Inde unique aux facettes plurielles. A l?image de cette gigantesque métropole Delhi, capitale aux pieds nus qui ne lésine pas pour abuser du rouge à lèvres pour persuader qu?elle est la plus belle.Une beauté paradoxale avec des croyances saugrenues, comme ses un milliard et deux cents millions d?habitants qui butent sans complexe sur la préoccupation d?aller à l?essentiel. Curieux Asiatiques qui mélangent le souci inné du pragmatisme et le besoin de s?abriter derrière des objets et des totems jusqu?à en faire des dieux.Quand on avale des milliers de kilomètres, et quand on saute d?un quartier populaire à la merveille du Taj Mahal, on est tenté de se gratter la tête, éberlué par le colossal écart entre le raffinement de cette population et sa misère presque absolue. Population rétive au sens du détail avec l?impression de peu se soucier de la qualité de la vie, mais qui pousse en même temps la hardiesse de trouver des impossibles solutions à tout ce qui fait le quotidien. Des images en vrac: des montagnes de rocaille portées avec une insouciante témérité sur des motos, et une famille entière, père, mère et deux enfants, sur une mobylette. La route à deux voies étroites est aux plus hardis et à ceux qui savent le mieux jouer du klaxon. Ici, nul n?est censé détenir un permis de conduire, et roule et conduit qui veut et comme il veut, ou comme il peut, car l?autorisation de circuler paraît ne répondre à aucune règle. Le code de la route ne semble être qu?une affaire de panneaux de signalisation. Des lignées de petits ventilateurs fixés avec précaution au-dessus des sièges des bus poussifs, comme si les Indiens ont pour seul souci de parer au plus pressé. Des défilés incessants de rickshaws, motos-taxis particuliers, dans lesquels s?entassent souvent plus de dix voyageurs avec une docilité et un fatalisme à toute épreuve et qui inspireraient bien de coopératives de nos jeunes en mal de travail. La manière et la forme semblent importer peu, bien qu?il arrive au visiteur de tomber nez à nez sur des bémols au coeur de ce décor national particulier, à l?exemple de cette parcimonie très calculée pour harmoniser les réservoirs d?eau sur les terrasses des immeubles ou pour franchement aller caresser la nécessité du beau en installant de gigantesques théières multicolores construites avec grand art sur les toits des maisons en guise de réservoirs d?eau. On comprend que l?Inde veuille aller vite pour s?inscrire en grande puissance entre les grands de ce monde dans une noce qu?ils veulent planétaire sans se préoccuper des accessoires et sans s?embarrasser de trop de maquillage, mais érigeant comme première déesse la persévérance dans le travail dans ce pays aux mille dieux. La curiosité et le savoir sont cependant affichés avec tapage par une population qui donne souvent l?impression de n?avoir d?yeux que pour la floraison des écoles et des instituts où curieusement les enfants et les adolescents en uniformes à l?anglaise respirent la fête en permanence. Un paradoxe détonnant. C?est que 52% de la population a moins de 25 ans et on comprend mieux cette parade de blazers fièrement portés et que l?on s?en détache que pour aller jouer au criquet, dénotant avec le reste. A la découverte du phénoménal essaimage de tout le territoire par des châteaux féeriques et ancestraux, le paradoxe est encore plus grand et l?on se rend aussitôt compte que le peuple indien ne trempe pas dans une piètre littérature pour bomber le torse, mais qu?il tire son ambition des profondes racines de sa riche histoire assez tumultueuses et où les moins avertis découvrent avec surprise l?omniprésence des traces indélébiles de plus d?un demi-siècle de présence de l?islam. Du coup, les contours et les origines des deux sécessions du Pakistan et du Bangladesh se clarifient et on trouve là plus qu?ailleurs la montée visible de l?islamisme que confirment régulièrement les appels des muezzins qui surprennent au coeur de Delhi et partout ailleurs et les mesures sécuritaires draconiennes prises par les autorités indiennes. Il se dégage alors le sentiment que la forte proportion d?Indiens