Le troisième thriller de Barouk Salamé, alias Vincent Colonna.
Barouk Salamé s'est déjà fait remarquer par deux polars bien ficelés. Le premier s'intitulait Testament syriaque, paru en 2009, et le deuxième, Arabian Thriller, qui date de 2011. Comme à son habitude, Barouk Salamé est très érudit. Son identité constituait une énigme et, avec lui, le mystère faisait bon ménage avec le roman noir. Mais, à l'occasion d'un entretien avec des journalistes, il décida de divulguer son vrai nom au public. Et c'est Vincent Colonna, né en Algérie en 1958, qui se cachait derrière le pseudonyme.
Dans son nouveau roman, Une guerre de Génies, de Héros et de Lâches, l'intrigue se passe en pleine guerre d'Algérie, entre Djelfa et Oran.
Le narrateur, Serjoune Ben Bajou, adolescent de douze ans, a pris la décision d'écrire ses mémoires, au moment où le corps s'éveille aux choses de la vie. Serjoune a une truculence qui dépasse l'entendement et un savoir encyclopédique fascinant pour son âge. Sa grand-mère, Rebecca, qui l'a élevé, avait veillé à ce qu'il devienne cet érudit reconnu, capable de subjuguer les adultes. Mais sa véritable histoire commence peut-être à Oran, à la veille de l'indépendance de l'Algérie. En effet, fin juin 1962, en plein préparatifs du référendum sur l'autodétermination, il est kidnappé.
Mais il faut dire quelques mots sur sa famille. Les Ben Badjou, juifs originaires de Constantine, ont toujours milité pour l'indépendance de l'Algérie. Le père, David, surnommé Ali le Chimiste, était un artificier attitré de l'ALN. Sa maman Sara, elle, aussi, militait aux côtés de son mari. Sa grand-mère
Rebecca, artiste-peintre et femme libre, même si elle partageait avec son fils l'amour de l'Algérie et la revendication d'indépendance, avait, cependant, un faible pour Messali El Hadj. Malgré ce clivage entre deux visions de la lutte en Algérie, les membres de la famille Ben Badjou vivaient en bonne harmonie. Le petit narrateur auquel n'échappe aucun détail n'arrive pas à prendre une position claire, partagé entre l'influence de sa grand-mère et l'engagement de ses parents. Une seule certitude l'habite : tout faire pour mettre fin à la présence française sur la terre algérienne.
Par son insatiable curiosité, il arrive à tout connaître de la révolution algérienne, même les secrets les plus dangereux. Comme ce jour où il entend sa grand-mère parler de l'assassinat au Maroc de feu Abane Ramdane.
Elle avait obtenu la bande magnétique de l'enregistrement de Hocine, le cuisinier qui a assisté à l'étranglement de l'homme du Congrès de la Soummam. Rebecca, depuis ce crime commis contre le théoricien de la révolution algérienne, a pris la décision de faire éclater la vérité et de prendre à témoin l'opinion internationale en alertant les Nations unies. C'est Serjoune qui va se charger de cacher la bande magnétique en attendant de la rendre publique. Il l'enterre près d'un puits à Djelfa où ils ont vécu près de cinq ans, avant de rejoindre Oran. Leur nouvelle vie, avec le cousin Samuel qui vient de M'Sila, ne leur plaît pas du tout. Les ravages de l'OAS ont laissé de graves séquelles dans la ville radieuse. Ils vivent dans la peur jusqu'au moment où survient l'enlèvement.
Serjoune qui jouait dans la rue est abordé par des hommes en voiture qui prétendent vendre des babioles. L'adolescent est attiré par un microscope. L'instrument scientifique l'intéresse vraiment, mais il n'a pas de quoi payer. Les hommes lui proposent alors d'en discuter dans la voiture pour éviter les patrouilles de l'armée. Au moment où il s'installe sur le siège arrière, quatre mains se saisissent de lui et le ligotent. Il se rend compte, trop tard, qu'il a été victime d'un traquenard. Conduit les yeux bandés dans une villa, il subodore que les ravisseurs sont des malfrats à la recherche de rançons.
N'ayant pas donné signe de vie, sa grand-mère part à sa recherche. Elle se rend à la préfecture d'Oran pour demander de l'aide.
Elle interroge un capitaine sur le sort de son petit-fils. Celui-ci lui répond sans détour qu'il a été enlevé par ses soins et que si elle veut revoir son petit-fils vivant, elle devra coopérer. Il lui fait remarquer qu'elle possède quelque chose de dangereux pour l'armée des frontières venant du Maroc. Elle se souvint alors de la bande magnétique apportant la preuve de l'assassinat de feu Abane Ramdane par ses camarades. Elle refuse catégoriquement de se dessaisir de cette preuve accablante, quitte à perdre son petit-fils.
Pendant ce temps, le cousin Samuel, grâce à une enquête minutieuse, arrive à identifier le lieu de détention de Serjoune. Les événements s'enchaînent par la suite à un rythme époustouflant. Lors d'un accrochage dans le quartier, des tireurs embusqués éliminent le père et la grand-mère de Serjoune. Nous n'allons pas déflorer ici les péripéties et le dénouement de ce thriller haletant de Barouk Salamé qui se lit comme un document historique en demeurant un roman du genre. L'auteur montre avec talent que des événements réels et des protagonistes authentiques, traités dans une trame imaginaire, peuvent donner naissance à une 'uvre de fiction de qualité.
Barouk Salamé, «Une guerre de génies, de héros et de lâches», Rivages Thriller, 2012.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Slimane Ait Sidhoum
Source : www.elwatan.com