C?était hier, au tribunal, le fameux mardi des délits de presse, et ça n?a pas raté : de lourdes peines ont été prononcées à l?encontre de Dilem, le caricaturiste de Liberté, et de plusieurs journalistes du Soir d?Algérie. Au même moment, à la Maison de la presse, qui commémore une année de détention de Benchicou, la colère se voulait forte. Deux mots d?ordre : la libération du directeur du journal Le Matin et la cessation du harcèlement contre les journalistes. Rituelle, relayée à l?extérieur du pays, la protestation est restée depuis un an sans écho. Maintes fois annoncé par la rumeur, le geste d?élargissement de Benchicou par le premier magistrat du pays ne vient pas. Annoncé, car tant espéré : la place de ce journaliste et de tout journaliste, homme de plume ou d?expression - n?est pas en prison. Quant au délit d?opinion, il appartient au juge de bien l?appréhender pour l?épargner de tout règlement de comptes politique. Et s?il est prononcé, le délit de presse ne saurait être pénalisé. Mais le travail du juge ne peut être facilité sans réforme du code pénal-bis, couvert d?infamie depuis qu?il a ouvert les geôles aux journalistes. L?Algérie rame, depuis, à contre-courant de la tendance mondiale qui n?oppose que des amendes aux délits de presse. En restant sourdes, les autorités du pays ont mobilisé contre elles les opinions publiques internationales et les grandes ONG de droits de l?homme. L?image de l?Algérie est ternie, un paradoxe pour le président de la République qui ?uvre pour son amélioration et fait l?éloge de l?amnistie et de la réconciliation nationale. La presse est-elle à ce point redoutée pour qu?on ne conçoit son existence qu?avec une épée de Damoclès au-dessus d?elle ? Pourtant, elle n?a nulle vocation à verser dans la subversion. Son patriotisme se mesure au prix du sang versé par 65 de ses fils durant le règne de la barbarie intégriste. Comme elle a défendu l?Etat républicain, elle ne pouvait se taire devant la prédation politique et la mauvaise gouvernance. C?est son métier d?informer que, d?année en année, elle apprend à maîtriser, réduisant ses erreurs, forcément de jeunesse, et s?améliorant de plus en plus en éthique. Entre le pouvoir politique et la presse, l?apaisement des relations s?impose, car l?intérêt national le commande. Mais la balle est d?abord du côté des autorités, elles seules pouvant libérer Benchicou et revoir les lois répressives pour que plus jamais un journaliste ne soit embastillé pour ses écrits.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Ali Bahmane
Source : www.elwatan.com