Un phénomène devenu désormais légion, celui des petits commerçants «arrivistes». De simples tenanciers de boutiques qui ne connaissent visiblement rien au commerce sauf ramasser de l'argent, d'où le service de plus en plus médiocre dont les seules victimes sont les clients.
Les derniers chiffres publiés par le Centre national du registre du commerce (CNRC) de 2010 indiquent que le nombre de commerçants est passé de 697 275 en 2001 à 1 407 449 en 2010, soit du simple au double en une dizaine d'années.
Réda, 45 ans, l'éternel insatisfait
Ce père de famille, fonctionnaire de son état, habite la petite ville tranquille de Bouira depuis son enfance. Mais depuis quelques années, son quartier, jadis si calme, est devenu une vraie ruche qui fourmille de nouveaux venus, des voisins, mais aussi des commerçants qui ont investi le rez-de-chaussée des immeubles du quartier. «Je ne suis pas contre la venue de ces commerçants ; avant, on devait aller à l'ancienne ville pour faire nos courses d'épicerie et de boulangerie, et descendre au marché, à l'autre bout de la ville, pour les fruits et les légumes. Là, on est tranquilles, et Dieu merci, la plupart des commerçants sont devenus des amis, nos nouveaux voisins. Cependant, il y a un commerçant que je n'arrive pas encore à digérer ; le nouveau boulanger du coin de la rue. Pourtant, j'y mets du mien chaque jour pour essayer d'améliorer mes sentiments à son égard mais rien n'y fait. Tout a commencé le jour où, excédé par la qualité de son pain qu'il vendait parfois peu cuit, d'autres fois quasiment calciné, sans parler du goût et de l'odeur d'habitude si bons mais qui chez ce boulanger ne ressemblaient plus à grand-chose, je lui dis gentiment de faire un petit effort, car rigolais-je, «ma femme me crie dessus à chaque fois que je prends une de vos baguettes». Je m'attendais bien sûr à une réaction, mais pas à celle-ci, car loin de se sentir offusqué, le boulanger me demande froidement ; «Combien '» Ce jour-là, je n'ai pas acheté de baguette, car ma femme avait fait de la galette, mais le lendemain, vers 11h, je m'y suis rendu pour prendre mon pain habituel, même mauvais, je ne pouvais pas aller ailleurs faute de temps. D'abord, tout allait bien, sauf que mon commerçant n'a pas répondu à mon bonjour, je n'ai pas trop bronché parce que ce n'était pas la première fois que cela arrivait. Mais voilà, j'attendais mon tour pour passer ma commande, mais au fur et à mesure que les clients partaient, d'autres arrivaient et le boulanger les servait sans me regarder, comme si moi j'étais invisible. Excédé par un comportement qui n'a que trop duré, je suis sorti en toute hâte et je n'ai jamais plus franchi les portes de cette boulangerie de malheur.
Karima, 26 ans, toujours déçue
Pour cette jeune secrétaire, parler des commerçants algériens relève du débat sans fin, compte tenu des centaines de mauvaises expériences qu'elle a eu à gérer dans son existence de cliente. «En toute franchise, je ne peux pas me remémorer un seul commerçant qui ait été à la hauteur de mes espérances de cliente : l'épicier, le boulanger et même le marchand de fruits et légumes de mon quartier, dont je suis une cliente fidèle, m'ont déçue. Je parle bien entendu de l'accueil, premier contact avec le vendeur, qui est plus proche de l'animosité envers une femme que de la cordialité et de la convivialité que mérite tout visiteur de surcroît acheteur. Il y a aussi la question des produits, car il suffit de se montrer un peu exigeante avec ce que l'on vous propose ou de poser des questions sur les prix en perpétuelle hausse pour vous voir recevoir avec un visage fermé et plein de reproches. J'ai ainsi été accusée par un commerçant de monter les autres clients contre lui ; il m'a clairement invitée à ne plus remettre les pieds chez lui. Je peux également parler des commerces de vêtements, antre de la femme qui doit y être chouchoutée et orientée, je me suis vu dans de nombreux cas servie par des vendeurs ou des vendeuses peu avenants parfois désagréables car j'avais essayé plusieurs modèles sans en acheter un seul. Cela, sans parler de ces commerçants qui ignorent ce qu'ils vendent, notamment pour les produits cosmétiques que de jeunes hommes proposent à leurs clientes sans savoir à quoi ils servent et à qui ils sont destinés. J'ai demandé une fois à un commerçant de ce genre de me dire ce qu'était un produit dont l'étiquette était écrite en espagnol, langue que je ne maîtrise pas réellement, j'ai été prise d'un fou-rire lorsque ce jeune s'est mis à lire n'importe comment, pour enfin conclure que c'était certainement un soin pour les peaux sèches alors que mes notions basiques en langues m'avaient mise sur la piste d'un après-shampoing pour cheveux colorés. Un exemple parmi tant d'autres qui illustre l'état dans lequel se trouve l'activité commerciale dans notre pays et à quel point les responsables, censés protéger les consommateurs, sont démissionnaires d'un domaine qui est considéré dans certains pays comme l'un des axes principaux de l'économie.»
