”ƒ En parlant de projets livrables à courte échéance, il est faux de croire que tout est bien en place, le nouveau wali n'ayant qu'à appuyer sur une touche pour valider et réceptionner. Il y a dans cette situation qui consiste à croire que tout est fin-prêt un certain effet de vérité illusoire, un effet de réitération. Cette tendance à croire qu'une information est correcte après une exposition répétée, surmédiatisée.
On a eu droit tout récemment à un exemple qui illustre de fort belle manière ce décalage entre l'idée communément admise et la vérité crue, entre ce que l'on soutient comme vrai et ce qui l'est vraiment : la station de dessalement de l'eau de mer de Cap Blanc. Quand Samir Chibani a été officiellement installé dans son poste de wali d'Oran, le 1er décembre, ce projet était déjà annoncé pour quasi-achevé et incessamment exploitable. L'effet avait bien fonctionné : avec un taux d'avancement surestimé au départ, la répétition des visites de supervision -à une fréquence croissante- rendait l'information actualisée «crédible» car ceux qui la recevaient se basaient sur le fait que la nouvelle information était en accord avec leur compréhension ou qu'elle leur apparaissait logique. L'on a généralement tendance à comparer les nouvelles informations avec ce que l'on sait déjà être vrai. A telle enseigne que d'aucuns pensaient que le nouveau chef de wilaya n'avait, en guise d'essai technique, qu'à appuyer sur le bouton pour voir l'eau salée et impure de la mer sortir douce et potable de l'autre bout de la machine de désalinisation à haut débit.
Fiabilisation des données et contre-inspection du projet de Cap Blanc
Avec son sens empirique et son esprit avisé, en vieux routier de «la Locale» et ancien directeur d'études à la présidence de la République, Samir Chibani, loin de cautionner les yeux fermés les chiffres et les échéances déjà communiqués - et bien consommés par certains - a consacré sa première sortie à la tête de la wilaya d'Oran au méga-chantier hydrique de Cap Blanc, le 3 décembre. Non sans avoir préalablement passé au peigne fin tous les éléments d'information sur l'avancée du projet, à coups de séances d'analyse de tous les dossiers y afférents, de briefings avec les responsables locaux concernés et de communications avec Alger. Il fallait donc pour le nouveau premier administrateur de la wilaya fiabiliser les données, via un ensemble de processus de vérification d'intégrité, de conformité et de consolidation des données et d'actualisation des informations brutes collectées, dans le but d'obtenir une data-base sûre lui permettant la prise de bonnes décisions pour pouvoir aller de l'avant. En fin d'une visite de contre-inspection «a minima» en termes de délégation médiatique accréditée pour la circonstance, le wali d'Oran, tout en soulignant le grand effort qui y avait été consenti sous la houlette de son prédécesseur, a déclaré compendieusement devant trois micros : «Nous nous sommes enquis aujourd'hui de l'évolution de ce projet initié par le président de la République, auquel il accorde un suivi diligent et régulier. Nous avons ainsi constaté que les travaux en sont à 89% d'avancement. Il reste donc 11%». Faisant preuve de pragmatisme, le chef de l'exécutif local a poursuivi : «Il y a lieu de noter, cependant, qu'il existe quelques contraintes, qui sont indépendantes de notre volonté et qui concernent notamment les équipements importés se trouvant au niveau du port. Vous n'êtes pas sans savoir les grosses difficultés que connaît le transport maritime international avec leur lot de problèmes en termes de retards dans l'acheminement et donc dans la livraison et le dédouanement, et c'est ce à quoi nous nous employons. Le message que nous voulons transmettre à nos citoyens de la wilaya d'Oran, et là je mentionnerai particulièrement la population d'Oued Tlélat, c'est que nous travaillons d'arrache-pied en mettant tout en œuvre pour mener à bien ce projet et le mettre en service le plus tôt possible afin de venir à bout du problème de distribution d'eau au niveau du Grand-Oran et dans certaines wilayas limitrophes. Alors nous remercions Dieu, et ce quand bien même nous avons encore des réserves à l'égard des échéances qui nous ont été livrées par les responsables du projet, à qui nous exprimons notre compréhension et notre accompagnement sans faille en tant que pouvoirs publics, tant à l'échelle locale qu'au niveau central».
