Oran - Revue de Presse

Face à la Russie le désarroi européen



Les conclusions du rapport de l'OSCE sur la crise en Ossétie du Sud accusent gravement la Géorgie. Il est question de crimes de guerre. Que fera le Sommet européen de ce jour qui s'ouvre à Bruxelles ?

La réunion, ce lundi à Bruxelles, des 27 chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne (UE) consacrée à l'examen de la crise qui oppose la Russie à la Géorgie sur la question de l'Ossétie du Sud aboutira-t-elle à une position commune de l'Union face à la Russie ? Rien n'est moins sûr.

Et pour cause, des fuites (voulues ?) du rapport des experts de l'Organisation pour la sécurité et la coopération européenne (OSCE) qui servira de base de discussions du Sommet, accusent clairement la Géorgie d'avoir planifié l'attaque contre l'Ossétie du Sud, et plus grave, le rapport dont le journal allemand «Der Spiegel» a promis d'en faire écho dans son édition de ce lundi, accuse l'armée géorgienne de «possibles crimes de guerre» à l'encontre de populations russes de l'Ossétie du Sud. Par ailleurs, le Premier ministre Vladimir Poutine a dans une interview accordée à la télé allemande ARD accusé l'administration américaine de George Bush de complicité. «L'administration américaine - la Maison Blanche - était certainement au courant de l'opération géorgienne», a-t-il affirmé. Cela explique-t-il l'intransigeance russe face aux demandes européennes de retirer ses forces militaires de la province ossète ?

A 24 heures de l'ouverture du Sommet présidé par la France, des lignes de fracture apparaissent dans les rangs de l'UE quant à un accord sur d'éventuelles sanctions contre la Russie. La Grande-Bretagne, l'Allemagne et une partie des ex-pays d'Europe de l'Est ne veulent pas entendre parler de sanctions et plaident pour un dialogue ouvert avec Moscou, dialogue qui préserve les intérêts des uns et des autres. Car, faut-il rappeler que la dépendance énergétique (gaz) de Moscou varie d'un pays à l'autre.

Si la France consomme environ 25% du gaz russe, les pays d'Europe centrale et orientale en dépendent jusqu'à 75%. La Pologne importe 90% de son gaz de Russie ! De même, le géant gazier russe Gazprom détient des actifs dans plusieurs sociétés européennes de distribution de gaz (Italie, Autriche...).

Ainsi, il n'est pas exclu de voir dans les déclarations de la France pour de possibles sanctions économiques contre la Russie, rien d'autre qu'un discours pour sauver les apparences en sa qualité de présidente de l'UE jusqu'au 31 décembre prochain. Et puis, l'UE est liée par un accord de partenariat stratégique débuté en 2000 et réaffirmé durant bien d'autres sommets UE-Russie. C'est que lors de ces rencontres, notamment le Conseil européen de Séville (Espagne) de juin 2002, les deux partenaires se sont engagés à résoudre les conflits latents du Caucase par le dialogue et sous les auspices des Nations unies. La Russie avait fait part de ses inquiétudes de la situation en Ossétie du Sud et en Abkhazie, mais également en Transnistrie et dans le Nagorny Karabakh. L'UE et la Russie s'étaient entendues sur une feuille de route qui responsabilise les deux partenaires dans la résolution de ces conflits sous le contrôle de l'ONU et de l'OSCE. C'est pourquoi la Russie estime que la responsabilité de l'Europe est entière dans la persistance des tensions dans la région du Caucase.

Depuis son indépendance en 1999, la Géorgie n'a cessé de faire pression sur Moscou pour annexer, contre la volonté de ses peuples, l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie, sans pour autant que l'UE intervienne, conformément aux accords de Séville. Avec l'Europe qui s'est rangée sur la position américaine pour la reconnaissance de l'indépendance du Kosovo le 17 février dernier, Moscou a compris le jeu trouble de l'Union et s'est décidé à agir, s'il le faut seul, pour défendre ses intérêts géostratégiques dans le Caucase et toute l'Asie mineure. Elle, la Grande Russie, première puissance mondiale nucléaire, premier partenaire économique de l'UE a tous les moyens de préserver son espace vital face à une Europe qui peine encore à construire une politique étrangère et une défense communes. Le Sommet de ce jour à Bruxelles ne peut faire plus qu'une déclaration de principe. Comme c'est souvent le cas lorsque l'adversaire n'est pas un pays pauvre du tiers-monde.


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