
Rares sont les artistes qui, outre leur pratique, écrivent sur leur art. Le cinéaste Ali Akika est de ceux-là. Né en 1945 à Jijel, il vit en France depuis 1965 où il a étudié l'économie politique avant de devenir critique de cinéma, puis réalisateur. Il nous a fait parvenir un texte sur l'émotion dans le documentaire et la fiction (lire ci-contre). Il y débouche sur le film L'Oranais de Lyès Salem et les attaques qu'il a subies avant même d'être proposé au public, comme si celui-ci était incapable d'apprécier une ?uvre et de se forger une opinion. Akika apporte un éclairage intéressant sur la distinction entre fiction et documentaire.Au-delà du film évoqué, la confusion entre les deux genres est une calamité pour notre cinéma, comme pour l'ensemble des expressions littéraires et artistiques. En effet, s'il est admis qu'une fiction, même fantastique, s'inspire souvent du réel, elle reste, en tant que produit de l'imagination, un «mensonge» (dixit Akika) qui ne peut prétendre qu'à une signification symbolique.Il est un film du grand réalisateur allemand, Fritz Lang, qui s'intitule L'Invraisemblable vérité (1956). Son titre nous suggère que si la réalité peut être invraisemblable, la fiction ne peut être que vraisemblable, soit ressembler à la réalité pour nous faire adhérer à l'?uvre, quelle qu'elle soit. L'art n'est pas la réalité. Sinon, il n'existerait pas.En Algérie, faute d'une industrie du cinéma, la pénurie de films a entraîné un terrible phénomène : on attend souvent du prochain, si attendu, qu'il soit l'expression complète, absolue et fidèle du réel ! C'est que nous sommes frustrés de notre propre image et que, longtemps, l'art a été instrumentalisé, réduisant les ?uvres à des discours.Par les pouvoirs successifs, en tant que propagande, mais aussi par certains artistes, en tant qu'expression contradictoire. Ainsi a-t-on oublié qu'un scénario n'est qu'une histoire et que ses personnages ne sont pas des prototypes sociologiques. Si Hassen Terro, écrit et joué par Rouiched et réalisé par Lakhdar-Hamina en 1967 (cinq ans après l'indépendance) était sorti aujourd'hui, il y aurait sans doute des gens pour réclamer son interdiction. On les entendrait clamer que le film présente les Algériens comme un peuple de poltrons.A l'époque, où la majorité de la population avait combattu pour l'indépendance, d'une manière ou d'une autre, personne ne s'était avisé de le penser. Bien au contraire, en montrant un peureux, le film démontrait qu'il fallait bien du courage pour s'engager et il sublimait indirectement celui des moudjahidine. Est-ce donc l'intelligence qui a reculé, ou seulement la vision de l'art 'Ou alors pire, la bonne foi ' Mais avec l'invraisemblable mais réel appel à l'extermination physique de Kamel Daoud, c'est plutôt la foi du pire qui s'impose. Celle qui n'est pas une foi mais de la haine pure qui veut remplacer la pensée et l'échange humains par l'appel du sang. L'Algérie a déjà donné.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ameziane Ferhani
Source : www.elwatan.com