cette année, le comédien et metteur en scène oranais, qui se réclame du défunt Abdelkader Alloula, s'est franchement éloigné des thèmes directement liés à l'Algérie. En montant Ô-dieux, Kheiredine Lardjem nous entraîne dans l'enchaînement de violences en Palestine. Pour Lardjem cependant, «la question israélo-palestinienne est directement liée à l'Algérie. L'Etat palestinien a sa place en Algérie, puisqu'il y a été proclamé en 1988.En fait, je me suis rendu compte que plus le temps passe, plus cette question devient complexe et plus les gens ont des idées arrêtées. Des deux côtés de la Méditerranée. Je suis allé vers ça, car avec ce qui se passe dans le monde, dont la vague de Daech et tout ce qu'on traverse dans le monde, la question palestinienne est presque passée en arrière-plan (Ndlr : entretien réalisé avant l'affaire de l'esplanade à Al Qods).Cet été, alors que le Premier ministre israélien est venu en France pour commémorer les rafles des juifs en 1942, ainsi que Donald Trump président américain, pour marquer l'entrée en guerre des USA dans la guerre mondiale en 1917, les discours évoluent. La revendication palestinienne devient presque inaudible. Tout cela mélangé à mon parcours d'Algérien qui porte la Palestine au c?ur, j'avais envie de traiter ce sujet d'une autre manière ».Mission réussie, pourrait-on dire, avec une femme seule sur scène, Marie-Cécile Ouakil, fille de plusieurs rives, dont la rive tunisienne. Ce qui a attiré Lardjem dans le texte, c'est que son auteur, Stefano Massini, soit italien. Peut-être parce que le discours vu d'Italie n'a pas la même intensité, même si «ça reste un pays méditerranéen, avec un autre regard que le nôtre», confie le metteur en scène à El Watan.LA PIÈCE EST L'HISTOIRE DE TROIS FEMMES«Rarement le conflit est incarné uniquement par des femmes», estime Lardjem. «Dans les pièces sur la Palestine, les femmes sont souvent au second plan ou présentées comme des victimes : celle qui a perdu son enfant ou celle qui a perdu son époux. Là, on a trois femmes : une Palestinienne, une Israélienne et une Américaine». Jouées par une seule actrice, «elles sont actives, chacune vivant une partie de l'histoire commune qu'a imaginée l'auteur. La Palestinienne est dans un combat.Elle veut commettre un attentat pour venger on ne sait quoi, et ce qui est intéressant, les raisons sont multiples pour aller se faire exploser. L'Israélienne, une universitaire, qui a survécu à un attentat, essaie de vivre avec la peur au ventre. Elle va basculer peu à peu dans l'extrémisme. L'Américaine est une militaire en action avec l'armée israélienne. Avec leurs trois regards, on avance minute après minute, dans un compte à rebours vers l'issue fatale».La fin brutale annoncée dès le début est matérialisé par un jeu de miroir habile et par les paroles musclées de part et d'autre. «La mort, parfois est bête et banale. L'Israélienne meurt parce que ce jour-là il pleut, sinon elle n'aurait pas mis un voile sur la tête et les snipers anti-terroristes ne l'auraient pas confondue avec la Palestinienne. Elle qui a peur, qui demande la sécurité, qui demande que des murs soient construits pour se protéger, mais elle meurt juste pour une question de pluie. La Palestinienne aussi mourra, mais pas en martyre», explique Lardjem.Après le festival, il repart en Algérie pour un projet de création théâtrale avec des jeunes Oranais et des jeunes Français, avec l'association El Amel et une écrivaine, Marion Aubert : «L'objet est de parvenir à l'histoire commune d'une errance.» Pourtant, ce spectacle ne sera pas donné tout de suite en Algérie : «Je travaille en Algérie, mais je reste marginalisé. En France, on est confrontés à un système, en Algérie, on est confronté à des personnes, à de la bêtise. En fait, j'ai réussi à me frayer un chemin à l'étranger, mais j'ai tellement envie de travailler pour mon pays.»
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Walid Mebarek
Source : www.elwatan.com