Le maire de Gdyel, en présence de quelques membres de son staff et des sages de la ville, a animé, hier après midi, une rencontre avec les jeunes de la commune venus en très grand nombre à la salle omnisports pour exprimer leurs problèmes après les évènements tragiques qu'a connue cette localité en fin de semaine dernière. «Je suis ici pour vous écouter car il est grand temps qu'on se parle franchement», a affirmé le maire. Une démarche qui s'impose vu la gravité de la situation et qui demeure indispensable pour rétablir la communication jusque-là interrompue entre les jeunes et les autorités locales. Le bilan de ces heurts parle de lui-même: plusieurs édifices publics incendiés dont le tribunal, le centre payeur de la CNAS et le bureau de poste de la ville, une cinquantaine d'arrestations et plusieurs blessés aussi bien parmi les forces de l'ordre que parmi les jeunes. La réunion a failli démarrer du mauvais pied après qu'une poignée de jeunes, exaspérés par le sens vers lequel était orienté le débat, aient décidé de quitter précipitamment la salle. «On n'est pas venus ici pour demander des logements. La priorité, pour nous aujourd'hui, c'est que nos frères et nos enfants qui ont été arrêtés abusivement, et qui croupissent en prison depuis mardi dernier, soient libérés», lance, sur un ton de colère, un des présents. Le moment de tension passé, la salle se remplit de nouveau. Une des nombreuses femmes présentes, dont le mari est également détenu dans le cadre des derniers troubles, prend la parole sous l'insistance des présents: «l'opinion publique doit savoir que cette situation est le résultat de la hogra dont les jeunes sont victimes ici à Gdyel, comme nulle part ailleurs». Le mot est enfin lâché: «hogra», sous un tonnerre d'applaudissements. «Est-ce que vous trouvez normal que des policiers viennent au marché de poisson pour brutaliser des jeunes, dont le seul crime est d'avoir pris leur destin entre les mains pour tenter de gagner leur vie honnêtement ? Est-ce que vous trouvez normal que des policiers aspergent le poisson avec du détergent, et quand le jeune vendeur essaie de défendre son gagne-pain, il se fait insulter, voire tabasser, s'interroge un autre jeune. Selon ce dernier, il n'y a pas plus grande provocation que celle-ci. On peut toujours parler de manipulation, mais la réalité c'est que la jeunesse en a plus que marre. Non seulement on assiste, depuis maintenant plusieurs années, à toutes sortes d'injustices, distribution de logements et de locaux commerciaux au profit de gens qui ne sont même pas de Gdyel, recrutement dans les services publics sur la base des connaissances et du régionalisme, mais en plus, on doit supporter l'acharnement de la police qui nous pousse vers nos derniers retranchements. Et à un autre d'ajouter: «moi j'ai fait trois tentatives d'émigration clandestine. Mais Dieu a voulu qu'à chaque fois j'échoue. Je ne m'en plains pas, car c'est ma destinée et je remercie Dieu, car d'autres que moi n'ont pas eu la chance de revenir dans leur pays, indemnes de ces aventures. Cela fait 10 ans que je traîne d'un coin à l'autre. J'ai tout vendu, des cigarettes au poisson pour subvenir à mes besoins et à ceux de ma famille. J'ai fait des demandes pour avoir un local parmi les 19 de «Souk El-Fellah» mais je n'ai rien eu. D'autres, en revanche, n'ont eu aucun mal pour avoir un de ces locaux en dépit du fait qu'ils ne sont nullement dans le besoin, comme en témoignent les voitures luxueuses qu'ils possèdent, et sont originaires d'autres communes de la wilaya, et malgré tout cela, je n'ai jamais enfreint la loi. Mais cela n'a pas empêché les policiers de faire une descente chez moi, mardi dernier à minuit, pour m'embarquer. J'ai eu beau leur expliquer que je n'ai rien fait, et que même physiquement, j'étais dans l'incapacité de participer aux troubles car j'ai la cheville fracturée depuis deux mois, ils n'ont rien voulu entendre. Mais le juge d'instruction m'a accordé le bénéfice de la citation directe car il s'est rendu compte, qu'effectivement, j'étais handicapé par ma fracture à la cheville », témoigne-t-il. Un autre jeune abonde dans le même sens: «moi, mon cousin, et tout le monde le sait ici à Gdyel, sauf les policiers peut-être, est depuis six mois en Espagne. Mais cela n'a pas empêché les services de sécurité de venir le chercher à la maison. Et un autre d'ajouter: « Moi je vais vous raconter quelque chose de vraiment inouïe. Il y a un jeune qui s'appelle Mansour, connu dans la commune sous le sobriquet de «Kempes», et qui a été vivement recherché par la police pour sa présumée participation aux heurts. Or, la veille des émeutes, c'est-à-dire lundi, il avait fait une tentative de suicide en se jetant d'un précipice après avoir ingurgité une grande quantité de psychotropes. On le recherchait chez lui alors qu'il est depuis lundi à l'hôpital entre la vie et la mort». «Tout ceci prouve que la police agit d'une manière aléatoire et ses arrestations ne répondent à aucun fait objectif», a-t-il estimé. Ceci dit, le maire de Gdyel a promis aux jeunes de transmettre fidèlement leurs préoccupations à qui de droit, notamment au chef de daïra et au wali. Il leur a également promis d'organiser une deuxième rencontre, cette fois-ci en présence des représentants de l'administration locale. A noter, enfin, que les 49 mis en cause, dans le cadre de ces émeutes, seront jugés après-demain, mercredi, au niveau du tribunal de Gdyel qui a repris son activité normale hier, a-t-on appris de source judiciaire.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : HBarti
Source : www.lequotidien-oran.com