La guerre autour du destin final de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie crée des dégâts collatéraux en Europe. Le risque de son prolongement n'est pas à exclure.
La réunion extraordinaire des ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne (UE) à Bruxelles de mercredi n'a, en vérité, rien apporté de nouveau dans le couffin de la Géorgie. Les 27 ministres des AE n'ont fait qu'entériner l'accord de cessez-le-feu et le retour à la situation d'avant-guerre, et qui a été présenté, lundi et mardi dernier, aux deux belligérants par le président en exercice du Conseil européen Nicolas Sarkozy. Dans le projet de communiqué final rendu public hier, en début d'après-midi, « l'UE exhorte les deux parties à respecter les thermes de l'accord » et ajoute « qu'elle est prête à s'engager sur le terrain et joindre ses efforts à ceux de l'ONU et de l'OSCE pour une solution durable ». Au même moment, la porte-parole de l'OTAN annonçait que les USA viennent de demander pour la semaine prochaine « une réunion extraordinaire des ministres des AE de l'OTAN ». Observateurs politiques et journalistes n'ont pas manquer de relever dans « l'activisme » diplomatique de l'UE certaines failles. Ainsi, si les anciens pays de l'Est, faisant partie aujourd'hui de l'UE, tels la Pologne, l'Estonie, la Tchéquie... montre leur total soutien à la Géorgie et demandent une condamnation ferme et musclée de la Russie, ceux d'Europe occidentale tels, la France, l'Angleterre, l'Allemagne... sont plus nuancés et préfèrent une position d'équilibre qui traite Moscou et Tbilissi sur un même pays d'égalité. En somme, les anciens de l'UE, dont la position a prévalu dans le projet de résolution, souhaitent jouer un vrai rôle de médiateur dans la crise et ne pas laisser apparaître de parti pris. Abordée sous cet angle, la médiation européenne ne fait rien d'autre que tenir compte de ses propres intérêts économiques et surtout énergétiques avec le voisin russe.
Plus du tiers du gaz consommé dans l'UE provient de Russie. C'est aussi son deuxième partenaire économique après les USA. C'est pour dire combien la crise entre Russie et Géorgie n'est pas circonscrite à la seule région du Caucase. Elle a des prolongements directs en Europe. D'où le caractère aventureux de l'action géorgienne en Ossétie du Sud et en Abkhazie. Mais au-delà de l'arme énergétique, la Russie a sorti, par la voix de son président et devant le représentant de l'UE, Sarkozy, un autre argument de taille. « La Géorgie est-elle sûre que l'Ossétie du Sud souhaite rester en Géorgie ? », s'est-il interrogé mardi, lors d'une conférence de presse. Avant d'ajouter : « la communauté internationale garantit le droit à l'autodétermination des peuples. A l'exemple du Kosovo... ». Vlan ! La réponse du berger à la bergère. La Russie avait, au moment de la proclamation unilatérale du Kosovo le 17 février dernier, avertit du risque de contamination dans les pays du Caucase et ailleurs. L'histoire finit par rattraper ses auteurs. La question est de savoir jusqu'où ira « l'engagement sur le terrain » de l'UE et que décideront les USA, patron de l'OTAN, la semaine prochaine à Bruxelles.
Bruxelles, si calme en ce mois d'août, renoue avec les ballets diplomatiques et les tractations de coulisses. La France, qui pensait relancer l'Union de l'Europe et plus, découvre qu'il ne suffit pas de vouloir. Il faut surtout pouvoir. Car la crise en Ossétie du Sud et en Abkhazie ne fait que commencer. Ses conséquences vont changer la donne de l'ordre géostratégique mondial.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Notre Correspondant A Bruxelles : M'hammedi Bouzina Med
Source : www.lequotidien-oran.com