Les assurances assorties de réserves du Wali Samir chibani
Y a-t-il donc matière à revoir le planning d'exécution du chantier en cette phase finale pour s'adapter aux difficultés et autres contraintes survenues dans l'intervalle, dont en premier lieu les aléas dus aux retards d'acheminement des équipements (contraintes techniques et matérielles) ? Une telle révision, si le besoin d'y recourir s'avérait impératif, entrainerait de fait un glissement du délai contractuel de livraison du projet, dont on ne sait rien à part le fait que la réception et la mise en service de cette station de dessalement relevant d'un programme présidentiel de cinq SDEM d'une capacité de 300.000 m3/j chacune (Cap Blanc à Oran, Fouka à Tipaza, Cap Djinet à Boumerdès, Koudiet Draouche à El-Tarf et Tighremt à Bejaïa) visant à satisfaire les besoins en eau potable des habitants des wilayas côtières sous le grand seau stratégique de la sécurité hydrique nationale, a pour échéance «politique» le 31 décembre 2024. Dimanche 8 décembre, soit cinq jours plus tard, une rencontre «prise de contact» avec la presse locale a été mise à profit par le nouveau wali pour donner plus d'échos à l'info du jour concernant aussi bien les aléas et les imprécisions liés au chantier de la SDEM de Cap Blanc que les tares et les défaillances mises à nues sur la conduite d'AEP Tafna. Evidement, le rendez-vous ne se voulait ni un procès parallèle sur «qui n'a pas fait quoi» pour forger une quelconque idée dans le microcosme ni une séance de critique rétrospective, mais avait pour seul but de transmettre des messages en horizontal et en vertical -jugés très importants par le nouveau gouverneur d'Oran- dans le seul intérêt des citoyens en matière d'eau potable. Or, fallait-il quelque part aussi prendre à témoin l'opinion publique, ici et ailleurs, sur l'inexactitude de cette image fraîchement peinte et exposée sur tous les murs de galerie, en l'occurrence que la solution du problème hydrique à Oran serait à portée de doigts. Plus juste, plus vraie, serait l'image brossant un grand parcours déjà accompli dans cette perspective mais qui a besoin d'être ajusté, renforcé, valorisé, suivi et poursuivi pour le faire aboutir. Et c'est justement ce processus continu et ininterrompu d'actions, petites et grandes, avec chemin faisant des modifications, des rectifications, des réajustements, des perfectionnements et des plans B à opérer sur le mécanisme, qui caractérise essentiellement l'acte de gestion publique, plus que tout autre domaine de l'activité humaine.
Projet du Village scientifique : le plus dur reste à faire
On peut translater, sans risque d'erreur, cet état de fait sur d'autres projets, tous secteurs confondus «vendus» à l'opinion comme étant livrables dans un horizon proche : «courant 2025» pour reprendre cette échéance qui revenait en boucle au gré des annonces. Prenons à titre de simple exemple, le fameux Village scientifique projeté au lac salé de la Sebkha de Dayat Morsli. Rien à dire sur la grandeur et l'originalité de l'idée : un projet assez futuriste sans pareil en Algérie et bien au-delà, à la croisée des chemins entre musée-laboratoire grandeur nature et parc de culture-loisir. Le plus important, c'est qu'il s'agit là d'un projet, en vrai, et non d'une vue d'esprit emballée dans du papier estampillé «Modernisation et Métropolisation d'Oran» comme ce fut le cas bien souvent dans un passé révolu. A en juger des quelques éléments qui ont filtré de l'étude ficelée et remise par le maître d'œuvre, un groupement de bureaux d'études spécialisés, au maître d'ouvrage délégué par la wilaya, la DTP, on ne peut qu'admirer l'œuvre. Cinq bâtiments d'un design inédit, des espaces verts à perte de vue, des aires de repos, de loisir, de sports nautiques, des parcours de promenade, des centres de commerce, une grande salle de cinéma Imax de dernière génération, un parc zoologique, un jardin botanique... Un havre de paix à la croisée des chemins entre village scientifique, musée-labo grandeur nature et parc de loisirs, ce futur site qui sera géré par l'Université d'Oran aborde la science sous le prisme du divertissement, avec pour vocation de rechercher, d'instruire, d'étonner, de s'amuser, tout en se cultivant, au travers de moyens immersifs et innovants, comme la réalité virtuelle et les présentations multi-sensorielles et émotionnelles.
