Oran - A la une

«Intégrer les mutations urbaines dans nos projets culturels»



«Intégrer les mutations urbaines dans nos projets culturels»
Gaëtan Pellan est directeur de l'Institut français d'Oran. Il est arrivé en septembre 2009, juste après avoir, entre septembre 2005 et septembre 2009, assumé les mêmes fonctions au centre culturel français à Ghaza, dans les territoires palestiniens. Sa mission devait prendre fin l'année dernière, mais sa hiérarchie l'a maintenu pour une année supplémentaire. Il nous livre dans cet entretien le bilan de son passage à Oran et les chantiers culturels qu'il a ouverts dans cette ville grâce au partenariat et à la coopération.-Comment avez-vous appréhendé votre travail ici à Oran, une ville qui reste quand même un pôle culturel important 'Ce que j'ai trouvé de très intéressant pendant les 5 années que j'ai passées ici, c'est qu'on a pu aller dans des domaines très variés. Nous avons exploré des possibilités où, à première vue, il n'y avait pas forcément, je pense, beaucoup de présence. Par exemple, dans l'art contemporain, nous avons pu développer des choses autour du concept de la «Nuit blanche» en introduisant le concept des installations, des performances et des vidéos d'artistes, des activités qui n'étaient pas ou alors très peu programmées auparavant. Nous sommes intervenus aussi dans le domaine des arts de la rue avec des spectacles qui ont eu lieu cette année encore autour de la journée du 1er Mai.Nous avons également accompagné des projets associatifs avec le souci de toujours essayer de les valoriser, de les enrichir par l'apport des artistes professionnels qui, justement, par leur expérience, le contenu qu'ils développent et leur capacité à s'adapter ont pu jouer un rôle important dans la dynamique d'échanges. Donc, moi ce que je retiens c'est une formidable vie associative qui, en s'appuyant sur elle, nous a permis de réaliser des projets de grande envergure.La Nuit blanche (21 octobre), au fil des années, a pris de l'importance et est devenue aujourd'hui habituelle comme l'est aussi le festival du conte. Je citerais aussi les différentes conférences qu'on a organisées avec le CRASC autour d'Abdelmalek Sayad, son ?uvre et son héritage. Tout cela a constitué un certain nombre de rendez-vous tout au long de l'année qui nous ont permis d'asseoir l'image de notre institut et l'ouvrir sur des publics que nous n'avions pas forcément auparavant. L'idée était aussi de rajeunir le public avec, à titre illustratif, tout le travail qui a été fait autour de la bande dessinée et du manga et qui a drainé des publics jeunes, parfois non francophones. Impliquer la jeunesse et la création contemporaine est un des objectifs que nous avons essayé de développer.-Peut-on dire que les projets que vous venez d'évoquer sont spécifiques à Oran 'C'est sûr, la Nuit blanche ne se fait pas ailleurs en Algérie. Pour les arts de la rue, nous avons essayé de les faire tourner dans d'autres villes, mais ça reste quand même très limité. A mon avis, Oran a cette spécificité d'ouverture et de richesse de sa vie associative. Nous avons entretenu de bonnes relations avec certains acteurs. C'est vrai que, souvent, à la fin d'un projet, on vient nous voir pour nousdire : «Voilà, il nous faut des billets d'avion, il nous faut faire venir telle ou telle personne...».Mais nous avons essayé de faire un gros travail pour laisser entendre qu'on ne vient pas à la fin d'un projet pour nous demander quelque chose, car notre rôle c'est d'accompagner, de proposer et de ramener nos propres projets. Tout un travail a été fait cette année autour du tramway, en collaboration avec la Setram et lors des journées de la photo ou pendant le festival du conte. C'était important de voir comment le tramway peut être aussi un vecteur de projets culturels. A chaque fois, nous tenons compte des mutations qui sont en mouvement dans la ville et nous essayons de voir comment les intégrer dans nos projets culturels et de les rapprocher des projets de la société civile.-Quelles sont, à titre personnel, les actions qui vous ont le plus touché ou marqué durant ces années 'J'en citerai deux. D'abord, tout ce qui a été fait autour d'Yves Saint Laurent (natif d'Oran) parce que j'ai beaucoup travaillé dessus et cela a été assez difficile. Il a fallu consacrer beaucoup de temps, mais je suis content d'avoir contribué à faire revenir (en quelque sorte, c'est-à-dire par le biais de Pierre Berger qui a répondu à l'invitation et est venu témoigner) Yves Saint Laurent à Oran.Une manière comme une autre de remettre cette ville sur le plan international. Ensuite, la manifestation qui est pour moi la plus adaptée, en connivence avec les partenaires et en adéquation avec la configuration de la structure d'Oran, c'est la Nuit blanche. On permet à la fois à un public de redécouvrir sa ville la nuit et en même temps de travailler avec des artistes contemporains. Là aussi on contribue à permettre à la ville d'avoir une place dans le monde, puisque maintenant le concept de la Nuit blanche s'est également internationalisé.-Vous organisez également des manifestations culturelles en dehors de l'institut ; cela répond-il également à la volonté de partenariat 'Bien sûr, notre objectif n'a pas été de faire des choses uniquement dans notre espace et mon rôle ne s'arrête pas à l'IFO, car l'objectif c'est aussi d'impliquer les partenaires. Quand nous avons initié pour la première fois des concerts à l'auditorium du Méridien (3000 places), c'était aussi pour montrer que les choses sont possibles. Aujourd'hui, il y en a de plus en plus et moi je suis très heureux à la fois pour le public d'Oran et pour les gestionnaires de l'hôtel. Quand on a organisé le premier concert de Souad Massi, on a vu qu'il y avait une grosse demande et que c'était vraiment une salle adaptée.Bientôt nous allons faire une exposition dans la gare d'Oran, l'idée c'est vraiment d'être partout dans la ville et d'être avec nos partenaires. Nous voulons faire en sorte que nos actions, en fonction des thématiques et du public touché, puissent se faire dans des lieux divers comme les anciens bains avec l'association SDH. Nous voulons surprendre le public pour lui signifier que là aussi c'est possible de faire des choses et parce que la ville a un potentiel incroyable, mais qui n'est pas souvent exploité.


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