Yamina, 25 ans, une adepte de la lingerie fine
La plupart de ces boutiques pour femmes sont tenues par des hommes, jeunes ou vieux qui font fièrement l'éloge de tel ou tel produit, poussant le professionnalisme jusqu'à conseiller leur clientèle peu érudite de leurs mensurations. Yamina est une jeune femme coquette à l'image de la génération actuelle qui affirme sa féminité sans complexe. Elle est une adepte de la lingerie fine dans toutes ses excentricités et illustre bien ce phénomène : «J'adore les sous-vêtements, j'ai une préférence pour les dentelles et le satin ; comme mon salaire est assez conséquent, je me permets de m'approvisionner chaque mois en tous genres de petits plaisirs dont seuls mon époux et moi connaissons l'existence. J'achète beaucoup d'ensembles de soutien-gorges, mais aussi des guêpières et des jarretelles, des produits devenus très disponibles ces derniers temps, car ce que j'aime aussi dans la lingerie, c'est le style vintage de certains modèles. J'avoue avoir une préférence pour les produits français qui sont de qualité vraiment supérieure mais dont les prix ne me permettent pas beaucoup de folies. C'est pour cela que je me dirige vers la lingerie de moyenne gamme que l'on trouve chez certains commerçants ici en Algérie. Mon attrait pour la lingerie s'étant affirmé très tôt, je me rendais donc souvent avec ma grande sœur faire les magasins, et l'une des choses qui m'a le plus interloquée dans les magasins de lingerie est le fait que la grande majorité de ces boutiques était tenue non seulement par des hommes, mais surtout par des salafistes, des barbus qui baissent les yeux en parlant aux femmes mais qui ne se gênent aucunement pour conseiller tel ou tel produit. D'abord gênées ma sœur et moi, nous nous sommes vite habituées à ce commerçant qui faisait peur au premier abord mais qui s'est révélé être un grand connaisseur en matière de qualité de lingerie. Quelques années après, le nombre de magasins de lingerie a beaucoup augmenté avec toujours le même constat, les vendeurs étaient tous des hommes, souvent barbus, et là, comble du comble, bon nombre d'entre eux mettaient des cassettes de Coran à pleins volumes pendant qu'ils vaquaient à leur occupation si féminine. Ainsi, je n'étais plus gênée de demander quelles étaient les nouveautés en matière de strings, de jarretières ou encore de tenues affriolantes et de négocier sans appréhension tel ou tel produit. Mais voilà, être femme a ces inconvénients, et l'un d'eux consiste en cette gêne incontrôlable qui vous submerge dès lors qu'un étranger fait irruption dans votre intimité sans y être convié. Un jour que j'étais en quête d'un soutien-gorge particulier et n'en trouvant pas à ma taille, j'hésitais à prendre celui qui était en vente vu que je le trouvais trop grand. C'est alors que le jeune homme qui tenait le magasin me lança tout de go que je ferai mieux de prendre un modèle plus petit parce que ma poitrine faisait certainement du 85B. J'étais d'abord gênée de l'entendre me parler ainsi d'une partie si intime et de surcroît cachée, mais je me suis vite révoltée de cet homme sans gêne et peu délicat, j'ai reposé le produit et sans prononcer un mot, je suis partie sans faire d'achat ce jour-là.»
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Katya Kaci
Source : www.lesoirdalgerie.com