L'obésité gagne du terrain dans notre pays. Avec elle, beaucoup de maladies liées à l'assiette. Le diabète, le cholestérol, etc. Hier s'est ouvert à Oran un congrès scientifique sous le thème «Comment bâtir une culture de consommation saine et rationnelle» organisé par la Fédération algérienne des consommateurs et réunissant des associations de consommateurs de plusieurs pays arabes. Pris à la lettre, le thème ne limite pas les travaux du congrès à l'alimentation mais à la consommation dans son sens le plus large et à la culture qui s'y rattache. Contentons-nous, cependant, d'aborder le volet de la «mal bouffe» qui sévit chez nous. Nos scientifiques réunis à Oran vont certainement commencer à dater le phénomène s'ils aspirent à répondre à la question objet de leur thème. Un thème sous forme d'interrogation mais qui contient en même temps la réponse. En effet, et s'il est avéré qu'il faut «bâtir une culture de consommation», cela suppose qu'elle n'existe pas, sinon il aurait fallu dire: «Reconstruire». Dans le cas de notre pays, cette absence de culture de consommation plonge ses racines dans notre histoire. Avant l'Indépendance, l'obésité, le cholestérol et, à un degré moindre, le diabète n'étaient pas des maladies dont souffraient le plus les Algériens. La raison est simple. Pendant des siècles, l'Algérien, dans sa condition de colonisé, n'avait d'autre alimentation que celle qui lui permettait de survivre. Il était plus familier avec les tiraillements de la faim qu'avec les mets variés et riches en protéines animales. Refoulé à l'arrière-pays où il «grattait» une terre ingrate, son menu était invariablement toujours le même. Un menu limité aux céréales, agrémenté de quelques fruits résistants aux dures conditions de la nature comme les figues «de barbarie» et les figues qui étaient séchées pour tenir 365 jours. Ses seuls moments de bombance étaient limités aux repas de fêtes avec le rituel couscous pour les uns, la doubara ou la tchekhtchoukha pour d'autres. Selon les régions, mais c'était toujours à base de céréales. Cette alimentation, quand il en disposait et qui ne variait qu'exceptionnellement, avait cet avantage de lui épargner les maladies dont on se plaint aujourd'hui comme l'obésité et le cholestérol. Il n'y a pas lieu de s'interroger sur les raisons de l'absence de gastronomie ni sur l'art de la table qui font partie de cette culture débattue au congrès d'Oran. Ce n'est qu'à l'Indépendance que l'Algérien a été délivré de la faim qui troublait son sommeil. Depuis, il a accès à la quantité. Juste la quantité. Que la quantité. Ni son palais à la perception limitée ni les recettes d'une gastronomie qui lui étaient inconnue, ne lui permettaient de prendre conscience de l'exigence de qualité. Aux mhadjeb et autres karantitas dont il se gavait aux premières années de la libération ont succédé les chawarmas, les pizzas et hamburgers exagérément surmontés de mayonnaise et de ketchup. Beaucoup de foyers, les jeunes ménages surtout, dînent avec des pizzas, des poulets rôtis achetés dans le commerce. Les fritures aussi ont la cote par la facilité des plats qu'elles offrent. L'économie d'huile qui était de rigueur avant l'Indépendance ayant disparu. C'est pourquoi aussi la pomme de terre est consommée en Algérie plus qu'en Allemagne où sa consommation a toujours été très forte. La limonade qu'on servait à l'époque dans les plus petites tasses à café les jours fastes, coule à flots aujourd'hui. C'est pourquoi aussi, seul le prix de la pomme de terre fait bondir le consommateur algérien mais pas celui de la carotte ni de la salade. Pour «bâtir une culture de consommation» il faut impérativement commencer le travail au berceau. Celui qui connaît l'histoire du peuple algérien n'a point besoin de congrès scientifique pour savoir pourquoi il se nourrit mal.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Zouhir MEBARKI
Source : www.lexpressiondz.com