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Institut français d'Oran : hommage à Frantz Fanon Culture : les autres articles



Institut français d'Oran : hommage à Frantz Fanon                                    Culture : les autres articles
Frantz Fanon est-il connu, pas assez ou pas du tout en Algérie et en France '
La question mérite d'être posée, mais Nacira Guenif Souilmas est formelle. Son interrogation : «Pourquoi Fanon a-t-il quasiment disparu des radars français et algériens '» en dit long sur ses convictions qu'elle a développées, samedi, dans sa conférence donnée à l'Institut français d'Oran. L'enseignante à l'Université Paris VIII considère que les héritages de Fanon, docteur en psychiatrie, militant actif de la cause nationale algérienne (et par extension de toutes les causes des peuples colonisés ou opprimés), essayiste, sont parfois utilisés l'un contre l'autre pour minimiser l'importance de sa réflexion et plus particulièrement la place qu'il mérite dans les sciences sociales. Pour elle, les travaux de Bourdieu et son ouvrage de référence Sociologie de l'Algérie, paru en 1958, a presque effacé les contributions de Fanon qui a, lui aussi, tenté de théoriser la société algérienne de son époque et qui sont aujourd'hui considérées comme de véritables «esquisses sociologiques», même si les conclusions des deux hommes se placent à l'opposé l'une par rapport à l'autre.
La conférencière, qui confie ne pas être spécialiste du «Fanonisme», a notamment remis au goût du jour les écrits portant sur la femme algérienne où Fanon le penseur s'érige contre les présupposés de l'époque. «Et d'abord le fameux statut de l'Algérienne, sa prétendue claustration, sa radicale mise à l'écart, son humilité, son existence silencieuse, (')» Sa réponse : «De telles affirmations reçoivent aujourd'hui la seule contestation valable : l'expérience révolutionnaire.» L'utilisation des termes «fameux» et «prétendu» renseigne sur les convictions de l'auteur en faveur de «cette femme qui écrit les pages héroïques de l'histoire algérienne, fait exploser le monde rétréci et irresponsable dans lequel elle vivait et, conjointement, collabore à la destruction du colonialisme et à la naissance d'une nouvelle femme.»
Pour définir cette nouvelle femme, il ajoute : «La femme' pour le mariage disparaît progressivement et cède la place à la femme' pour l'action». Un positivisme qu'on a tendance aujourd'hui à relativiser, même si des avancées sont bien réelles mais dont la conférencière impute les raisons de la régression non pas au manque de clairvoyance du militant, mais à la trahison de ses successeurs.
«La suite lui donnera tort, non pas parce qu'il aurait mal compris ce qu'il s'est évertué à voir, à regarder en face, mais bien plutôt parce que ce qu'il voit en gestation et qu'il n'est pas seul à observer sera trahi par ses successeurs, ses anciens alliés, ses exécuteurs testamentaires», explique la sociologue, qui estime que «ceux avec lesquels il a lutté, aux côtés desquels il s'est tenu durant la guerre, seront les premiers à oublier ce qu'il énonce dans ses études saisies sur le vif. Eux ou leurs adversaires, en un enchevêtrement de tensions ou de rétentions, renverront les femmes au foyer, y compris les poseuses de bombes voilées ou dévoilées et les femmes torturées pour leur engagement (')».
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