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Kaf Al Kamar. La dramatique faillite du grand frère Tendances : les autres articles



Kaf Al Kamar. La dramatique faillite du grand frère                                    Tendances : les autres articles
Dans ce petit village de Sa'aid en Egypte, un père creuse dans une montage de pierres pour trouver des «trésors» enfouis. C'est le seul moyen pour faire vivre ses cinq enfants.
Kamar (Ghada Abdel Razek), l'épouse, attend chaque soir son retour. Dès le début, on sent dans Kaf Al Kamar (La paume de la lune) le drame social de Khaled Youssef, projeté à la salle Saâda, que l'histoire sera complexe. Le père est assassiné (l'inévitable mort du père !) par des pillards. La mère, Kamar, exige de ces cinq garçons, dont Zikry l'aîné, de construire la maison que leur père n'a pas pu bâtir. Elle les envoie au Caire gagner leur vie avec la promesse de revenir pour réaliser le rêve de leur papa. Elle charge Zikry (Khaled Salah) de veiller à rester unis comme les cinq doigts d'une main (d'où le titre du film). Happés par la ville, ses lumières, ses désirs, ses charmes, ses illusions, ses mensonges, les cinq frères vont se séparer. L'un deviendra un trafiquant de drogue, l'autre danseur de fête puis darwich tourneur parmi les soufis, l'autre squatte une terre agricole et le quatrième tente d'immigrer en Libye pour échapper à une déception amoureuse. Un éparpillement né de différends avec le grand frère, Zikry, trop égoïste, trop matérialiste. Au moment où la maison de sa mère tombe petit à petit en ruine, attaquée la nuit par des voleurs à la roulotte, Zikry construit des immeubles grâce à l'argent du trafic d'armes. Il sera, d'une manière ou d'une autre, la cause de la désunion, de la fin de l'espoir.
Archaïsmes
La mère, malade, veut que les enfants reviennent à la maison. Elle perd une main en raison d'une gangrène. Bien mené par Khaled Youssef, le film, qui prend parfois une allure épique, souffre d'une musique envahissante. Le réalisateur se défend en disant que les chants et musiques, composés et écrits par Ahmed Saad et Khaled Nabil, sont des éléments importants dans la construction dramatique. Mais il y a aussi ce souci de plaire au grand public. La culture de la télévision n'est pas loin (c'est l'une des plaies du cinéma arabe actuel). La force de Kaf Al Kamar est plutôt liée au scénario et aux dialogues, que Khaled Youssef a coécrits avec Nasser Abdelrahmane, et au jeu d'acteurs. Khaled Salah, très présent, n'a pas déçu. Autant pour Wafaa Amer (qui a interprété le rôle de l'épouse de Zikry), Haitham Ahmed Zaki (fils du défunt comédien Ahmed Zaki), Fawaz Sabri, qui a interprété le rôle d'un des frères, ou encore la star montante du cinéma égyptien Hassan Raddad. Kaf Al Kamar peut susciter des lectures à plusieurs niveaux. La faillite du grand frère qui engendre les drames est l'un des éléments les plus forts. Cela peut, entre autres, expliquer ce qui se passe dans les sociétés arabes actuelles. Des sociétés qui ont trop fait «confiance» à ce big brother, grand frère fuyard. Khaled Youssef dénonce, à sa façon, les archaïsmes qui étouffent encore l'Egypte d'aujourd'hui comme la vengeance dans le Sa'aid, le traitement réservé encore aux femmes, la corruption' Khaled Youssef poursuit en fait le travail déjà entamé dans ses trois derniers films, Hiya faoudha (Le chaos, coréalisé avec Youssef Chahine), Doukan chhata et Hina mayssara.
Amputation
«Certains critiques ont dit que Kamar symbolisait l'Egypte ou la nation arabe. Je leur ai dit que ce n'était pas mon intention. Mais chacun peut avoir sa propre lecture. A suivre la trame dramatique, la main de Kamar devait être coupée. La division entre les frères était trop forte. Il fallait qu'une autre main puisse repousser. Notre division entre pays arabes a atteint le niveau de l'amputation», a expliqué Khaled Youssef, lors du débat animé par le critique de cinéma Djamel Hazourli, après la projection du film. Il a évacué toute idée de répétition dans ses films. «Quand j'ai achevé le tournage de Kaf Al Kamar, j'ai dit qu'il faut ouvrir une nouvelle parenthèse et s'engager dans une autre série de films. Kaf El Kamar complète les trois premiers en mettant en avant l'idée de l'unité. L'unité au sein des familles. L'intimité qui existait à l'intérieur des familles a disparu. Ce qui est valable pour l'Egypte, l'est également pour l'ensemble du Monde arabe. Le film tente de poser la question de la division et la manière de réunifier les rangs», a-t-il relevé. L'unité arabe ' Possible.
Selon le cinéaste, la faute peut incomber tant au grand frère qu'à celui qui l'a désigné chef. «Les peuples arabes portent également la responsabilité de leur situation. Idem pour les gouvernants. Si les peuples s'était soulevés depuis longtemps, on ne serait pas arrivés à ce que nous vivons aujourd'hui», a-t-il dit. L'actrice syrienne Joumana Mrad, qui a participé au film, s'est dit ravie d'être présente au Festival d'Oran. «Cela fait longtemps que je voulais venir, mais à chaque fois j'ai eu un empêchement. J'ai toujours souhaité travailler avec le grand réalisateur Khaled Youssef. Il y a une différence entre les rôles joués à la télévision et au cinéma. A chaque fois, je m'interroge sur ce que je peux apporter à un rôle et sur ce que ce rôle peut m'apporter. Ma participation dans Kaf Al Kamar m'a permis de gagner un grand frère, Khaled Youssef, sur lequel je peux compter», a-t-elle déclaré lors du même débat.
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