Oran - Revue de Presse

Europe: Etat de siège



Près de 100.000 travailleurs venus des quatre coins de l'Europe ont défilé, mercredi, dans la capitale européenne, Bruxelles, pour dénoncer les politiques d'austérité programmées par leurs gouvernements. Ils ne veulent plus faire le jeu du capitalisme financier et risquer leur avenir. La crise économique fait, à sa manière, sa rentrée sociale en Europe. Pendant que les gouvernants de l'Union européenne multiplient les réunions et annoncent coupes budgétaires, réformes structurelles et politiques d'austérité, les citoyens, eux, occupent régulièrement la rue et crient leur refus de continuer à payer, seuls, les dégâts occasionnés par les appétits féroces de la spéculation financière nationale et internationale. Grèves continuelles en Grèce, en France, en Espagne, en Allemagne, en Belgique, en Irlande… Un véritable bras de fer est engagé entre le monde du travail et celui de la finance. Les gouvernants s'échinent à convaincre, par médias interposés, qu'il n'y a pas d'autre alternative à la crise que le gel des salaires des travailleurs, l'allongement de la durée légale de travail pour sauver les retraites, la réduction drastique des prestations sociales, etc. Les travailleurs et leurs syndicats ont bien retenu la leçon de la débâcle financière internationale de 2008 et ne veulent pas passer pour les dindons de la farce une seconde fois. En 2008, à l'annonce du choc financier, ces mêmes gouvernants ont très vite trouvé des centaines de milliards de dollars en endettant les trésors publics pour renflouer les banques et les sauver d'une faillite générale. Contre cette dette colossale endossée, malgré eux, par les travailleurs, le secteur financier (banques, bourses, fonds de souveraineté) avait promis en plus de son remboursement sur le moyen terme, une reprise de la croissance économique, donc de l'emploi et de la garantie des acquis sociaux.

 Deux ans plus tard, la croissance est grippée, le chômage augmente et les acquis sociaux historiques (sécurité sociale, retraites…) sont menacés. Les réunions au Sommet sur la gouvernance mondiale, la transparence, la lutte contre les paradis fiscaux, les rencontres type «G20», «G8», etc., ne suffisent plus à rendre la confiance aux citoyens et travailleurs européens. Gouvernants et travailleurs ont annoncé, chacun pour ce qui le concerne, leurs intentions en cette rentrée sociale et politique européenne. L'unique absent dans cet affrontement public entre les pouvoirs politiques en place et le monde des travailleurs et leurs syndicats demeure, bizarrement, celui des banques qui viennent de «solliciter» des Etats une seconde «aide» financière sous peine d'une seconde faillite ! Après cela, de quelle formule politique vont user les gouvernants européens pour convaincre les travailleurs à plus de sacrifices et leur garantir que l'Etat peut réguler et contrôler les dérives du capitalisme financier ? Conséquence, cette atmosphère de crise sociale brouille la lecture du discours politique en Europe pour lui substituer, comme échappatoire, des interrogations fantasmées sur l'avenir incertain des sociétés européennes : identité, immigration, civilisations, religions, terrorisme… Tout est amalgamé, mêlé, mis en évidence par les doctes du capitalisme financier et les gourous des gros médias pour finir comme consommation mentale quotidienne en Europe. Pourquoi alors s'étonner de la propagation du discours populiste, de la percée électorale des nationalismes et de l'extrême droite? Pourquoi s'étonner de la progression de la violence et de l'exacerbation du communautarisme dans les pays à forte immigration ? Des gouvernements, tels ceux de la France et de l'Italie, et, dans une moindre mesure, ceux de la Grèce et de l'Espagne, n'hésitent plus à chevaucher le discours populiste pour faire diversion sur les véritables causes de leurs échecs de gouvernance. Le Français Sarkozy en est l'exemple le plus frappant. Il use sans modération des thèmes et vocabulaire de l'extrême droite. Nicolas Sarkozy sait que sa méthode et son discours populiste dans ces circonstances de crise économique ont des chances de focaliser, sur le plan national, l'opinion sur des peurs inventées et faire passer le projet de ceux qui l'ont élu et qui lui tient à cÅ“ur, celui d'un ultralibéralisme sans foi, ni loi, ni vergogne. Aujourd'hui, chaque gouvernement européen tente de sauver, quitte à bousculer ses engagements au sein de l'UE, le peu qu'il peut de son modèle social. Les Institutions européennes sont souvent paralysées par les intérêts nationaux divergents. Dire que l'Europe traverse une crise économique, mais aussi politique est le moins que l'on puisse dire. Aujourd'hui, pris dans la déferlante de la mondialisation économique, le libéralisme européen a perdu ses repères traditionnels d'éthique et de régulation.

 Son avatar qu'est la spéculation financière internationale ne peut, par nature, s'accommoder de morale, de solidarité ou des valeurs humaines. Son crédo est basé sur le rapport de forces entre riches et pauvres. Plus que jamais, la bataille est engagée entre l'argent et le travail en Europe et ailleurs dans les systèmes occidentaux qui lui sont apparentés.


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