Oran - A la une

Je vous félicite pour tout ce que vous avez construit à Oran»



Je vous félicite pour tout ce que vous avez construit à Oran»
Irakienne, Lamis Al Amari est enseignante universitaire de rang international et spécialiste dans les théories de la représentation dans le théâtre moderne. Elle a en quelque sorte assisté et aidé au développement du département de théâtre de l'université d'Oran qui a ouvert ses portes en 1987. Invitée par les organisateurs du Festival du théâtre arabe, qui s'est tenu ces jours-ci à Oran et Mostaganem, pour participer à un colloque sur la critique académique, elle revient dans cet entretien sur cet épisode de sa vie mais donne aussi son avis sur le théâtre pratiqué aujourd'hui dans la sphère dite arabe.Quel est votre sentiment en retrouvant, près d'une trentaine d'années après votre départ, la ville où vous avez enseigné 'C'est comme si je vivais encore une fois cette période-là. Votre question m'émeut et me fait couler des larmes. Je revois les visages que j'avais connus à l'époque, qui étaient jeunes et qui sont maintenant des responsables. L'université elle-même a beaucoup évolué, à tel point que je ne la reconnais plus.Je ne reconnais plus Oran en général et l'université en particulier, avec tout ce qui a été réalisé depuis mon départ. Je vous félicite pour tout ce que vous avez construit depuis toutes ces années. Mais s'il vous plaît ne me tracassez pas avec des questions personnelles et passons aux généralités?. (rires).Parlez-nous de votre parcours depuis que vous avez quitté l'Algérie 'Je suis venue d'Allemagne. Je suis à l'origine spécialiste en théâtre moderne et dans les théories de la représentation dans le théâtre universel. J'ai travaillé à l'université de Hambourg, puis à Berlin et à l'université libre. J'ai enseigné par ailleurs la critique théâtrale, d'un côté, et les expériences du monde arabe dans le théâtre universel, de l'autre. Par ailleurs, à chaque fois que l'occasion se présentait, je tenais à parler du théâtre algérien, car pour moi, c'est le plus important, avec notamment Abdelkader Alloula.Aussi, parce que pendant la période que vous appelez ??la décennie noire'', il faut dire la vérité, le monde extérieur n'était pas solidaire avec le peuple algérien. Je trouvais dans les milieux médiatiques extérieurs une espèce de mutisme. Néanmoins, dans les milieux académiques, je trouvais une compassion avec ce que réalisaient les artistes algériens.Cela veut dire que quand je donnais des conférences à New York ou ailleurs, quand je parlais du théâtre algérien, de ce qui se faisait dans ce domaine et ce qui se passait réellement, ils trouvaient cela tout à fait nouveau, car ils ne connaissaient alors de ce pays que la violence et les tueries, etc.Quand je leur présentais Alloula, une scène de Ladjouad, ils se solidarisaient, mais cela demeurait confiné dans le milieu académique. Ils étaient très intéressés et ils en redemandaient, mais ce milieu ne représentait pas toute l'opinion publique.Dans les médias en général, c'est le mutisme qui prévalait et je souffrais de cela. Aujourd'hui, je reviens et je vois que les choses ont beaucoup changé, car on célèbre les dramaturges algériens et on accueille un festival international. Vous m'avez posé auparavant la question sur mon retour. Je peux vous dire que je n'ai même pas rêvé qu'en l'espace d'une génération, le jeune théâtre algérien (il est jeune comparé aux autres théâtres du monde arabe) ait pu, avec tous ses artistes et leur diversité, atteindre ce niveau-là. La preuve en est que vous accueillez aujourd'hui et avec fierté les autres théâtres de cette sphère géographique.Ce que je veux dire, c'est que, durant la période où j'ai enseigné ici, quand par exemple il y a une manifestation qui se déroulait au TNA, c'était tous les théâtres régionaux, les troupes d'amateurs et les universitaires qui se concentraient autour de l'événement. Mais aujourd'hui, nous avons plusieurs centres de rayonnement et dans toutes les régions du pays. C'est ce que je constate et c'est ce qui me fait plaisir. Quelles sont, à votre avis, les nouvelles orientations du théâtre dans le monde arabe 'Comme nous avons eu un aperçu durant ce festival, le côté artistique commence à mieux être pris en considération. A titre d'exemple, avec la représentation marocaine El Kharif, nous avons d'abord des femmes, une évolution indéniable et c'est d'un niveau mondial, car je vous dis la vérité, on se croirait dans un théâtre européen et, plus intéressant, le background est local. La qualité de l'interprétation, la mise en scène, le décor et le sens avec lequel la troupe est venue concordent pour aboutir à ce spectacle complet. N'est-ce pas là une exception 'Le spectacle marocain est réalisé par une troupe jeune et je ne pense pas que cela soit une exception. En plus, d'après mes discussions avec les autres artistes qui m'ont soumis une partie de leurs travaux, mon constat est que le théâtre arabe est désormais ouvert aux aspects purement artistiques, la musique de qualité, etc.On veut également maîtriser les techniques et on commence à traiter de tous les sujets. Ceci d'un côté, et de l'autre, je peux vous dire que ce ne sont pas tous les pays qui disposent, comme en Algérie, d'une filière théâtre à l'université. La génération montante est plus au fait des réalités théâtrales, car dans certains cas, nous avons des enseignants universitaires qui sont eux-mêmes des praticiens de théâtre.C'est une formation qui permet l'application des aspects théoriques directement sur la scène. Le mérite de l'Institut du théâtre c'est de permettre à des étudiants qui viennent les mains vides de repartir, à peine 4 ans après, avec un bagage théâtral appréciable. Tout cela, ajouté à l'ouverture au monde que permettent les outils comme internet, peut susciter des vocations.
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)