Dans les médias occidentaux globalement alignés sur Israël,
l'on se met à parler du «jeu» d'Al-Jazira qui a l'outrecuidance de couvrir le
massacre de Ghaza et de montrer l'innommable. Ainsi donc, selon ces bonnes
âmes, il y a des limites et des choses à ne pas montrer. Dans notre naïveté, on
aurait cru que le véritable scrupule moral porterait sur les limites de ce
qu'il ne faut pas faire en temps de guerre, comme rassembler des civils dans
une maison et la bombarder, comme tirer sur les ambulances et les
ambulanciers... C'est, paraît-il, une action «défensive», selon l'historique
remarque de la présidence tchèque de l'Union européenne.
Ces gens-là n'aiment pas voir le sang filmé mais ils
comprennent bien que le sang palestinien soit abondamment versé. Après tout, le
sang d'un Palestinien n'est pas tout à fait humain, n'est-ce pas ? La seule
existence de ces Palestiniens blesse leur plaisir et leur contentement. Et
surtout, n'allez pas dire à ces médias qu'ils sont organiquement dans la
position des propagandistes d'Israël : ils vous donneront beaucoup de leçons
sur l'éthique et sur notre façon à nous, Arabes, de voir du complot partout et
la main du lobby partout...
Il reste les images que diffuse la chaîne Al-Jazira. C'est
nécessairement un «complot» à leurs yeux, la preuve qu'elle est alignée et
qu'elle joue un «jeu» trouble. Les organisations de défense du journalisme dit
libre ne s'offusquent pas trop de la censure militaire israélienne et ils
critiquent mollement l'interdiction qui leur a été faite d'entrer à Ghaza. Au
fond, ils sont plutôt contents, cela leur épargne de faire des torsions
complexes devant les faits...
Pourquoi s'offusquent-ils du travail d'Al-Jazira qui «ose»
qualifier de «martyrs» ceux qui sont tués par la machine de guerre israélienne
? Ce n'est pas le mot martyr qui les gêne ; ce qui les importune, ce sont les
cadavres d'enfants, c'est ce «mauvais sang» arabe devenu trop visible. Ils
aimeraient bien se contenter des images placées par l'armée israélienne sur
YouTube, cela ressemble aux jeux électroniques de leurs enfants, où du ciel des
avions tuent courageusement des méchants Arabes en bas. Les images des télés
arabes sont «too much» disent-ils, elles gâchent leur plaisir en montrant de la
chair, du sang et les cris de douleur. Il paraît qu'elles attisent la haine...
Par une distorsion habituelle, celle de la déshumanisation
de l'autre, ce n'est pas le crime ou le massacre qui pose problème, c'est le
fait de les montrer. Ce ne sont pas les Israéliens qui sont fautifs de crime,
c'est le fait de montrer ces crimes qui est répréhensible. Le tout est habillé
de la délicatesse de sentiment, celle qui consiste à dire qu'on ne peut pas
«tout montrer», alors qu'au fond il s'agit bien de tout cacher.
Leur problème est donc que des télévisions arabes donnent à
voir l'inhumanité de cet Etat qu'ils considèrent comme la «seule démocratie» au
Moyen-Orient. Accessoirement, leur problème est que même chez eux, en Europe,
des gens trouvent le moyen, grâce aux paraboles et à Internet, de contourner le
contrôle quasi-totalitaire de l'information en regardant les images crues de la
«Civilisation» bombardant les «barbares».
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Posté par : sofiane
Ecrit par : K Selim
Source : www.lequotidien-oran.com