Cela arrive de plus en plussouvent : Bouteflika arrive dans un endroit, voit, regarde, écoute puis donnede l'argent. Celui qui ira de l'Etat à l'Etat au bénéficie du Peuple. Il donnede l'argent pour développer la terre, l'eau, l'air ou n'importe quoi pour quele peuple mange, boit, dort ou sourit. Ceci pour le schéma. Dans le réel, cen'est pas souvent le cas : l'argent donné par l'Etat central à l'Etat local,est souvent servi aux clients locaux qui ont déjà pris en otage les pouvoirslocaux, ou l'inverse. Du coup, l'argent est bien dépensé parfois, maisuniquement pour justifier la dépense pour les fameux bilans de décembre. Onconstruit avec un poteau dans un puits, un puits dans un trottoir, un trottoirdans une steppe et on développe une steppe là où elle n'existe pas, pourmontrer à Bouteflika que son argent a été consommé. L'argent s'en va comme ilest venu : sans récoltes mais avec beaucoup de statistiques. Dans la wilaya X,ou la commune Y, les gros budgets vont servir à l'achat des équipements pourles chantiers virtuels dont Bouteflika a posé la première et la dernière pierreet gonfler des factures pour des entrants destinés à cultiver des tulipes enHollande.Que se passe-t-il à la fin ? Rien: l'Etat est trop faible pour se passer des tribus locales et des soutiensvéreux. Il a besoin de croire et de faire croire et ses courtisans luiraconteront ce qu'il veut entendre. Il continuera à donner pour développer lepays, mais n'arrivera à développer que des trous. Deux cas de figures pour lasuite : un peu de peuple se révolte, coupe une route et demande une enquêteavant de se faire casser le dos par des contre-enquêtes malhonnêtes qui vontservir à la Centrale des versions accommodées. Ou le peuple se révolte, coupeune route, demande une enquête et obtient une commission d'enquête. Dans lesdeux cas, l'argent a déjà disparu : il n'en reste que ceux qui ne sont paspartis avec. Pourquoi le pays ne se développe pas avec autant d'argent ? Parceque l'argent est distribué, pas investi. L'Etat est déjà une sorte d'hold-up delui-même, organisé par des souverainetés locales qui traitent le Pouvoircentral, quand elles n'en font pas partie comme des prête-noms, comme un vieuxsénile qui ne sait plus compter sa monnaie et que l'on peut rouler avec unprogramme d'inaugurations de temps en temps.La véritable réponse restepourtant évidente : on ne peut pas développer un pays sans développer lecontrôle de ses dépenses. Et on ne peut pas développer le contrôle des dépensessi on ne permet pas à un peuple de le faire. Et on ne peut associer un peuple àson pays sans démocratiser. Du coup, Bouteflika pourra distribuer autantd'argent qu'il veut par le biais de ses ministres ou de ses discours, le paysse comportera toujours comme un estomac plutôt que comme un cerveau.Dieu n'a pas convaincu les juifsen leur servant une table garnie descendue du ciel ni en leur offrant une vachecréée selon leurs désirs.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Kamel Daoud
Source : www.lequotidien-oran.com