
Directeur de la sécurité des biens et du transport de fonds, Abdelhafid Chachoua se demande, dès sa présentation à la barre, pourquoi le crime d'«association de malfaiteurs» n'est pas tombé après la cassation. Le juge lui explique que la Cour suprême statue sur le droit et non sur les faits, et que le procès revient à zéro.Ancien inspecteur de police, de la sûreté de wilaya de Blida, il a été recruté en octobre 2000 pour monter la direction qu'il dirige, en raison du refus du ministère d'accorder à Abdelmoumen Khalifa l'agrément pour une société de sécurité. «Il nous a dit, pour éviter les problèmes, il faudra créer une direction à l'intérieur du groupe afin de sécuriser les convois de fonds et les agences aussi bien d'El Khalifa Bank que de Khalifa Airways. J'ai mis en place une section de sécurité dont les membres étaient affectés au niveau des agences.Le convoyage des fonds se faisait des agences vers la caisse principale, avant d'être déposé à la Banque d'Algérie, et à Oran, il se faisait des agences à la Banque d'Algérie.» Le juge lui demande si ce n'est pas pour l'arme qu'il avait que Moumen a fait appel à lui, et l'accusé nie catégoriquement. Il affirme que la famille de Abdelmoumen Khalifa a un lien de parenté avec sa propre famille. «Mon père connaissait très bien son père, et ma mère a un lien de parenté avec la mère de Moumen», révèle l'accusé, qui parle d'une voix assez forte. Diabétique, il ne cesse de boire de l'eau.Lui aussi brosse dans le sens du poil de la composante du tribunal et du procureur général, tout en s'attaquant avec virulence à celle qui a jugé l'affaire en 2007. «Aujourd'hui, je sens que je suis devant une véritable justice indépendante. J'ai même demandé des renseignements sur vous auprès des détenus et ils ne m'ont dit que du bien. Ils m'ont dit que vous rendez justice?», dit-il au juge, qui laisse apparaître un large sourire.Il le fait revenir sur les opérations de convoyage de fonds, et l'accusé ne cesse de dire qu'il se faisait dans le cadre d'une procédure, appliquée à la lettre. «J'ai entendu en 2007, Akli Youcef, le caissier principal dire que depuis 98 obéissait aux ordres de Abdelmoumen et à ceux de Chachoua Abdelhafid mais moi, je dis que j'ai rejoint El Khalifa Bank en 2000 et je n'ai commencé effectivement qu'en 2001, comment pourrais-je lui donner des ordres '» Acculé sur certaines de ses déclarations sur des opérations de retraits, l'accusé déclare : «Un jour, je voulais parler à Abdelmoumen, je suis allé au siège et on m'a dit qu'il était à son bureau avec Krim Smaïl, le DG. Il m'a dit d'appeler Akli Youcef, pour préparer les fonds.Cela rentre dans mes prérogatives. Il faut que je prépare l'opération avant d'aller...», l'accusé se lance dans une longue explication sur la procédure qui, dit-il ne le concerne pas. Selon lui, elle concerne le caissier, qui doit accompagner les fonds, et qui reçoit les documents y afférents. Le juge lui fait remarquer qu'il avait déclaré au juge, durant toute l'instruction, que Abdelmoumen l'appelait et lui demandait de récupérer des fonds de la caisse principale, et que parfois c'est Dellal Abdelwahab, un de ses agents qui prend sa place. Les montants, ajoute le juge, varient de 3 millions à 10 millions de dinars.A chaque fois qu'une question précise est posée, l'accusé tente d'aller vers des explications pour conduire le juge vers un autre débat. Remarquant ce manège, le président lui lance : «C'est moi qui dirige le débat. Répondez aux questions.» L'accusé continue à nier catégoriquement les propos qu'il a tenus, en ressassant chaque fois qu'il n'a rien à avoir avec la procédure.Acculé jusqu'au bout, il finit par reconnaître qu'un jour Krim Smaïl, lui avait demandé d'aller voir Akli Youcef, pour ramener une somme d'argent, et cet ordre a été donné en présence de Abdelmoumen. «J'y suis allé et j'ai ramené l'argent que j'ai donné à Smaïl, qui a ouvert son coffre pour le déposer», explique l'accusé. Le juge : «Pourquoi ramener des fonds de la caisse principale à la direction générale ' Est-ce légal '» L'accusé : «Pour moi, à partir du moment que Moumen est présent, cela veut dire qu'il est au courant. Il est plus au courant des intérêts de la banque que moi. Pour moi, l'essentiel est qu'ils étaient ensemble.»