musulmans a du mal à se conformer et à vivre dans cette société aux nombreux visages. Les plus fanatiques n?hésitent pas à utiliser la terreur pour imposer leur projet. La répétition de l?histoire est en continuité dans ce sous-continent qui affirme avoir maté le malheur. C?est que les Indiens croient aussi dur comme fer en leur destin, qu?ils veulent moderne et ouvert, et la chambre d?industrie et du commerce nationale qui rassemble 1.500 entreprises représentant tous les secteurs d?activité, affirme, par la bouche de son secrétaire général, le docteur Amit Mitra, non sans conviction, que l?Inde devra être la deuxième puissance économique mondiale, derrière les USA d?ici 2050.Il faut peut-être attendre pour voir, car l?Inde ne se formalise pas trop face à la gigantesque fuite de ses cerveaux, croyant à tort ou à raison que la parade trouvée dans sa large ouverture à l?investissement étranger doit être dans le temps un verrou de sûreté contre cette hémorragie. Pourtant, malgré l?intermittence des spasmes aussi divers que variés, les chiffres et les résultats du progrès sont têtus. 300 milliards de dollars de réserves de change et le cap de 1.000 milliards de PIB franchi sont fièrement étalés.Le séisme économique indien n?est pas fini. Jairam Ramesh, le ministre du Commerce et de l?Industrie, rencontré au siège de son ministère, le dit sans ambages: « nous n?avons pas fini d?étonner ».L?étonnement que veut procurer l?Inde n?a rien de fâchant, ni d?envahissant. Tous les hauts responsables interrogés ne veulent à aucun prix se détacher de l?autre face de leur histoire riche et tumultueuse inscrite dans le courant anticolonial et mettent un point d?honneur à rappeler les épopées des grands leaders des années soixante. Le ministre d?Etat chargé des Affaires étrangères, Shri Anand Sharma, va, lui, encore plus loin en affirmant que l?Inde aujourd?hui a le devoir de renouer avec l?Histoire en reprenant son bâton de pèlerin contre les impérialismes nouveaux.La dimension de la confidence est mise à nu à deux heures et demi par avion de Delhi, à Bangalore, au sud du pays, capitale mondiale de l?informatique, le Sillicon Valley indien, où l?on a vite fait de découvrir la montée en puissance d?une nation qui avance au pas de charge, affichant fièrement ses 10 pour cent de croissance cette année. Un projet de métro pour les mois à venir, frère jumeau de celui de Delhi, et une très inattendue base pour les activités et la recherche spatiales où l?on est surpris dans une de ses galeries de trouver accrochée une photographie du Président Bouteflika, pas trop loin d?une autre représentant Nikita Khrouchtchev. Et d?autres encore où l?on reconnaît les Mandela, Tito, Nehru, Castro et la reine Elizabeth Deux. Avec en prime la panoplie de l?industrie aérienne et militaire du pays de Gandhi.La familiarité avec l?exercice spatial ne date pas d?aujourd?hui et l?on oublie, au milieu des vaches décharnées qui déambulent avec la provocation du sacré à travers les avenues poussiéreuses et un peu délaissées, que l?Inde est une puissance nucléaire bien qu?elle ait la prudence de ne jamais s?en revendiquer.Ici, à l?ombre d?une fusée ou d?un Lem spatial, on comprend pourquoi le pays dispose de plus de 150 chaînes de télévision, plus de 360 stations de radio, et pourquoi la médecine par télésatellite a fait de foudroyants progrès. Et pourquoi enfin, 7 millions et demi de téléphones portables sont vendus chaque mois. L?ère du satellitaire est bien ancrée dans cet immense pays, véritable continent que l?on ne se lasse pas de parcourir en long et en large pour des découvertes interminables aussi étonnantes les unes que les autres.A entendre des membres du gouvernement indien, le tout est à prendre ou du moins à partager. Le sommet Inde - Afrique organisé au début du mois d?avril à Delhi relevait en somme de ce caractère. Le message avec son penchant généreux avait la clarté d?indiquer que le pays qui ne voulait pas se servir n?avait qu?à s?en prendre à lui-même. A l?