«Il est désormais plus qu'urgent de mettre de l'ordre dans l'activité du Hadj et de la Omra. Une activité qui connaît depuis des années une gestion chaotique avec les déboires et autres escroqueries que les pèlerins subissent chaque année», a indiqué au Quotidien d'Oran le président du Syndicat des agences de voyages de l'Ouest (SAVO), M. Midoune Djalal Mohamed Toufik. Dans son plaidoyer pour la réforme de cette activité, M. Midoune a tout d'abord tenu à rappeler quelques faits, responsables, selon lui, de cet état de délabrement avancé que connaît l'activité. Premier élément majeur relevé par notre interlocuteur, «la création en 2008 de l'Office National du Hadj et de la Omra, un organisme relevant du ministère des Affaires religieuses, mis sur pied pour jouer le rôle des agences de voyages dans l'organisation du Hadj et de la Omra». Aujourd'hui, a-t-il expliqué, «nous restons le seul pays musulman au monde où le ministère des Affaires religieuses s'est attribué le droit d'exercer des prérogatives qui relèvent normalement des missions du secteur du tourisme». Aussi, a-t-il ajouté, cette anarchie globale trouve son origine dans d'autres anomalies qu'il est important de rappeler. «De 1984 jusqu'à 2008, soit durant une période de 24 ans, il y avait entre 350 à 400 agences de voyages activant en Algérie. Ce chiffre est passé de 2008, année de création de cet office, jusqu'à aujourd'hui (12 années) à pas moins de 3.000», a-t-il indiqué.Cette augmentation du nombre d'agences pouvait se justifier, selon M. Midoune, «si seulement cela s'était traduit par un développement conséquent de la destination Algérie». Mais force est de constater, a-t-il souligné, que «le tourisme en Algérie, en dépit de l'énorme potentiel que notre pays recèle, est resté quasiment inexistant». «Il est donc clair et évident qu'une approche de développement basé uniquement sur le nombre, au lieu de privilégier une approche par la qualité, est une méprise totale qu'il est aujourd'hui urgent de rectifier», a-t-il estimé. Et de considérer : «Seule une volonté politique forte est à même de mettre de l'ordre dans le secteur pour espérer enfin promouvoir la destination Algérie». Deuxième fait marquant souligné par le même responsable, celui modifiant la loi 99-06 qui a, selon lui, «ouvert les portes à quiconque qui veut prétendre exercer la profession d'agence de voyages». «Avant, la loi exigeait pour délivrer l'agrément à une agence de voyages un bac plus 5 dans le tourisme ou dix années d'expérience dans le domaine, dont 3 années à un poste de responsabilité. Aujourd'hui, si quelqu'un dispose d'une licence en philosophie, par exemple, il peut, sans problème, prétendre à un agrément d'agence de voyages», a-t-il dit. Ceci, a-t-il ajouté, a donné lieu à la situation qu'on connaît aujourd'hui. Une profession polluée par les non professionnels. «Et cela est dramatique pour l'image de notre pays à l'étranger», a-t-il estimé. Le Syndicat national des agences de voyages, a affirmé M. Midoune, a soumis ses propositions au ministère du Tourisme en vue de leur transmission au gouvernement. Parmi ces propositions, l'abrogation pure et simple du décret ayant modifié cette loi. Aussi, a-t-il ajouté, «ce qui a terni davantage l'image du secteur du tourisme en Algérie, c'est l'Office National du Hadj et de la Omra, qui travaille actuellement, presque exclusivement, avec des agences qui n'ont pas lieu d'exister si ce n'est ce décret controversé». «On a demandé, il y a de cela des années, à ce que le gouvernement ouvre une enquête sur la gestion de ce dossier du Hadj et de la Omra et des sommes faramineuse transférées chaque année à l'Arabie Saoudite.
On a même proposé des solutions à même de rétablir les intérêts de notre pays dans ce dossier», a-t-il révélé. Le 09 janvier dernier, rappelle le président du SAVO, «nous avons saisi par écrit le Premier ministère pour lui faire part de notre vision car on estime qu'aujourd'hui le contexte politique est favorable à un dialogue franc et sincère sur cette question, vu que l'Etat a repris le dessus sur les réseaux mafieux qui géraient jusque-là les affaires».
Avec cette Algérie nouvelle, a-t-il soutenu, «tous les espoirs sont permis et nous attendons une réplique de l'actuel gouvernement pour revoir et se pencher enfin sur cette situation chaotique qui a été créée par cet office».
«Le Premier ministre nous a répondu à travers le ministère du Tourisme lequel nous a invités mercredi dernier à une réunion qui devait regrouper tous les acteurs», a indiqué à ce propos M. Midoune. Mais «sans aucune surprise», a-t-il souligné, «ni les représentants du ministère des Affaires religieuse, ni le PDG de l'Office du Hadj et de la Omra n'ont répondu à l'invitation du ministère du Tourisme, pourtant décidée sur instruction du Premier ministre». Par ailleurs, a-t-il ajouté, «j'ai personnellement discuté avec le ministre du Tourisme en marge du Salon international du tourisme tenu dernièrement à Oran et je lui ai transmis notre vision et nos recommandations». Le meilleur argument qu'on pouvait exposer au ministre, a-t-il dit, «était visible à l'?il nu : toutes les agences exposant au salon étaient spécialisées dans le Hadj et la Omra, ou encore dans les destinations Turquie ou Tunisie. Aucun ne faisait la promotion de la destination Algérie». Cela résume parfaitement la situation qu'on s'atèle à changer, a-t-il encore affirmé. Et de marteler: «Il est temps que l'Office du Hadj et de la Omra se limite à s'occuper des questions cultuelles et culturelles. L'Office n'a pas à vendre des produits touristiques car cela exige des compétences et un savoir-faire qu'il n'a pas». Autre question sur laquelle il est temps de se pencher, a-t-il poursuivi, «celle relative à la taxe de 2500 dinars que l'Office a instaurée et perçue pour chaque pèlerin depuis 2008 à ce jour. Un petit calcul qui prend en compte le nombre moyen de 350.000 pèlerins enregistrés chaque année en Algérie, nous donne en 10 années seulement un montant avoisinant les 8,75 milliards de dinars qui vont dans les caisses de l'Office du Hadj et de la Omra sans aucune contrepartie ni même un reçu de paiement aux agences de voyages».
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Houari Barti
Source : www.lequotidien-oran.com