
Tous les 10 octobre, Journée internationale de la santé mentale, les spécialistes algériens font le même et effrayant constat, le nombre des malades mentaux est en augmentation constante sans qu'une politique de santé mentale ne soit mise en place. Et malgré les engagements réitérés, chaque année, par les pouvoirs publics pour des mesures d'amélioration de la qualité de la prise en charge des malades, notamment par une sérieuse reprise en main du secteur de la psychiatrie, l'augmentation du nombre d'infrastructures spécialisées, la consolidation de la formation des personnels, les Algériens continuent de déplorer le phénomène des malades errants -souvent inoffensifs mais parfois potentiellement dangereux pour eux-mêmes et pour les autres- qui hantent les villes. À Oran, par exemple, des statistiques récentes ont mis en évidence la hausse inquiétante des cas de maladie mentale illustrée par l'enregistrement quotidien de 10 malades mentaux au CHU d'Oran. Bien que la majorité des cas soient probablement «bénins», il n'est pas exclu qu'une portion de cette population fragilisée ne finisse dans la rue, la prise en charge étant ce qu'elle est dans la capitale de l'Ouest comme, d'ailleurs, dans l'ensemble du pays. Dépassés par les profonds changements enregistrés par la société depuis les années 80-90, l'apparition de nouveaux comportements induits par les événements de la décennie rouge, la naissance de nouveaux fléaux ou l'aggravation de certains autres, les pouvoirs publics ont vite perdu pied. Et comme pour le phénomène des accidents de la route, l'Etat peine à réfléchir à une politique de promotion de la santé mentale. Pour beaucoup d'Algériens, cette incapacité évidente à prendre en charge la santé mentale et à mettre à l'abri les milliers d'aliénés qui hantent nos cités n'est plus supportable, comme ne sont plus supportables ces scènes de malades hurlant leur douleur dans la rue, sans que personne ne puisse ou ne veuille les en soulager. «La protection et la promotion de la santé concourent au bien être physique et moral de l'homme et à son épanouissement au sein de la société, et constituent, de ce fait, un facteur essentiel du développement économique et social du pays», prévoit, entre autres, la législation algérienne et, jusqu'à preuve du contraire, les malades mentaux sont également des personnes ayant droit au «bien-être et l'épanouissement», du moins à quelque attention des responsables. Ce qui est très loin d'être le cas chez nous. À l'évidence l'adoption d'un plan national de santé mentale, comme préconisé depuis plusieurs années par les spécialistes, n'est pas encore à l'ordre du jour et, malgré l'existence d'un programme national, il s'en faudra encore de beaucoup avant que le malade mental ne soit réellement considéré comme une personne.S. O. A.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Samir Ould Ali
Source : www.latribune-online.com