évidence, l?offre n?a pas la simplicité que les officiels veulent bien lui prêter. Si de nombreux pays africains ont des liens économiques très étroits avec l?Inde, les autorités de Delhi se disent convaincues que les échanges et la coopération sont loin d?atteindre l?apogée que leur a fixé l?histoire d?une lutte anticoloniale commune et qui doit être encore soutenue. 8,36 pour cent seulement de leur commerce mondial est réalisé avec l?Afrique, ce qui, soutiennent-elles, est dérisoire en comparaison avec ce qui est entrepris avec la Chine devenue aujourd?hui un sérieux adversaire. Leur problème n?est pas aussi simple comme semble le suggérer leur grande disponibilité. Un forum regroupant la crème de la presse indienne et des responsables de médias africains a été organisé à la vieille du sommet des chefs d?Etats à Delhi. Cette réunion à elle seule a démontré les aléas et les contraintes qui contrarient la coopération Sud-Sud. Censée aborder la nécessité de contrecarrer l?emprise et la domination de la presse occidentale, la réunion s?est limitée à un large exposé des constats. Même si tout y est passé, de la façon unilatérale imposée avec laquelle la guerre d?Irak a été rapportée, à la prise en charge tendancieuse de la question palestinienne par les médias américains, ce regroupement ne pouvait en toute logique aller au-delà des complaintes pour déboucher sur des actions concrètes. La cerise sur le gâteau sur cet amas de proses a été offerte par un responsable d?une radio congolaise, qui, avec une naïveté pathétique, avait raconté son ulcère causé par les coupures d?électricité, énergie essentielle s?il en faut pour sa station. Il en est ainsi dans la majorité des pays africains.La majorité est à la traîne en matière de développement pour une série de raisons politiques et économiques, les unes objectives, les autres subjectives, pour pouvoir prétendre à un rôle d?interlocuteur. Cette lenteur est accentuée par des susceptibilités qui ternissent tout effort d?avancée.Au cours du forum sur la presse et la communication, l?idée de la création d?une association regroupant les médias africains avait germé. La seule présence d?un directeur d?un journal libyen a suggéré à un de ses confrères nigérians de la faire capoter, arguant du prétexte de la mainmise du président Kadhafi.C?est sans doute pour des raisons similaires que les responsables indiens, rodés à la pratique africaine, accordent leur préférence aux relations d?Etat et restent très évasifs quand il s?agit de renforcer les liens des sociétés civiles, même s?ils sont contrariés par l?ogre chinois contre lequel ils ne se gênent pas à lancer quelques sévères inimitiés et qui, de leur point de vue, ne s?embarrasse d?aucune politesse diplomatique.Pourtant, pour le seul secteur de la presse, l?Afrique peut trouver en Inde des possibilités de coopération profitable à toutes les parties, pour peu qu?elle fasse preuve de réalisme, d?un peu d?audace et qu?elle se débarrasse de la culture de l?attente et de la fatalité.Dans ce cadre, fort de son expérience récente et de sa propre initiative, le Quotidien d?Oran a organisé à Delhi une rencontre, entre le plus important constructeur d?imprimeries indien et des directeurs de journaux africains pour conclure des acquisitions dignes d?intérêt.Le champ peut s?élargir à la formation et à la communication, les Indiens étant disposés avec un sérieux à toute épreuve, à s?engager dans une large coopération dans la télécommunication. Ils ont surtout la particularité de ne pas tricher dans leur disponibilité et dans le transfert de leur technologie. Ils sont leaders dans l?informatique et dans la création des logiciels. On imagine alors avec appétit les bénéfices d?une entraide avec eux dans le monde de demain. Pour commencer, une de leurs entreprises versée dans l?électronique de pointe, offre des machines à voter à 60 dollars pièce. Ce petit engin des temps modernes annihile toute velléité de trucage des votes. Les Africains sont-ils disposés à nouer avec ce symbole de la culture démocratique des temps nouveaux ?
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Notre Envoyé Spécial En Inde: M Abdou BENABBOU
Source : www.lequotidien-oran.com