Cris, larmes, début d'émeute et… d'incendie, hier, en début d'après-midi,
dans le haut Hussein-Dey, à deux pas de la maison de la presse.
Le climat était tendu depuis la matinée, la force publique étant présente
pour faire appliquer une décision de justice ordonnant une expulsion. Dans le
quartier, les jeunes étaient de «tout cÅ“ur» avec la famille Bouhadjar qui
habite les lieux depuis les années soixante. Dans cette modeste villa, située
dans le lieu-dit «Campagne Grebici», la famille s'est étendue et multipliée.
L'application de la mesure d'expulsion est donc un drame pour plusieurs
familles. Dans la maison, les femmes, debout sur le balcon, semblaient décidées
à ne pas quitter leur maison pour la rue… Les jeunes de la famille avaient une
détermination désespérée.
Difficile, à défaut
d'informations circonstanciées, de comprendre comment un propriétaire, surgi de
nulle part, est venu réclamer un bien que la famille occupait «depuis
toujours». Dans toute la zone, les gens ont acheté chez les Grebici et ont
essayé de régulariser la situation par la suite. Beaucoup continuent à faire
les démarches en vue de cette régularisation. Que s'est-il passé pour la
famille Bouhadjar, nul ne le comprend, les versions sont multiples… Pour tous
les membres de la famille, jeunes et moins jeunes, l'affaire est un vrai drame.
La tension qui était dans l'air va exploser aux alentours de 14 heures quand
les forces de l'ordre, présentes depuis la matinée, ont décidé de passer à
l'action en compagnie d'un huissier de justice. Les femmes hurlent de désespoir
et suscitent chez les voisins des réactions de sympathie.
Des jeunes en colère
Les jeunes du quartier échauffés
par «l'injustice subie par une famille de modestes gens» passent à l'action en
érigeant des barricades avec des pneus en flammes. Le climat tourne à l'aigre.
Les forces anti-émeute chargent
tandis que de la maison les cris se font plus stridents. Un pneu enflammé tombe
au milieu d'un terrain, celui de «Grebici» situé en face de la maison et qui
serait, lui aussi, objet d'un litige. Le feu prend, s'étend et menace
sérieusement les habitations aux alentours. Les habitants des immeubles
mitoyens de la maison de la presse s'alarment.
Certains descendent dans la
fournaise pour essayer avec des moyens dérisoires de stopper un feu qui menace
de s'étendre aux arbres situés à quelques mètres des habitations. Plus personne
ne songe au drame de la famille en instance d'expulsion et qui ne sait pas où
elle passera la nuit.
Le feu s'aggrave et une épaisse
fumée contribue, l'espace de longues minutes, à couvrir le drame des Bouhadjar.
L'angoisse des habitants qui s'affairaient contre le feu va durer longtemps
avant que les pompiers n'interviennent. Dans la maison du drame, les femmes
continuent de crier à la «hogra». Mais après une quasi-émeute et un début
d'incendie, les forces de l'ordre décident d'en finir. La maison est envahie.
Les habitants, en larmes, sont mis dehors. Les meubles suivent. L'expulsion est
exécutée avec fermeté mais sans brutalité. Les expulsés restent sur les lieux.
Les forces de l'ordre aussi. Dans un face-à-face tendu avec les jeunes du quartier
qui disent à qui veut les entendre que le «nouvel habitant» ou «l'usurpateur»
ne sera jamais le bienvenu dans le quartier.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : M Saâdoune
Source : www.lequotidien-oran.com