
Affligeante est l'image de cette mère de famille qui s'est retrouvée du jour au lendemain, malgré sa maladie et sa sénilité, en train de crécher dans la cage d'escalier de son immeuble, sis en plein c?ur de la ville de Mostaganem. Celui-ci étant, ironie du sort, désormais réservé par son fils à sa nouvelle mariée. De ces scènes de ménage, on en recense beaucoup de nos jours en Algérie dont quelques-unes sont parfois rapportées et partagées, photos et commentaires à l'appui, par nombre d'internautes via les réseaux sociaux.En effet, la chaîne de télévision privée, à l'origine du buzz, s'est contentée au départ de s'en offusquer, moralisante, avant de se résoudre à solliciter l'avis d'un imam, célèbre star télé locale, et d'une armada de connaisseurs, invités à l'occasion pour débattre du sujet. Or, ceux-ci ne se sont alternés sur le plateau de l'émission que pour «bombarder», paraît-il, le fils de la concernée, coupable à leurs yeux de péché de désobéissance ainsi que de maltraitance parentale, de tas de noms de oiseaux sans qu'ils n'osent piocher la problématique sous tous ses aspects, à savoir la sempiternelle crise de logement, la surpopulation dans nos villes à cause de l'exode rural, l'incurie des autorités à différents échelons de responsabilité, la métamorphose d'une société, la nôtre, qui, en plus d'être en butte aux nuisances d'une mondialisation «sauvage», se confronte à des conditions économiques difficiles, le changement comportemental de l'Algérien ces dernières années, etc.Toujours est-il que, par-delà la détérioration des rapports familiaux en Algérie, le manque de tact et du professionnalisme de nos médias dans le traitement des fléaux sociétaux est très flagrant. En quête d'un pic d'audimat, ces derniers courent derrière les faits divers et «le sensationnel» pour en tirer, et surtout tailler sur mesure des postulats religieux moralisants, en lieu et place d'approches analytiques sérieuses sur ce qu'est devenue réellement notre société. D'ailleurs, quiconque suit le déroulé de la discussion entamée sur l'épreuve de cette malheureuse femme, en mourra vite d'ennui et de dépit. D'autant que le vide dans l'analyse saute clairement aux yeux au point où d'aucuns pourraient s'interroger si ces connaisseurs-là ou désignés comme tels vivaient vraiment parmi eux ou ne faisaient que «fantasmer» sur un pays qu'ils ne connaissaient que via l'écran de la télévision!Mais où sont l'éthique et le devoir d'informer' Pourquoi ne sait-on pas, chez nous, se focaliser avec objectivité, neutralité et esprit critique sur les sujets sociétaux' Ainsi remarque-t-on que des interrogations logiques et essentielles sont passées à la trappe : où va, à ce rythme, la société algérienne' Quel est l'avenir de la famille traditionnelle à l'ère de la mondialisation galopante' Pourquoi nos responsables lâchent-ils prise de cette façon indigne' Est-ce par manque de moyens' Ou tout cela n'est que la résultante d'une transformation radicale des m?urs sociales que ceux-ci n'avaient pas bien su comprendre ni canaliser' Qu'est-ce qui fait que certains sont amenés à accepter des choses inacceptables lorsqu'elles viennent de leurs proches, et les condamner dans l'autre sens' Est-ce un fait exprès ou c'est dû à leur ignorance' Enfin, le propre d'un média quelconque n'est-il pas de mettre d'abord les pieds dans le plat' D'oser interroger le présent social pour deviner l'avenir' De pousser l'élite à agir lorsque les choses ne vont pas dans le bon sens' Hélas!Il est rare de voir, à titre d'exemple, beaucoup de nos journalistes se préoccuper de l'explosion du phénomène du divorce et de proposer à la société des solutions concrètes pour s'adapter au modèle de la famille monoparentale, qui en résulterait systématiquement. A côté, ce «fléau» de personnes âgées de plus en plus jetées dans les hospices n'est, à vrai dire, que périphérique.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Kamal Guerroua
Source : www.lequotidien-oran.com