Frange maritime de la pénétrante du port : commencer par la fin
Mais il faut tout de même revenir sur terre et rappeler, si besoin est, que ce projet annoncé pour la première fois fin 2023 n'en est encore qu'en phase procédurale de confection du cahier de charges. Pour autant qu'on sache, même le financement n'y est pas encore. Gageons que tout a été prévu en matière de budgétisation afin de lancer l'avis d'appel d'offres pour la réalisation dès la disponibilité des fonds, dont on ne connaît pas pour l'heure les sources. Quoi qu'il en soit, le wali Samir Chibani n'hérite pas, là non plus, d'un projet prêt-à-porter avec un bouton de mise en marche collé dessus, comme certains croiraient par naïveté peut-être. On peut continuer à surfer sur les mêmes vagues et faire un tour cette fois-ci - pourquoi pas ? - du côté de la pénétrante du port. Non pour retrouver le doux bruit des vagues, le scintillement de l'horizon marin et l'odeur de l'air iodé tout en profitant certes du géométrisme et des effets lumineux et signalétiques d'une route chef-d'œuvre qui marche sur l'eau par enrochement sur mer, transperce le rocher par tunneliers, se glisse dans une vallée rocailleuse par viaduc dallé et se noie ensuite dans un environnement marin autant relaxant qu'inspirant.
Mais plutôt juste pour rappeler que là aussi, et peut-être même un peu plus qu'ailleurs, il y a eu des effets d'annonce qu'il appartient à l'actuel wali d'en assumer la concrétisation. En l'occurrence, l'aménagement de la nouvelle frange marine créée sur son passage par la pénétrante portuaire. Il était question en effet, d'après les annonces, de «certaines opérations à brève échéance d'ordre paysagère et esthétique, dont le traitement du talus et du massif rocheux, les cascades artificielles, les jets d'eau, la végétalisation des bordures et le reboisement des espaces dégarnis. Un port de plaisance est également prévu éventuellement sur fonds de l'Etat ou, à défaut, il sera procédé à un appel à manifestation d'intérêt (AMI) dans le cadre d'un projet promotionnel plus global et intégré. L'hôtel ‘Four Point by Sheraton' est également concerné par le processus, du moins au niveau de l'assiette de terrain qui lui est concédée en vue de la réalisation d'une station balnéaire intégrée comprenant un centre de thalassothérapie». Fin de citation.
Assumer ce dont on a hérité, projets et annonces tout à la fois
Dans ces aménagements, la valorisation d'un foncier disponible, bien placé, et la capitalisation sur l'image et l'imaginaire positifs de l'eau ne suffisent plus. La question de la réversibilité des aménagements ou, tout au moins, du maintien d'une certaine vocation maritime compatible avec la ville et l'exemplarité environnementale de ces projets sont aujourd'hui au cœur des réflexions à travers le monde. Les places portuaires peuvent être définies comme l'interface entre les espaces maritimes et continentaux, dépassant largement l'arrière-pays des villes, ouvert sur le monde d'un côté, parfois sur un continent de l'autre. Mais à l'intérieur même de cette interface, il en est une autre, mouvante au cours des temps, qui est celle de la limite entre le port et la ville. Sous un double phénomène d'évolution de l'organisation portuaire et de pression urbaine, certains espaces doivent changer de vocation. C'est le cas du site longeant la pénétrante du port d'Oran.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : le wali sur l'avancement des projets: Réserves sur l'échéancier de la station de Cap Blanc pour commencer
Source : www.lequotidien-oran.com