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Histoires vraies Luigi, tu es mort ! (3e partie et fin)



Histoires vraies                                Luigi, tu es mort ! (3e partie et fin)
Résumé de la 2e partie - C'est à l'âge de dix ans que Luigi apprend que l'homme qu'il croyait être son père ne l'était pas...
Bardonera est le village sicilien typique accroché à la montagne avec ses maisons blanches et ses ruelles étroites. Il fait sombre en ce jour de mai 1976, dans la chambre d'une petite maison de paysans.
Quand il est arrivé, Luigi a eu un choc. Il connaissait ces lieux. Ils appartenaient à ses plus vieux souvenirs, ses souvenirs oubliés. Il a demandé, au premier passant venu, la maison Marino. Il s'attendait à un geste d'ignorance. Mais non, on lui a tout de suite désigné la dernière ferme du village.
La vieille dame qui lui a ouvert n'a pas compris quand il s'est présenté et qu'il lui a parlé de son fils Luigi mort il y a soixante ans. Mais il a insisté, il voulait savoir. Alors, elle a accepté de le recevoir en présence de son neveu, le gendarme du village, et du doyen de la commune, Giovanni Guardini qui était à l'époque fossoyeur, celui qui avait enterré son enfant.
Le jour tombe, il commence à faire sombre dans la chambre de la signora Marino. Dehors, il pleut. La vieille dame rompt enfin le silence.
' Il pleuvait aussi ce jour-là. On marchait pieds nus pour ne pas réveiller Luigi. Mais le pauvre petit ne nous entendait plus sans doute. Il avait la diphtérie. Le curé était déjà passé. Et puis le soir, le docteur est revenu. Il nous a dit que c'était fini. Il a signé le certificat de décès et il a fait conduire Luigi à la morgue à cause de la contagion.
La vieille femme tourne la tête vers le doyen du village.
' Giovanni, c'est toi qui as veillé le petit à la morgue et c'est toi qui l'as enterré. Alors parle.
Le vieillard passe sa langue sur ses lèvres. Et puis, d'une voix blanche, il déclare enfin :
' Oui, il faut que je parle.
Et devant les trois auditeurs stupéfaits, bouleversés, il raconte ce qu'il n'avait jamais osé avouer à personne : le mystère de l'identité de Luigi Marino.
' J'étais seul pour garder la morgue. Il y avait plusieurs cercueils, tous des enfants, à cause de l'épidémie de diphtérie. Mais il y avait quelqu'un avec moi : une dame de Catane dont le petit venait de mourir dans le village. Elle ne cessait pas de pleurer. Et puis brusquement elle s'est arrêtée.
Au début, j'ai pas compris et après, comme elle, j'ai entendu. Cela venait du cercueil de Luigi...
Le vieillard se tasse encore un peu plus et continue d'une voix craintive :
' Oui, Luigi n'était pas mort. Il s'est mis à geindre et puis à crier. Alors la dame de Catane s'est approchée du cercueil qui n'était pas fermé. Elle a pris le petit dans ses bras et elle m'a dit :
«Dieu m'a pris aujourd'hui mon enfant et il m'en donne un autre. C'est un signe du ciel. Cet enfant est à moi.» Alors, elle m'a donné de l'argent, beaucoup d'argent. J'étais pauvre. La dame m'a dit, parce qu'elle savait que j'étais aussi employé de mairie : «Vous me ferez des papiers pour l'enfant, à son vrai nom, pas à celui de mon fils qui est mort, cela lui porterait malheur.» J'ai fait comme elle m'a dit, des papiers au nom de Luigi Marino, que je venais de rayer moi-même sur le registre. Quand la dame est partie, j'ai mis des pierres dans le cercueil. C'est tout... J'ai toujours pensé qu'on s'en apercevrait un jour, mais personne ne m'a jamais posé de questions. C'est ainsi que Luigi Marino a appris la vérité sur sa naissance. Giovanni Guardini, le vieux fossoyeur employé municipal, n'a, bien sûr, pas été inquiété, soixante ans étant un délai de prescription plus que suffisant. Dans le village de Bardonera, où il a passé encore quelques jours, Luigi a pris le temps de connaître sa nouvelle famille, vraie famille. Outre sa vieille mère, il a découvert une foule de cousins et de cousines. Pour lui, qui s'était cru orphelin à sept ans, c'était une merveilleuse surprise.
Six mois plus tard, un jour de décembre 1956, il régnait une animation inhabituelle dans un café-bar «Chez Luigi» près du port de Nice. Il y avait, bien sûr, tous les vieux clients, mais aussi des inconnus venus profiter de la tournée générale offerte par le patron. Il faut dire que Luigi Marino avait un heureux événement à fêter : la municipalité de Nice venait de lui accorder son bureau de tabac.
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