La salle d'exposition du musée Zabana abrite en ce moment une exposition de planches originales de quelques romans graphiques (également exposés) espagnoles avec une version en arabe pour donner une idée des thématiques privilégiées par les représentants et représentantes (quoique minoritaires) de toute une génération d'auteurs de bande dessinée de ce pays du sud de l'Europe.Les exposants, sont soit détenteurs de prix prestigieux en Espagne ou ailleurs dans le monde, soit ayant cumulé un parcours qui leur confère une reconnaissance de la part de leurs pairs. C'est particulièrement le cas de Paco Roca qui expose «Arrugas» (Rides), ?uvre avec laquelle il a eu énormément de succès pour un sujet pourtant délicat qu'est celui de la vieillesse et de la maladie d'Alzheimer. Subtile et drôle, l'ouvrage a été adapté en film d'animation par Ignacio Ferreras. Le thème de la guère civile espagnole mais aussi la vie imaginaire du grand peintre Salvador Dali font partie de ses centres d'intérêt.
Plus intimiste est par contre l'univers dépeint dans Ardalen par Miguelanxo Prado, une véritable poésie sur le déracinement à travers la rencontre de Sabela ,une jeune femme en quête de ses racines avec Fidel, un vieux marin, ancien immigré qui revient vivre là où il avait grandi. Rehaussée par un graphisme exceptionnel, des dessins élaborés, presque des tableaux de peinture, l'intrigue confond souvenirs réels, vie rêvée ou inventée à la limite du fantastique.
Jan Diaz Caneles est réputé de son côté pour être un scénariste de BD et son ouvrage exposé «Como viaja el agua» (Au fil de l'eau) représente son premier album en tant qu'auteur complet. Un univers en noir et blanc, référence au roman noir des années 1950 et où les scènes se déroulent dans un environnement particulier évoquant par exemple certains quartiers de Madrid, la capitale espagnole où il naquit en 1972.
L'atmosphère est encore nettement plus sombre dans l'?uvre La balada del norte (La ballade du nord) d'Alfonso Zapico qui s'est intéressé à la grève et la révolte des mineurs ayant éclaté en 1934 dans le nord du pays (Asturies). Sur fond dune histoire d'amour impossible, l'auteur traite aussi des conditions difficiles dans lesquelles vivaient les mineurs et leurs famille, des conditions qui rappellent le roman Germinal de l'écrivain français Emile Zola.
Javi Rey, né à Bruxelles en 1982 mais qui a grandi et vit à Barcelone, devrait intéresser le public algérien car c'est à lui qu'on doit Un maillot pour l'Algérie, une bande dessinée documentaire et historique sur la glorieuse équipe de football du FLN, un album de 136 pages paru en 2016. Cependant dans cette exposition c'est son autre ouvrage intitulé Intempérie qui est exposé. Sinon, place à l'aventure avec José Luis Manuira avec les Cambell, une bande dessinée drôle et ludique dans la pure tradition des aventures de piraterie avec ses intrigues et ses retournements de situation.
Sur un tout autre registre, Emma Rios est réputée pour être l'une des rares bédéistes espagnoles à entrer par la grande porte sur le marché des comics américains pour avoir, à titre indicatif, illustré plusieurs histoires dont D Strange ou Spiderman. Elle a dû laisser de côté une carrière prometteuse en tant qu'architecte pour se consacrer à la BD. Le style particulier des super héros se retrouve dans ses planches exposées ici sous l'intitulé Merveille avec des traits rouges sur fonds blanc. Par opposition, l'univers manga japonais se décèle dans l'?uvre Ari Cazador de dragones (Ari le chasseur de dragons) du duo Manuel Gutiérrez et Xulia Vicente.
Là aussi le fantastique se mêle à l'aventure et aux combats épiques mettant en scène le destin d'un jeune chasseur de dragons du nom d'Ari évoluant dans un monde de glace (Niilak) rendant saisissants les contrastes des couleurs. Plus apaisé mais tout aussi magique est l'histoire d'Eloisa et Napoléon racontée par un autre duo Fransisco Ruizge et Cristina Florido.
Une histoire d'amour inattendue entre un petit bonhomme et une grande dame. Il y a de la poésie dans les bulles comme dans ce passage traduit en français: «Il lui pressait des oranges et épluchait pour elle des fruits exotiques afin de préserver la douceur de son caractère bien caché dans un coin de son cerveau.» Plus loin : «Un grand verre de jus de banane, de fraise et de mangue qu'elle avalait d'un trait comme s'il s'agissait d'un élixir et, en vérité, c'en était bien un.»
Et enfin: «Aussitôt le vert agressif de ses yeux s'atténuait et se teintait de bleu tel un lac entouré de bosquets se reflétant à la surface.» Todo va bien (tout va bien) du bédéiste Alberto Madrigal, un univers petit bourgeois à l'occidentale, clôt cette série de planches exposées pour la découverte d'un large pan de la littérature graphique espagnole.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Djamel Benachour
Source : www.elwatan.com