
une vue de la table ronde au pavillon du Cinéma du mondePasser l'Afrique au détecteur de talents est le thème d'une passionnante table ronde qui a vite tourné presque au règlement de comptes lundi dernier, au niveau du pavillon du Cinéma du monde...Avec plusieurs intervenants au menu, il a vite été question de pointer du doigt les contrats qu'Orange et d'autres financeurs font signer aux réalisateurs africains qui d'après certains dires «poussent au final les réalisateurs à effacer toute vision africaine de leur film». C'est ce qu'a affirmé la cinéaste franco-égyptienne Jihan El Tahri, marraine du programme Quartiers lointains, saison 4 et partie prenante du projet Africa First. Cette dernière reprocha à Orange de ne pas avoir financé le film Félicité d'Alain Gomis. Le directeur de Orange se défendra en soulignant avoir choisi de soutenir d'autres films à petits budgets d'autant que le film venait d'être sélectionné à Berlin. Ce que le producteur de Félicité a réfuté. Pour couronner le tout Alain Modot, directeur de Diffa, distributeur de fictions africaines, n'a pas trouvé mieux pour enfoncer le clou que de dire «de toutes façons le film d'Alain Gomiz étant donné qu'il est financé à plus de 80% par les fonds européens, ce n'est pas un film africain». Des huées dans la salle. Fort heureusement d'autres témoignages plus pertinents ont émaillé cette rencontre qui n'a pas du tout été stérile. Pour Jihane Tahri l'important est de ne pas trouver comment apprendre aux cinéastes de faire des courts métrages même si la formation est importante, mais de les aider à trouver les outils et les moyens pour y parvenir. Les pousser à savoir pourquoi ils veulent faire du cinéma. Est-ce juste une question d'image ou ont-ils quelque chose à dire' «Il est important que ces jeunes cinéastes puissent réaliser un second et un 3eme film et ne pas s'arrêter à les aider au premier. Sembene, Djibril, pour ne citer que ceux-là, on arrive à saisir leur évolution à travers, sans cela on va se retrouver avec des cinéastes qui font des premiers films, mais sans références. Ceci permettrait d'assurer une vision cohérente sur le long terme. Il faut qu'il y ait un dialogue avec l'Autre égal à égal aussi. Lors de son intervention Alain Modot fera savoir que l'Afrique possède peu de salles. «On est des agents de vente. On vend principalement pour les chaînes télé. On soutient les créateurs africains. On est là pour aider les jeunes cinéastes à professionnaliser leurs contrats. Pour Claire Dia journaliste franco-burkinabé qui vient de publier un livre sur les cinéastes de deux cultures, parlera de son quartier lointain qui consiste à faire voyager les courts métrages de réalisateurs africains dans différents pays afin de casser les barrières entre le public et ces cinéastes connus ou dont on parle de leurs films sans jamais les voir. Quant à Lazza, directeur des Rencontres du film court de Madagascar, lui -même cinéaste, fera remarquer que son choix porte sur les jeunes cinéastes malgaches dont les récompensés reçoivent de l'argent et des formations dans différents festivals de cinéma. «On a créé un fonds de financement. L'Etat ne s'intéresse pas au cinéma. Je vais voir les sociétés privées. Je mets aussi des jeunes réalisateurs comme membres du jury pour promouvoir le cinéma malgache de demain. On a un catalogue en ligne de près de 350 films. La solution viendra de chez nous...» et Claire Diao d'abonder dans le même sens: «Il est vrai que tout le monde se sent lésé, mais tous les maillons de la chaine sont importants. Il ne faut rien lâcher. On doit évoluer ensemble et non pas séparément.»Pour Jihane Tahri, «il est essentiel d'accompagner les jeunes réalisateurs en les aidant à constituer un réseau solide et ne pas les abandonner aussi vite...» Pour rappel, cette table ronde consistait en effet à savoir comment amener les jeunes créateurs à faire confiance à leur passion, à s'exprimer, à s'épanouir sans cesser d'apprendre. Comment renforcer leurs capacités et permettre à leur projet d'aboutir. Elèves d'écoles de cinéma ou autodidactes, les nouveaux talents africains ont la chance d'évoluer dans un continent en effervescence avec de plus en plus de fenêtres ouvertes, de portes à enfoncer, de brèches à élargir. Un continent où le cinéma redevient une possibilité et plus seulement un rêve. C'est le cas de Machérie Ekwa réalisatrice de RDC.Agée de 23 ans, titulaire d'une licence en droit et passionnée de cinéma, elle a traduit en linga des dialogues du film d'Alain Gomis Félicité avant de tourner Maki'la, long métrage dont elle a écrit le scénario. Elle racontera sa belle aventure et le fait qu'elle s'est battue pour pouvoir réaliser son rêve. Pour rappel cette table ronde était organisée par l'Organisation internationale de la francophonie.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : envoyée spéciale Hind OUFRIHA
Source : www.lexpressiondz.com