
Djamil Benhamamouche, neveu de Alloula, a monté cette pièce, assisté de la fille du défunt dramaturge Rihab, en 2011. La pièce a été représentée sous une forme quelque peu rafraîchie, samedi soir au théâtre régional de Sidi Bel Abbès à la faveur du 9e Festival culturel du théâtre.Les jeunes comédiens Youcef Gouasmi, Amine Habib Hadef et Malik Benchiha ont interprété deux récits, La médaille et Le devoir national à travers lesquels Nesin se moquait des pouvoirs et dévoilait leurs travers, leur hypocrisie et leur vulnérabilité. Dans La médaille, un souverain décide de décorer ceux qui se rapprochent de lui pour faire oublier la misère et la famine qui ravagent son royaume.La vache, le mulet et l'âne se rendent chez le monarque pour avoir la médaille. L'âne rappelle au roi que sans lui et ses semblables, il n'aurait jamais pu gouverner ! Dans Le devoir national, Hacen, un ancien voleur à la tire, est convoqué par Lahouel, le chef de la police, pour «une mission d'importance nationale». Il doit subtiliser des objets à des étrangers venus dans le pays pour voir de près «ce qui va et ce qui ne va pas».Comme tout fonctionne à l'envers dans ce pays livré aux vents, la police se chargera de restituer les objets volés sur commande aux étrangers. «Comme ça, ils diront que la police est efficace et fait son travail», confie Lahouel. Il faut bien garder la face devant les étrangers, les autres ! Aziz Nesin, qui a été à plusieurs reprises emprisonné en Turquie dès la fin des années 1940, était un dramaturge contestataire. Il se distinguait par de petits récits, dans lesquels il critiquait les régimes politiques et l'ordre social et moral.Il a notamment écrit Un fou sur le toit, Le socialisme arrive, garez-vous et Les gens se réveillent. A des niveaux différents, la prestation des trois comédiens était respectable sur une scène presque nue avec la présence de deux accessoires seulement (une chaise et un bendir).La référence à la méthode de Jerzy Grotowski est évidente. Le metteur en scène n'a, par contre, pas fait preuve d'une grande imagination dans la pièce. Il s'est, par exemple, contenté d'un petit effet d'éclairage pour passer d'un récit à un autre. L'approche dramaturgique de Abdelkader Alloula était présente mais pas au point de traduire scéniquement la force verbale de l'auteur de Lejouad.La démarche «travail d'ateliers» était parfois visible sur le plateau également. «L'oreille a vu et l''il a écouté. Nous avons adopté une expression plus contemporaine avec une présence du corps. Le goual dans cette pièce travaillait avec la gestuelle, la voix, le chant et tous les autres outils possibles.Nous ne nous sommes pas contentés de la narration parce qu'il est souvent dit que le théâtre de Alloula est d'abord narratif», a déclaré Youcef Gouasmi. Selon lui, le théâtre algérien doit s'appuyer davantage sur l'acteur et ses capacités en raison des limites techniques des salles. «Cette pièce, par exemple, peut être jouée partout en Algérie, dans les villages, les douars. Nous n'avons pas besoin de beaucoup de moyens, il suffit d'un peu d'éclairage. Tout est supporté par le comédien», a-t-il déclaré. Quissas Nesin est, pour rappel, une production de la Fondation Alloula qui est basée à Oran.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Fayçal Métaoui
Source : www.elwatan.com