«Abdelmoumen m'a appelé pour me dire de régler la situation de la banque»Le juge fait remarquer à l'accusé que cette position fait de lui un des hommes les plus proches de Moumen. «Il fait appel à moi, parce que c'est mon travail. Je réaffirme que les fonds ont été remis à Smaïl et non pas Moumen. L'argent était dans un sac cadenassé.» Le juge l'interroge sur cet appel de Abdelmoumen, juste après son départ à l'étranger, pour lui demander de voir avec Nekkache Hamou afin de régler le trou dans la caisse principale. L'accusé : «Ce n'est pas Nekkache mais Bachi. Moumen m'a appelé de l'étranger?» Il s'arrête un moment et parle du contexte. «Il y a eu un article sur le journal El Watan, sur l'interdiction du commerce extérieur d'El Khalifa Bank. Il y a eu une panique des clients, qui étaient nombreux à venir récupérer leur argent.J'ai appelé Krim Smaïl, en tant que responsable, après le départ de Moumen, pour lui demander d'approvisionner les agences. Il y avait aussi les convoyeurs de la Banque d'Algérie sur place. Nous avons compris que des choses se passaient. Krim m'a demandé d'appeler Akli Youcef, Baichi et Hamou Nekkach. J'ai préparé le groupe de convoyage.» Le juge : «Pouquoi Abdelmoumen vous appelle vous et non pas Smaïl '» L'accusé : «Je ne sais pas.Il m'a demandé des informations. Il semblait inquiet. Moi, j'étais convaincu qu'il allait revenir en Algérie et j'avais des indices. Heureusement, M. Badsi est là pour le confirmer.» Le juge : «Pour vous, le retour de Khalifa est un événement '» L'accusé : «Il n'avait pas l'intention de prendre la fuite.» Le juge : «Vous saviez qu'il allait partir '» L'accusé : «Non, pas du tout. Mais Dieu merci, M. Badsi est allé le voir et il est là.» Le juge revient aux 11 écritures entre sièges, qui ont été manipulées pour camoufler le trou dans la caisse principale, mais l'accusé nie et explique : «Lorsque Moumen m'a appelé, j'ai contacté Akli pour qu'il alimente les agences.Moumen m'a demandé de régler la situation de la banque, certainement en pensant au problème suscité par la panique des clients.» Le juge lui précise qu'il lui a dit : «Régler le problème de la banque, notamment le trou de la caisse principale.» L'accusé : «J'ai appelé Bachi pour lui répéter ce que Moumen m'avait dit. On m'a déjà posé cette question et j'ai démenti. Hamou, Allah yerahmou (que Dieu ait son âme), m'avait révélé un jour, qu'il y avait un groupe qui avait profité du départ de Moumen et de l'arrivée de l'administrateur pour accabler certains et mon nom a été cité par Boualem Naouch.» L'accusé ne cesse de parler de la vie aisée et de la BMW qu'il conduisait lorsqu'il était policier, parce qu'il a toujours été «beznassi», un commerçant libre, notamment dans le commerce des véhicules.Il noie Abdelmoumen de louanges. Il affirme avoir travaillé avec l'administrateur, Djellab et le liquidateur Moncef Badsi, lequel lui aurait demandé de prendre attache avec Abdelmoumen. «Je l'ai appelé et je lui ai transmis le message. Il m'a répond : niet. Entre moi et lui, il y a la justice. J'ai compris qu'il se préparait à quelque chose.» Sur les biens qu'il a achetés durant la période où il était à El Khalifa Bank, il reconnaît avoir acquis une villa au village des artistes de Zéralda, auprès d'une femme qui n'avait pas d'argent pour payer la Cnep. «Je l'ai payée 5 millions de dinars, et le l'ai revendue 7 millions.Les travaux de 4,5 millions de dinars ont été pris en charge par l'acheteur.» Il reconnaît avoir acheté une autre maison, et jure que tous ses biens ont été acquis avec son argent personnel. Me Meziane, avocat de la liquidation revient sur les contacts entre Badssi et Abdelmoumen, et l'accusé répond qu'il n'a fait que transmettre le message à Abdelmoumen. Il avait des dossiers en suspens et Abdelmoumen était le seul à régler la situation et à récupérer les fonds. L'avocat lui demande s'il était au courant, en tant que responsable des agents de sécurité, de cette lettre écrite par Abdelmoumen, rappelant au directeur de l'agence Les Abattoirs d'exécuter ses ordres écrits et par téléphone. L'accusé dit ne pas être au courant.Le procureur général arrive à le confondre en lui parlant de son mariage, financé par Abdelmoumen, pour un montant d'un million de dinars, à El Aurassi et lui rappelle l'importance qu'il avait au sein du groupe étant donné qu'il avait le nom de code K2 (au niveau des transmissions radio) après Abdelmoumen K1, et Krim Smaïl était K3. Le procureur général n'arrive pas à comprendre pourquoi l'accusé faisait partie de tous les voyages de Abdemoumen à l'étranger, à Cannes, aux Etats-Unis, en Europe et ailleurs. «Vous passez plus de temps à l'extérieur que dans votre bureau, pourquoi '» L'accusé : «C'est mon responsable. Il me demande de l'accompagner, j'exécute. C'est comme vous. Vous venez de demander une bouteille d'eau à l'agent, il l'a ramenée.» Eclats de rire dans la salle.Sur la convention avec la DGSN, l'accusé explique qu'elle a été signée par Moumen, après une visite à Ali Tounsi, afin de permettre aux policiers de bénéficier d'une réduction sur les billets d'avion. Me Lezzar, avocat de Abdelmoumen, lui demande s'il croit à la lettre citée par Me Mezaine, et l'accusé déclare : «Pas du tout. Pourquoi Abdelmoumen écrirait au directeur de l'agence des Abattoirs et non pas à toutes les agences ' Moi, je n'y crois pas?»
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Salima Tlemçani
Source : www.elwatan.com