
Palestine. Coeur d'un conflit mille fois injuste et décrié et point de départ d'innombrables expéditions punitives contre un peuple sans armes, sans ressources et sans autres moyens que de fuir lors des bombardements pour revenir, après, constater les dégâts, ô combien grands, de la haine et les préjudices, non moins grands, de la rage de ceux qui les ont causés.Les nuages, qui ont vu déferler les tonnes de bombes, racontent que cela fait longtemps que la Palestine, lieu de passage de tous les prophètes d'un seul et même Dieu, s'est transformée en un carrefour, à part et unique, qu'empruntent les nombreux semeurs de morts, les apôtres du désarroi et les guides du meurtre et du mépris. Les murs ont tous raconté, avant de partir en éclats, combien, en Palestine, le sang des innocents est facile à faire couler et combien les âmes innocentes y sont faciles à déchiqueter.Mais paradoxalement, c'est dans cette même Palestine, devenue foyer de haine et d'intolérance, c'est dans cette même terre renvoyée par les hommes au fond de la caverne obscure du temps, que deux coeurs se sont épris l'un de l'autre. A croire que sur les terres usurpées de Palestine et que, à Tel-Aviv, on peut encore aimer et regarder l'autre sans être pris par l'envie soudaine de lui jeter des grenades sous les pieds ou des bombes au-dessus du toit.Mahmoud et Moran. Lui est musulman, elle est juive. Mais tous deux vivant sur la même terre, celle qui avait nourri une multitude de prophètes et des nuées de saints. Ils ont éprouvé, l'un pour l'autre, ce sentiment qui défie la raison et renvoie, sans même prendre le temps d'y regarder de près, toutes les logiques et tous les argumentaires. Ils se sont aimés, comme s'aiment des êtres normaux, un peu partout au monde. Sauf que, en Palestine, aujourd'hui, ce n'est plus comme le reste du monde, ce n'est plus comme ailleurs ni autrefois.En Palestine, la haine des puissants l'a toujours emporté sur l'amour des faibles et le mal a toujours eu le dessus contre le reste de la vie.Les voix de la haine se sont élevées pour dénoncer un «mariage anormal», ou pour déclarer à qui veut entendre que «notre fille ne doit pas épouser un membre de l'ennemi». Des appels à la manifestation pour exprimer le refus de ce mariage ont été lancés, des invitations à la haine, au mépris de l'espèce et à la décadence fusaient de partout. Les mariages interculturels ne sont cependant pas peu nombreux de par le monde et celui de Mahmoud et Moran n'est ni le premier du genre ni le dernier en la matière.Le tribunal de la ville, au nom d'une démocratie qui laisse beaucoup à désirer, n'a pu interdire une manifestation contre une liberté individuelle, la plus basique de toutes et dans laquelle nul n'a pourtant le droit d'interférer. Il faut seulement se tenir à 500 mètres de l'hôtel où se déroule la cérémonie mais la police israélienne, qui a voulu mieux contenir les manifestants, a préféré les laisser exprimer leur colère dans un parking situé à seulement 200 mètres.Bien sûr, le père de la marié a été contacté par la presse, hué par les voisins, dénoncé par les amis, renié par la morale du moment et intimidé par le code de la civilisation de cette partie du monde. Au point où il a dû inventer des prétextes du genre: «Je n'étais pas au courant de cette relation avec un musulman» et même de prendre position en déclarant ne pas assister au mariage.Quel gâchis, mon Dieu, quel gâchis! Il ne cesse de pleuvoir des hommes alors que les monstres qui sont en eux ne cessent de grandir. Et peu importe si l'on est à Jérusalem, à Tel-Aviv ou ailleurs sur cette terre qui semble ne plus supporter les siens.Cette terre dont les enfants ont été mis à la porte depuis aussi longtemps que l'on remonte dans la mémoire.Pas très loin de là, hier, des éléments, venus on ne sait d'où, obligeaient sous la menace des Kurdes à renier leur religion sous peine de mort, ailleurs, des sikhs brûlaient des musulmans pour la seule raison qu'ils n'ont pas la même religion. Sous d'autres latitudes, on tue les gens parce qu'ils sont d'une tribu différente, parce qu'ils parlent une autre langue, habitent une autre forêt ou mangent différemment.Mahmoud et Moran semblent savoir tout cela et semblent même s'y attendre. Ils avaient lancé leur invitation sur Facebook comme pour titiller l'égo des extrémistes et pour enfoncer les coeurs noirs plus loin dans leur obscurité. Ils ont aussi dansé toute la nuit alors que, dehors, des appels au lynchage envahissaient l'air de la ville.La haine en Palestine est si grande et l'intolérance si tenace qu'une question se pose à nous: est-il possible d'y aimer encore aujourd'hui'Un musulman et une juive se sont pourtant aimés et ils se sont mariés malgré un mur érigé en plein dans le coeur des extrémistes israéliens. Félicitations aux mariés et que Dieu, le Dieu de tous les hommes, les protège contre les ennemis de l'amour!
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Aissa HIRECHE
Source : www.lexpressiondz.com