Des pétards aux allures de... bombes
Le service des UMC du CHU d’Oran a enregistré, durant la semaine dernière, six admissions d’enfants souffrant de lésions de l’oreille interne après avoir été exposés aux fortes déflagrations de pétards, apprend-on auprès de sources hospitalières. Le médecin traitant au sein de ce service a déclaré que parmi ces admissions, on recense un cas qui présente des lésions importantes qui pourraient être fatales; «l’enfant peut perdre carrément l’audition», a-t-il noté.Les accidents enregistrés sont causés par des adultes à l’encontre des enfants. Au Centre-ville, des bandes de jeunes lancent des pétards vers les passants...et les bus qui passent par la rue d’Arzew, sans se gêner. Ils qualifient ces agressions de jeux...de la fête du Mawlid Ennabaoui! Approché, un Imam a tenu à signaler que le Mawlid n’est pas une fête à coups de pétarades, mais une occasion pour remémorer le message de miséricorde de notre prophète (QSSSL). A l’unanimité, les responsables considèrent ces produits pyrotechniques comme un danger de santé publique mais ils restent velléitaires quant à la prise de décisions draconiennes pour obvier à leur propagation. Dans les quartiers populaires de la ville d’Oran, à chaque coin de rue, un étal de produits pyrotechniques est installé. La rue des Aurès (ex La Bastille) peut recevoir la nomination de la rue des pétards. Certains marchands de fruits et légumes se sont transformés en vendeurs de produits pyrotechniques car le gain est colossal. Dans les tables exposant ces produits, on trouve plus d’une douzaine de genre de pétards: les feux d’artifices, les pétards de divers calibres et d’autres chinoiseries...Les plus demandés sont les «double canon», un pétard à double déflagration dont les décibels dépassent de loin le seuil toléré par les tympans. Le prix de cession de ces «double canon» est de 20 DA. Une autre marque moins impétueuse est cédée à 15 DA. Les feux d’artifices coûtent entre 40 et 70 DA, selon la marque et la contenance en explosifs. Questionnés sur les lieux d’approvisionnement, ces jeunes ont tous répondu «M’dina J’dida».
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Dans le bazar de «Sabalet Tolba» on trouve «De vraies bombes...de quoi démolir une maison
Dans le bazar de «Sabalet Tolba», on trouve tous les genres de trafics: échanges des devises, vente des divers produits de contrefaçon, faux documents et certains même parlent du deal en gros de drogues etc… Dans les boutiques de chinoiseries situées sur la place et tout au long de la rue d’Isly (T’rig El Kadi) jusqu’à Tahtaha, tous les commerçants se sont reconvertis, le temps du Mawlid Ennabaoui, en vendeurs de pyrotechniques. Ce genre de négoce frauduleux est à peine masqué. Le premier magasin nous a fourni toutes les marques...et tous les éclaircissements sur cette histoire. On apprendra que la marge bénéficiaire des jeunes varie entre 3 DA et 20 DA pour la pièce vendue. Chez certains négociants, on trouve de gros calibres de pétards dont le prix avoisine les 1000 DA. Ces pétards sont vendus chez les détaillants à 1200 voire 1500 DA. «De vraies bombes...de quoi démolir une maison», dira un commerçant apparemment inconscient de la gravité de la situation. Certains vendeurs ont même fait allusion à baisser les prix si la quantité demandée est importante. «Si vous voulez un semi-remorque, vous l’aurez sans attendre et à un prix intéressant», déclare un vendeur sur un ton...sincère!
La «Maroc connection»
Enfin, les produits pyrotechniques qui inondent le marché de l’Oranie sont acheminés depuis les frontières marocaines...par camions entiers, apprend-on du propre aveu d’un protagoniste très influent de ce trafic. «Pour préparer la fête du Mawlid, on fait des commandes plusieurs mois avant, auprès de notre contact marocain. La marchandise sera introduite dans le territoire algérien, au fur et à mesure, par camions. Certains marocains vous vendent la marchandise et si vous payez plus, ils vous garantissent son transport jusqu’à la wilaya choisie...même à El Taref. Par contre, les produits pyrotechniques qu’on trouve au Centre et à l’Est sont importés depuis l’Asie via le Port d’Alger par des importateurs localisés dans la wilaya de Sétif et sa Bourgade El Eulma, apprend-on de sources sûres proches de ces réseaux. Le gain généré par l’importation pyrotechnique est colossal. Les quantités de pétards qui ont été saisies par la Gendarmerie nationale dans plusieurs endroits du pays, comme à Aïn El Hadjel, dans la wilaya de Msila, où les gendarmes ont découvert dans un fourgon, plus de 2.649 000 pétards de gros calibres. Dans les localités de Derradji Bouslah et Oued El Athmania, une autre saisie de 93 800 pétards a été effectuée par la gendarmerie. La marchandise de ces saisies provient des réseaux maffieux énumérés, a-t-on également appris. Certaines sources révèlent la saisie, à Alger et dans d’autres wilaya de l’Est, de quatre containers de 40 pieds contenant chacun environ 25 tonnes de pétards pour une valeur globale de près de 200 milliards de centimes. Ces réseaux sont donc très organisés et opèrent à grande échelle, à coups de centaines de milliards. L’argent peut aussi tout corrompre.
Les pompiers ont intervenu 1.500 fois en 24 heures
A Oran, les habitants de la localité d’El Hassi ont passé la nuit dans le noir à cause d’un incendie survenu dans un poteau électrique. Il a fallu plus de 24 heures à la Sonelgaz pour rétablir le courant, a-t-on appris. Dans le quartier populaire d’El Hamri, la catastrophe pouvait être plus grave lorsque des enfants qui jouaient avec des pétards ont provoqué une grande explosion sur le réseau d’alimentation en gaz naturel. D’après l’APS, les sapeurs-pompiers ont intervenu plus de 1 500 fois, durant les dernières 24 heures dans des incidents causés par des produits pyrotechniques. Parmi ces interventions, il y a lieu de citer «18 feux déclarés dans des appartements et qui sont directement liés à l’utilisation de produits pyrotechniques (pétards et bougies)», selon le chef du bureau de l’information et de la sensibilisation à la Protection civile «ces incendies ont été provoqués par l’utilisation de ces produits sans précaution, en dépit des appels à la prudence lancés par nos services mettant en garde contre leur danger». Deux personnes ont été blessées et trois autres asphyxiées, suite à un incendie survenu dans une habitation à Sétif, selon le même responsable. In fine, la loi qui interdit la vente et la fabrication des pétards et des produits pyrotechniques remonte au mois d’août 1963 et a été modifiée et complétée mais sans pour autant parer à l’hégémonie des réseaux maffieux. Les procureurs devraient enclencher des enquêtes et arrêter les chefs qui continuent à s’enrichir en toute impunité, nonobstant le tort qu’ils causent aux citoyens, déclara un ancien homme de loi.
Benachour Med
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com