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France : une jeunesse «métaversée»



Décidément, la France et les Français n'arrivent pas, ou ne veulent pas, à assumer leur histoire pourtant bien riche en péripéties souvent tragiques dont plusieurs faites d'émeutes, de révoltes, de jacqueries, de massacres, d'assassinats de dirigeants et de quelques révolutions. Elle a vécu, aussi, des guerres civiles et religieuses parmi les plus sanglantes de l'humanité. Ceci dit sans parler des crimes coloniaux. Il est vrai que pour assumer, il faut comprendre, mais pour comprendre, il faut savoir. Et pour savoir, il faut vouloir. Et pour vouloir, il faut ne pas exclure.Or, il appert qu'Outre-mer, soit il y a trop de savoirs d'où une flopée de théories face à chaque problème, soit trop d'ignorance, amenant une foultitude de «défauts de jugement» d'où des réactions radicales et d'exclusion, les plus enragés étant, comme toujours, cultivant le complexe du «colonisé aigri et revanchard», pour la plupart descendants de pieds-noirs et de membres de l'OAS et de quelques harkis.
Les dernières émeutes, d'abord parisiennes puis nationales (ayant même légèrement débordé un peu sur la Belgique et la Suisse), ont montré que la grande majorité des émeutiers était composée de très jeunes, presque encore des enfants (entre 13 et 18 ans) et seulement 10% des milliers d'interpellations n'étaient pas de nationalité française et seulement quelques jeunes au prénom à consonance «arabe».
Et pourtant, les réactions des journalistes et autres consultants (et certains politiques) ont, pour la plupart, pris pour cible (la plus facile, l'incontournable, cela va de soi) l'»immigration», cette «mal assimilée», celle qui «ne souhaite pas s'intégrer», celle «qui veut imposer ses valeurs religieuses» (islamiques), etc. «L'enfer, c'est (toujours) les autres !» Ajoutez-y la baisse en audimat des débats sur le conflit russo-ukrainien.
Au-delà du racisme ambiant (et historique) qui règne dans le corps des services de sécurité et du meurtre du jeune Français Nahel (qui avait certainement un physique d'»immigré»), on oublie, Outre-mer, que les émeutiers de juin-juillet 2023 ne sont que les fruits d'un ras-le-bol d'une bonne partie de la jeune population française, de toutes les souches, s'estimant oubliée, exclue, sinon méprisée par un Etat au libéralisme économique profitant surtout à un Establishment déjà bien nanti. On oublie le rôle démesuré de la police -à l'histoire déjà bien chargée de dérives, tout particulièrement ces sept dernières décennies- dans le paysage politique français. On oublie, aussi, que les nouvelles populations de jeunes, celle des banlieues défavorisées comme celle des quartiers résidentiels, sont désormais connectées et «métaversées», nourrie de spectacles et de jeux offerts par les Nouvelles formes de communication, donc vivant une autre réalité, celle du virtuel, un monde où tout est possible, où tout est permis, sans haine mais aussi sans amour. D'où une insurrection sans mots, sans revendications, avec une fièvre incandescente, mélangeant les crises : sécuritaire, sociale, politique et éducative. Bien sûr il y a, comme toujours, quelques excités, peut-être manipulés (suivez mon regard !) ou non, criant «Allah ou Akbar» ou «One, two, three, viva l'Algérie», mais cela est très marginal. Comme il y a des «analystes» (à l'image de Messiah, Zemmour, Bardella, Menard, Driancourt et Cie, pour la plupart descendants d'»immigrés») tout aussi «excités» pour lesquels, comme le dit (si mal) Pierre Vermeren, un soi-disant historien spécialiste ('!'!) du Maghreb, «ces émeutes constituent le revival fantasmatique d'une mini-guerre d'Algérie : la lutte contre la « France coloniale » (sic !) et ses forces de l'ordre. Les événements ont démarré pendant l'Aïd el-Kébir. En 2005, les émeutes avaient commencé en plein ramadan. La fête religieuse n'est pas la cause, mais l'occasion, d'une sur-mobilisation communautaire et identitaire». Du n'importe quoi ! A la limite du débile.
Pour conclure, les nantis et les pouvoirs politiques et médiatiques en place et dominants en France ont une démarche et une pensée dépourvue de toute intellectualité et totalement décalée. Pire que conservatrice ! Ressemblant à celle qui prédominait durant les années 60, lorsqu'on ne voulait pas comprendre et assimiler la partie la plus jeune de sa population, ce qui avait débouché sur la révolution sociétale de Mai 68. L'»Arabe» et l'« Islamiste » n'existant pas encore, on avait alors accusé «la main étrangère», Daniel Cohen Bendit étant le leader : Allemand et juif de plus, il avait, bien qu'aussi Français, toutes les qualités, sinon bien plus, de l'«immigré».
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