Menacé de destitution, totalement décrié dans son pays et ne survivant politiquement que par le soutien américain, le général Pervez Musharraf a démissionné. Celui qui était arrivé au pouvoir en 1999 par un coup d'Etat avait la coalition des deux partis vainqueurs aux élections législatives contre lui. L'armée, dont le poids a été toujours important au Pakistan, a montré des signaux qu'elle ne volerait pas à son secours. Le général Musharraf ne pouvait plus se prévaloir que du soutien des Américains, lesquels sont très impopulaires au Pakistan.
Depuis la victoire en février dernier de l'opposition, menée par le veuf de Benazir Bhutto, Asif Ali Zardari, et le chef de la Ligue musulmane Nawaz Charif, la position du général Pervez Musharraf était fortement ébranlée. Les Etats-Unis ont largement pesé auprès d'Asif Ali Zardari pour maintenir «leur homme» à la tête du Pakistan. Ils lui ont tout juste permis un sursis de quelques mois. La procédure de destitution était engagée par le gouvernement de coalition depuis quelques jours, il ne restait plus au général qu'à précéder les choses en démissionnant. Il l'a annoncé hier dans une allocution télévisée où il a essayé de défendre un bilan qui n'existe pas. La situation au Pakistan après neuf ans d'autocratie n'est guère reluisante.
Ce «bon allié» des Américains dans la «global war» contre le terrorisme aura commis l'arbitraire de trop en s'attaquant aux juges constitutionnels et en limogeant, à deux reprises, son président Iftikhar Chaudry. Ce dernier, juriste rigoureux, risquait d'invalider la réélection contestée du général Musharraf à la présidence. Avant même les élections de février 2008, cette agression contre les juges avait mobilisé contre lui les classes moyennes pakistanaises et notamment les avocats. Cette mobilisation allait se traduire en février 2008, aux législatives, par une déconfiture du parti du général et la victoire triomphale des forces d'opposition. Si le veuf de Benazir Bhutto, Ali Zardari, a semblé céder aux pressions américaines pour le maintien de leur «homme» à la présidence du Pakistan, l'autre opposant, Nawaz Charif, n'en démordait pas et rappelait les engagements électoraux de l'opposition: rétablissement des juges constitutionnels limogés par Musharraf et départ de celui-ci. Cette exigence était très largement partagée par l'opinion publique pakistanaise. C'est sans doute l'attitude de l'armée - dont il est issu - qui a envoyé des signaux qu'elle ne s'impliquerait pas dans son bras de fer avec le gouvernement qui a poussé le général à jeter l'éponge.
Le cercle vicieux
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Posté par : sofiane
Ecrit par : MSaâdoune
Source : www.lequotidien-oran.com