Le jeune artiste revient dans cet entretien sur l'adaptation qu'il a réalisée du "Journal d'un fou" de Gogol, sur les difficultés auxquelles il se heurte pour pouvoir décrocher des programmations, et sur la manière dont il se projette dans son métier.
Liberté : Quel a été le parcours (tournées, festivals) de votre spectacle "Journal d'un fou" '
Idir Benaibouche : Le texte de Gogol, que j'ai lu vers la fin de mon cursus universitaire à l'Ismas, en 2009, m'a parlé. J'ai eu tout de suite envie de faire une création autour de ce texte, mais je me suis dit que c'était trop tôt en 2009, et qu'il fallait que je termine mes études dans l'art de l'actorat. Ensuite, j'ai décidé de le monter, en faisant une adaptation que je présente comme spectacle de fin de cursus.
Par la suite, j'ai décidé de le développer et de le diffuser dans toute l'Algérie. J'ai alors commencé à faire des demandes de programmation dans les différents théâtres régionaux, et tous les espaces culturels. Mais en vain. Chaque responsable que je rencontrai me sortait des excuses tirées par les cheveux, me racontait des histoires personnelles, etc. Il y a eu tout de même l'Institut français qui m'a accordé une tournée dans ses établissements en Algérie (Annaba, Tlemcen, Oran, Constantine), ainsi que les théâtres régionaux de Béjaïa et de Tizi Ouzou, qui ont pris deux représentations.
Ce qui m'a le plus affecté, c'est que des personnes me promettaient de me programmer, et ensuite elles ne me donnaient aucun signe de vie. Je trouve que, malheureusement, nos responsables ont souvent tendance à assouvir certaines fins personnelles au détriment de l'art, et à politiser un peu trop les choses. En tout cas, moi je continue à faire mon métier le plus honnêtement possible, et continue aussi à monter des spectacles.
Pourquoi adapter Gogol aujourd'hui '
Son écriture est universelle et sa vision est éternelle. Vous savez, la littérature russe est très simple à lire mais difficile à interpréter. Ce qui m'a attiré le plus dans ce texte, c'est la ressemblance avec ce que notre pays a vécu et vit actuellement.
Comment évolue votre carrière aujourd'hui '
Disons que dans ce domaine, je viens de naître, et j'évolue comme un nourrisson dans un centre d'accueil ! Ma carrière se résume en un mot : combat ! Un combat artistique certes, mais un combat tout de même, car je cours, chaque jour, pour obtenir une salle de répétition, pour décrocher des programmations, et surtout, je refuse de travailler dans le domaine de l'audiovisuel, lorsque je considère que le projet ne m'intéresse pas et ne m'apporte rien d'intéressant sur le plan artistique. En fait, ne pas céder aux exigences, parfois saugrenues, des boîtes audiovisuelles et des théâtres régionaux est en soi un combat.
Justement, comment vous projetez-vous dans votre métier '
Je trouve que le paysage artistique est pollué. Les artistes qui suivent des formations à l'Ismas et fournissent beaucoup d'efforts pour décrocher leurs diplômes ne sont pas considérés à leur juste valeur. Cette école n'arrive pas à récupérer la place qui lui revient de droit.
La première instance culturelle du pays a clochardisé cette école. Le constat est amer et notre situation difficile, voire précaire. Je me souviens que lorsque j'étais encore étudiant, on était en grève chaque deux mois.
Aujourd'hui, les diplômés de cette école font de l'audiovisuel pour survivre. J'en suis même arrivé à penser qu'aujourd'hui, même les protestations et les accusations ne servent plus à rien. On s'en remet au destin !
S. K.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Sara Kharfi
Source : www.liberte-algerie.com