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Ensorcelé!



Ensorcelé!
«Sorcière. 1/ Horrible et repoussante vieille femme, en perverse activité avec le diable. 2/ Belle et attirante jeune personne, dont les perverses activités dépassent le diable.» Ambrose BierceVous aimez les histoires de sorcières' Eh bien, vous serez servis en ce moment avec toutes les séries et films qui se baladent sur la Toile et sur les chaînes! Quand on nait et grandit dans un milieu où la bigoterie qui accompagne l'ignorance la plus brute s'accommode de la superstition, on est tout de suite confronté au monde invisible des forces occultes et des personnages hors normes. Ce fut d'abord pour effrayer l'enfant qui se développe et pour l'inciter à rentrer dans le rang qu'on lui agite la présence des êtres malfaisants: des vieilles ogresses qui enlèvent les enfants désobéissants, les «djenoun» qui hantent les eaux stagnantes, le nègre de l'après-midi qui se promène les jours de canicule... Les veillées au coin du feu, les soirées d'hiver jetteront-elles aussi leur manteau lugubre sur les frêles épaules de l'enfant qui germe. L'école va compléter, malgré la présence d'enseignants laïques, une abondante littérature de «Contes et légendes» de tous les pays qui vont finir par ouvrir au petit élève rêveur, une large fenêtre sur le fantastique et le surnaturel. C'était à l'époque où la télévision n'avait pas encore franchi les collines primaires qui bornaient mon horizon. Evidemment, comme toutes les sociétés, notre communauté avait bien quelque part, parmi sa population, une ou deux personnes qui avaient la noire réputation d'avoir tissé des liens avec les forces surnaturelles. Les bonnes vieilles dames y croyaient fermement tandis que les vieux vous décochaient un sourire sceptique à la seule évocation de ce sujet-là. Il faut dire qu'à la fin des années 1960, le pouvoir issu de la lumineuse révolution de 1954 menait la vie dure aux organisations obscurantistes et les talebs et autres «raqis» se faisaient discrets: le cinéma et la télévision algérienne avaient d'ailleurs produit deux films de qualité qui traitaient de la question: Le Ciel et les affaires du regretté Bouamari et l'inoubliable Essahar de Mustapha Badie (Arezki Berkouk pour les intimes). Dans ce dernier, le guérisseur était campé prodigieusement par Mohammed Bouzidi, un bon vivant qui avait plusieurs cordes à son arc: il était poète, comédien, journaliste et... contrôleur du parti. Quant au bourgeois stressé, c'était Sid-Ali Fernandel qui lui prêtait sa ronde silhouette. Puisque les «raqis» tiennent ici le haut du pavé, ce sont les télévisions d'outre-mer qui nous offrent au moins un programme hebdomadaire de films ou de séries qui explorent ou exploitent le monde du surnaturel, de l'horreur et du fantastique. Ces séries sont pour la plupart américaines ou de langue espagnole. Comme je l'avais déjà dit, les artistes, écrivains et scénaristes européens ont amené dans leur sac tous les éléments de leur culture d'origine. Ainsi, tout le monde se souvient des personnages attachants de Ma sorcière bien aimée (Bewitched) qui a longtemps égayé l'écran maussade de l'Unique. Samantha (Elizabeth Montgomery) et son nez magique vécurent huit saisons de péripéties ménagères farfelues. Par la suite, la fille de Samantha, la dénommée Tabitha, a également eu le droit à sa série. À ce moment-là, elle a 20 ans et tente de faire carrière à Los Angeles - durant seulement 13 épisodes. C'était une série qui ne franchissait jamais les limites de la bienséance contrairement aux autres séries qui déclinaient le sexe sur toutes les orientations possibles (HEX, Charmed, Salem, American horror story...) La chaîne Série Club offre d'ailleurs cette semaine un épisode particulièrement savoureux aux épices de Louisiane: Les sorcières de la Nouvelle-Orléans qui se portent plutôt bien, malgré l'ouragan Katrina.


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